samedi 5 août 2017

Coupez !

Vacances, j'oublie tout... sauf de vous prévenir, tout de même ! Ami(e)s cinéphiles, j'interromps ici le fil de mes chroniques, le temps de mes vacances estivales. Je pense revenir vous faire un coucou juste avant de reprendre mon boulot, mais j'ai franchement besoin d'un break complet. On se retrouvera dans trois semaines (environ)...

Que vous souhaiter d'ici là ? De voir de bons films, évidemment. Maintenant, ce n'est pas tout: j'ai une pensée pour celles et ceux d'entre vous qui travailleront tout l'été et les juillettistes déjà revenus de leurs congés, espérant que les jours à venir leur seront agréables malgré tout. Cela reste à vérifier, mais je suppose que les miens seront marqués par une (légère) chute de ma consommation cinéma. Pour autant, pas d'inquiétude: j'ai déjà vu une poignée d'autres films pour nourrir mes chroniques de rentrée. Au plaisir de vous retrouver !

jeudi 3 août 2017

Étreintes brisées

J'espère que les inconditionnels de Pedro Almodovar sauront accepter que je réutilise le titre de l'un de ses (meilleurs) films pour l'intitulé de cette chronique consacrée à Rodin, un biopic sorti cette année. Comme celui dont j'ai parlé mardi, il ne couvre qu'une partie de la vie de l'artiste, l'abordant à l'instant où l'État lui a passé une commande...

Nous sommes revenus en 1880. Auguste Rodin a 40 ans. Il travaille beaucoup, mais commence à laisser une place importante dans sa vie d'homme à une certaine Camille Claudel. Pourtant, cette relation affective reste teintée d'ambigüité, car la jeune femme est pour lui tout à la fois une conseillère, une muse et une amante, l'artiste gardant par ailleurs - et au moins - une autre compagne, Rose Beuret, qui l'accompagna, de fait, tout au long de son existence. Le scénario consacre une large partie de son propos à l'exposition de la vie intime du sculpteur, sans négliger toutefois de montrer la place qu'il prend progressivement dans l'histoire de l'art français. J'ai justement aimé cette façon d'aborder cette figure majeure sous toutes ses facettes, lumineuses ou plus sombres, tout en restant les mains dans la glaise. J'ai même trouvé cela assez fascinant et très intelligent pour révéler toute la complexité du personnage. Et je l'ai ainsi mieux découvert...

Je reviens désormais à mon titre: plutôt admiratif devant la manière dont Jacques Doillon filme l'artiste à l'oeuvre, j'ai donc été sensible également à sa façon de raconter ses passions humaines. Le style quelque peu austère du film m'a plu pareillement: sans concession pour les turpitudes de son héros, mais sans renier toutefois son génie précurseur, il en dresse un portrait nuancé. Un point appréciable également: les ellipses temporelles, qui nous épargnent les scènes longuettes ou répétitives. Bref... Rodin est un bon film. Un mot enfin sur les interprétations. Du côté féminin, pour commencer: Izïa Higelin m'a convaincu en Camille Claudel et Séverine Caneele, une découverte pour moi, m'a semblé parfaite dans le rôle (ingrat) de Rose Beuret. Reste Vincent Lindon, qui impose naturellement sa vigueur physique et son regard tourmenté, d'où un Auguste Rodin plus que crédible. Légère déception: sa voix, parfois désarticulée - ou disons étouffée. Ce petit détail nuit quelque peu au long-métrage et c'est dommage. Cela dit, je veux être clair: j'ai vécu un vrai bon moment de cinéma !

Rodin
Film français de Jacques Doillon (2017)

Je ne veux plus citer d'autres oeuvres cinéma consacrée aux artistes plastiques: je l'ai fait avant-hier à la fin de ma chronique de Renoir et, si ce n'est exhaustif, il me semble en tout cas que c'est suffisant. Le film m'a surtout donné envie de découvrir enfin le Camille Claudel de Bruno Nuytten (1988), avec Isabelle Adjani et Gérard Depardieu. Ou Juliette Binoche (Camille Claudel 1915 / Bruno Dumont / 2013)...

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!!! ATTENTION !!! Une scène que j'ai aimée...
Claudel montre à Rodin l'une de ses plus belles sculptures, La Valse. Elle l'interroge sur ce que seraient pour lui les trois temps de la danse. Il répond: "L'étreinte, le vertige et la passion". Piégée par son amour éperdu, elle y voit autre chose: "L'approche, le tourment et la mort".

Et, pour terminer, un lien vers un autre avis...
Je vous propose de lire la chronique de Pascale (en léger contrepoint).

mardi 1 août 2017

Le vieux peintre

Je ne suis pas un inconditionnel des biopics, mais j'ai pu remarquer qu'en général, les films biographiques m'intéressaient davantage quand ils ne racontaient qu'une partie de la vie du personnage considéré. C'est le cas de Renoir, qui nous propose une rencontre avec le grand peintre, au soir de sa vie. Voudriez-vous la faire aussi ?

La machine à remonter le temps s'arrête en 1915. Nous descendons dans une villa cossue du rivage méditerranéen, où l'artiste travaille encore, à 74 ans, avec un jeune garçon - son troisième fils, Claude -  et en compagnie de femmes, servantes, maîtresses... ou les deux. Ses aînés, Pierre et Jean, sont partis à la guerre, quand une tête nouvelle rejoint son entourage: c'est Catherine Hessling, qui se rêve comédienne et, en attendant des jours meilleurs où son talent supposé sera enfin révélé, accepte d'être modèle. Quelque temps passe ainsi avant qu'un beau jour, Jean revienne du front, blessé, certes, mais sans que ce soit irrémédiable. Reste que le calme apparent est trompeur: la guerre se poursuit et impose aux hommes des choix cornéliens. Je vous passe les détails, que vous imaginez peut-être, mais je veux vous dire que Renoir est une leçon d'histoire intéressante, doublée d'une belle reconstitution. Un double bon point !

Les principaux acteurs, eux, sont vraiment justes. Le rôle de l'artiste vieillissant a été confié à l'excellent Michel Bouquet, que l'on reconnaît aisément sous la barbe, mais qui a la grande intelligence de rester sobre dans son jeu. C'est tout bénéfice pour ses jeunes partenaires. La belle Christa Théret est forte et fragile, comme son personnage l'exige, et Vincent Rottiers confirme tout le bien que j'ai pensé de lui quand mon modeste itinéraire cinéphile a croisé son propre chemin d'interprète. Au moment de juger de la technique, je me suis dit rapidement que Renoir - le film - était, tout de même, un sacré défi de cinéma. Oui... comment ne pas juger ces images en comparaison avec celles du peintre ? On sent que le réalisateur et le directeur photo se sont employés à faire quelque chose de beau... c'est réussi d'ailleurs, mais, de fait, ce n'est évidemment pas la même chose. Parce que c'est trop sage ou trop respectueux de l'oeuvre originelle ? J'ai pensé qu'il valait mieux ne pas trop m'arrêter sur cette question. Et j'ai ainsi plutôt aimé ce joli long-métrage - et cette belle histoire...

Renoir
Film français de Gilles Bourdos (2013)

Il y a des profanes, dans la salle ? Vous n'aurez aucun mal à trouver des films consacrés à l'art et/ou aux artistes picturaux et plastiques. Ce blog peut vous servir de source, autour de Frida, A bigger splash ou La jeune fille à la perle. Pour approfondir le sujet de manière originale, je vous recommande également l'étonnant Miss Hokusai. NB: devant ce Renoir, j'ai surtout repensé à L'artiste et son modèle.

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Avant de sortir du cadre, un dernier mot...

Vous pourrez lire d'autres avis sur le film: ceux de Pascale et Laurent.