samedi 30 juillet 2016

Avant de partir...

L'heure de faire une pause sur Mille et une bobines est arrivée. Aussitôt que mes vacances aoûtiennes ont été confirmées, j'ai pensé écrire cette chronique pour vous signaler ce break de trois semaines. Un temps, après l'attentat survenu à Nice le 14 juillet, j'ai pensé l'anticiper. Et finalement, je préfère rester sur le planning préétabli...

Pour garder le sourire, j'ai tenu à conserver aussi les images humoristiques "spécial vacances" que j'avais dénichées, l'après-midi qui a précédé la tragédie. Mon espoir: que le drame n'ait qu'un impact limité sur mes publications. Je me suis même demandé s'il fallait vraiment que je le mentionne ici, mais je prépare mes chroniques avec quelques jours d'avance et le hasard a fait que le tour de celle-ci arrive le 15 juillet au matin. Je ne me suis alors pas senti capable d'être silencieux. D'autres n'ont pas eu la chance d'échapper au pire...

Quand je prends du recul sur ma cinéphilie, l'idée me vient que j'aime notamment le drame de la fiction parce qu'il m'aide à endurer le réel. Je suis surpris de la relative vitesse avec laquelle je redresse la tête. Quelque chose en moi tient le choc et parvient à maintenir intacte mon envie de vivre et (parmi bien d'autres choses) de voir des films. Ce 15 juillet au matin, en écrivant ces quelques mots, j'ai aussi eu une pensée particulière pour vous, mes lectrices et lecteurs, marqués chacun à votre façon par les événements de nos vies. Je reprendrai bientôt le fil de mes chroniques - je pense que ce sera le 22 août. D'ici là, à toutes et tous, je souhaite de beaux jours d'été. À bientôt !

jeudi 28 juillet 2016

Sorti de l'écran

Quel cinéphile n'a jamais rêvé de quitter son fauteuil ou son canapé pour rejoindre les héros de son long-métrage préféré ? Dans La rose pourpre du Caire, la situation est inversée: un personnage du film dans le film repère une spectatrice dans la salle et sort alors de l'écran pour venir la rencontrer. Disons-le: j'estime que c'est une jolie idée...

La légende cinéphile affirme que, parmi tous ses films, Woody Allen conserve une préférence pour cet opus. Quant à moi, je souhaite reconnaître sans délai qu'il m'a (très) légèrement déçu. J'en attendais une émotion plus forte, mais attention: il n'est pas mauvais du tout ! Dans le rôle principal, Mia Farrow est même excellente, d'une justesse absolue dans ce rôle de femme effacée qui voit soudain son rêve s'incarner. Le film reconstituant avec maestria l'Amérique populaire des années 30, il est facile et rapide de croire à l'absolue fascination de ce personnage pour le septième art. La rose pourpre du Caire porte d'ailleurs en son sein un véritable éloge du cinéma, présenté comme un remède possible et efficace à la morosité et/ou la banalité de nos existences. De quoi nous mettre un peu de baume au coeur...

Au sujet de ce film toujours, Woody Allen affirmait avoir écrit une fin heureuse. J'imagine que vous ne serez pas tous d'accord avec lui. Quand le générique est apparu, sublimé par une vieille chanson écrite pour Fred Astaire, je me suis senti d'humeur plutôt mélancolique. Objectivement, il me faut souligner qu'en moins de 90 minutes chrono, le long-métrage aura également eu le temps de m'emmener vers plusieurs sensations, sans oublier de me faire rire par moments. En fait, il avance sur un fil si ténu qu'il paraît fragile, à deux doigts parfois de ne plus avancer et de reproduire les mêmes motifs. Miraculeusement, il évite le piège et ce qui aurait pu être nunuche devant la caméra d'un autre réalisateur continue de fonctionner ici. En son temps, plutôt apprécié par le public français, La rose pourpre du Caire reçut un César du meilleur film étranger. Il me semble bien que trente ans après, il est resté l'un des Woody Allen les plus aimés.

La rose pourpre du Caire
Film américain de Woody Allen (1985)

Amener un personnage de fiction dans la vraie vie, notre ami binoclard l'avait déjà fait, d'une autre manière, dans Tombe les filles et tais-toi ! (1972) - je ne l'ai pas vu et ne peux donc rien en dire. Maintenant, si vous tenez à revoir Mia Farrow dans un rôle similaire et devant la même caméra, je vous recommande vivement Alice ! Peut-être mon deuxième Woody préféré, après Stardust memories...

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Pour lire un autre avis sur le film...

Je vous laisse le choix: vous rendre chez Lui et/ou chez Princécranoir.

mardi 26 juillet 2016

Méli-mélo

Une petite question: savez-vous ce qu'est un mashup ? D'abord utilisé par le monde de la musique, ce terme pourrait se traduire par "purée" et désigne une oeuvre fabriquée à partir d'extraits d'autres créations antérieures. Le mashup cinéma existe aussi: j'ai pu en découvrir un lors de la soirée en plein air dont j'ai déjà parlé hier. Grand moment !

Final cut, mesdames et messieurs ! C'est le titre 100% spectaculaire de ce programme composite, qui eut l'honneur de clore la sélection Cannes Classics lors du Festival 2012. On peut en fait l'appréhender de deux façons différentes: soit comme le résultat d'un copier-coller peu inspiré, soit comme un hommage sincère à un art aux facettes multiples. Vous l'aurez deviné: je choisis bien sûr la seconde solution. Parmi les qualités que je prête à cet OFNI, il y a une caractéristique essentielle: il associe de très nombreuses images récentes à d'autres beaucoup plus anciennes, venues de tous les horizons géographiques. Autre point très appréciable: il ne s'écarte pas de son fil conducteur...

Parce que oui, il y a bien un fil conducteur, dans toute cette histoire ! D'après moi, elle puise à la source première du cinéma, et peut-être même à celle de tous les arts réunis: Final cut... nous parle d'amour. Au total, quelque 450 longs-métrages ont été utilisés pour y parvenir. Le plaisir est multiplié dès lors qu'on parvient à en reconnaître ! Malheureusement, pour des raisons de droits d'auteur, vous risquez d'avoir du mal à voir le résultat sur écran géant: le puzzle n'est visible qu'en de très rares occasions, semble-t-il. C'est dommage, je trouve. Le seul risque véritable qu'il me semble faire courir au public passionné, c'est celui d'aimer encore plus le cinéma après projection ! Cela dit, je suppose que les petits malins trouveront bien un moyen pour dénicher ces images "autrement" - mais je ne vous ai rien dit...

Final cut, mesdames et messieurs !
Film hongrois de György Pálfy (2012)

L'image d'Avatar choisie pour illustrer cette chronique ouvre le film. Celle du Dracula de Coppola le ferme. Entre les deux, le tourbillon graphique est incessant et pourtant très lisible. Ouf ! Les dialogues sont réduits à la portion congrue et les musiques directement issues de certaines séquences. Vous ne saviez pas ce qu'est un mashup ? Bon... je n'ai donc plus qu'à vous orienter vers La classe américaine !

lundi 25 juillet 2016

Ça cartoone !

Je ne vais pas revenir en détail sur le programme, mais je voulais tout de même évoquer aujourd'hui un événement auquel j'ai assisté dernièrement: une représentation de l'association CinéMusiques. L'occasion d'entendre deux musiciens live venus jouer la partition sonore, en musiques et bruitages, de vieux dessins animés oubliés...

Cerise sur le gâteau: c'est en plein air que j'ai assisté à ce spectacle. Plutôt destiné aux enfants, il ne dure qu'une grosse demi-heure. Malgré sa brièveté, il est didactique, le compositeur Roberto Tricarri montant d'abord sur scène pour présenter les machines et instruments utilisés par ses complices, Jean Mach et Maxime Dupuis. Le résultat est d'autant plus sympathique que les airs joués sont originaux. D'après moi, c'est une jolie façon de sensibiliser les enfants aux arts. Au-delà de ce Concertoons, présenté comme un ciné-concert en chat majeur, CinéMusiques se tourne aussi vers le cinéma muet d'antan. Bilan: 30 ans d'action dans 25 pays et près de 1.500 représentations !

Parce que c'est vous, voici la liste des dessins animés programmés...
- Symphonie en chat majeur / Seymour Kneitel / 1949
- La petite taupe et la musique / Zdenek Miller / 1974
- Pigs in a polka / Friz Ferleng / 1943
- It’s got me again / Rufolf Ising / 1932
- Car tune portrait / Dave Fleischer / 1937

Entre deux de ces petites perles, CinéMusiques a glissé également des intermèdes du Canadien Norman McLaren (1914-1987). L'artiste reste connu pour avoir toujours recherché une symbiose entre l'image et la musique. Considéré comme un grand maître de l'animation mondiale, il a reçu l'Oscar et la Palme d'or pour ses courts-métrages.

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À vous, maintenant !
Je suis curieux de savoir si vous avez déjà assisté à des spectacles originaux de ce type et/ou à une autre séance de cinéma en plein air.

samedi 23 juillet 2016

En compagnie des crabes

J'aime les films qui ne racontent pas tout. Quand La tortue rouge commence, nous découvrons un homme au beau milieu de sa lutte pour rester à la surface de flots déchaînés. On se dit que son bateau vient de couler, mais aucune image ne le montre. Ce non-dit efficace m'a permis de... plonger directement au coeur même du récit. Bravo !

Quelques instants plus tard, nous voilà, avec l'homme, sur une île inhabitée, avec des crabes et des hirondelles pour toute compagnie. Que faire quand on est seul au centre de l'océan ? Tenter de survivre ? C'est ce à quoi s'attache d'abord celui que nous pouvons observer. Puis, comme saisi par la peur du vide, le voilà qui construit un radeau pour quitter cette terre si isolée qu'elle en devient inhospitalière. Marchera ? Marchera pas ? Si vous voulez le savoir, allez voir le film ! C'est encouragé par les excellents échos cannois que j'avais entendus à son sujet que, personnellement, j'ai découvert La tortue rouge. Pendant une petite heure et demie, j'ai oublié mon quotidien citadin et égaré mon esprit au beau milieu de nulle part. Je dois admettre que j'ai d'abord eu quelques difficultés à "entrer" dans ce film d'animation au graphisme très précis, mais je vous rassure: j'ai fini par me laisser porter, l'appréciant alors pour son épure et sa poésie...

Je crois qu'il est important de noter que l'auteur de ce petit chef d'oeuvre signe ici son tout premier long-métrage, à l'âge de 63 ans. C'est l'aboutissement de près d'une décennie de travail ! Pour ceux d'entre vous qui l'ignoreraient encore, il me faut préciser également que La tortue rouge est le fruit d'une commande du grand studio japonais d'animation, Ghibli, représenté par le maître Isao Takahata. Vous trouverez facilement (sur Wikipédia) de très nombreux détails sur le processus de création de ce long-métrage unique en son genre. Personnellement, j'aime mieux vous parler de l'émotion et du plaisir ressentis devant le grand écran du cinéma: ce que j'ai le plus apprécié demeure ce choix de construire une histoire sans la moindre parole. Même si la musique est un peu grandiloquente parfois, cette option muette favorise l'identification aux personnages - oui, au pluriel ! J'aurais volontiers signé pour que le rêve se prolonge encore un peu...

La tortue rouge
Film "japonais" de Michael Dudok de Wit (2016)

Une fois n'est pas coutume: je respecte absolument la règle et octroie au film la nationalité de ses producteurs - en notant qu'il en a d'autres belges et français, mais aussi que son réalisateur est... néerlandais. Bref... côté nippon, on notera des points communs avec ce grand film qu'était, voilà déjà deux ans, Le conte de la princesse Kaguya. L'animation européenne s'associe avec les maîtres d'Asie: ça promet !

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D'autres avis enthousiastes sur la blogosphère ?

Absolument: vous en trouverez notamment chez Pascale et Dasola

vendredi 22 juillet 2016

Devenir grand

L'adolescence est souvent un passage difficile et le cinéma le montre parfois. Dans Le monde de Charlie, un garçon prénommé... Charlie entre au lycée et a quelques difficultés à se faire de nouveaux amis. Les choses changent un peu quand il rencontre un élève plus âgé, Patrick, et sa demi-soeur Sam: il intègre dès lors leur petite bande...

Au cinéma comme à la télé, la figure de l'ado américain qui se juge coincé dans une peau trop grande pour lui n'est certes pas nouvelle. Celle d'aujourd'hui nous vient de la littérature: Le monde de Charlie était d'abord un roman, que son auteur a lui-même porté à l'écran. J'aime le titre original: The perks of being a wallflower, qu'on peut traduire par Des avantages d'être laissé à l'écart. Ah ? Vraiment ? Objectivement, le jeune héros est trop vite intégré pour qu'on ait l'envie, l'idée ou même le temps de s'apitoyer sur son sort. J'oserais même dire que ce qui lui arrive est assez enviable ! Sa timidité naturelle le rapproche d'autres jeunes et il n'y a plus qu'à en profiter...

Pour donner de la chair à cette histoire, il fallait de bons acteurs. Bingo ! Logan Lerman alias Charlie est très juste, avec son regard embué et son attitude encore un peu "bancale" - même à 20 / 21 ans au moment de la sortie du film. Au casting, deux choix quasi-parfaits ont été faits pour l'accompagner: Emma Watson et Ezra Miller. Également plus âgés que leurs personnages, ils bouffent la pellicule chacun à leur manière, mais avec une complémentarité évidente. L'unique fausse note note du film, d'après moi, c'est d'appuyer fort quand il s'agit de révéler l'origine du véritable traumatisme existentiel dont son jeune héros est affligé. C'est en fait d'autant plus dommage que Le monde de Charlie (dé)montre que tous ses personnages doivent endurer leurs propres démons, tout en s'appuyant également sur de belles solidarités. Un peu plus mesuré, le film eut été meilleur.

Le monde de Charlie
Film américain de Stephen Chbosky (2012)

Un mot pour les amateurs de bandes originales: celle du film est top et comprend des morceaux signés New Order, Sonic Youth ou Bowie. Sur le scénario, je crois avoir tout dit, à ceci près que l'histoire semble se dérouler dans les années 90 (pas aujourd'hui, en tout cas). En autres films d'ados US, je conseillerais volontiers La folle journée de Ferris Bueller ou BoyhoodAmerican graffiti, tant que j'y suis !

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Une relative surprise sur la toile...
Je n'ai trouvé que peu d'autres chroniques sur mes blogs-références. Pascale reste positive, tandis que David, lui, est tout sauf convaincu.

jeudi 21 juillet 2016

Une fille perdue

L'art est sûrement l'une des meilleures machines à remonter le temps. J'ai - depuis longtemps - l'envie de plonger plus souvent dans le passé du cinéma pour y découvrir les perles d'antan, à l'image de Loulou. Muet, mais disponible en copie restaurée, ce long-métrage est l'un des premiers classiques produits en Allemagne. Un in-con-tour-nable !

Loulou - le personnage - est une femme moderne des années 20. Libre de toute attache, elle fréquente un homme de la haute société en passe de se marier, ce qui fait évidemment désordre dans la vie rangée dudit bourgeois. Aux dépens de la morale, la jolie garçonne fait pourtant oublier sa rivale et peut épouser le bon docteur Schön. Dit ainsi, ça n'a l'air de rien, mais la tragédie est déjà en marche ! Bien plus explicite, la référence à la boîte de Pandore du titre original allemand (Die Büchse der Pandora) annonçait d'ores et déjà la suite. Cela dit, pas question pour moi de tout vous révéler: j'ose espérer que cette modeste chronique saura vous convaincre de la découvrir seuls, en regardant le film. Bien entendu, les valeurs des hommes étant par nature changeantes, le comportement de la "pauvre" Loulou paraît presque dérisoire aujourd'hui. Mais, dès lors que l'on se remet dans le contexte du film, on peut en percevoir l'incroyable modernité.

Ce grand portrait de femme doit bien sûr beaucoup à Louise Brooks. L'actrice américaine tournait alors pour la première fois en Europe. L'histoire retient qu'à la ville, elle avait peu ou prou la même attitude que son personnage, ce qui l'aurait rendu assez difficile à gérer. Nonobstant cette anecdote, sa prestation vaut à elle seule le détour vers cette histoire, dont le fait de n'entendre aucune parole renforce finalement la puissance évocatrice. Chose inattendue: sans me faire d'illusion sur le destin promis à l'anti-héroïne, j'ai trouvé que Loulou offrait aussi une espèce de suspense. Bien qu'inspiré de deux pièces de théâtre et surtout tourné en intérieurs, le film nous promène allégrement de Berlin à Londres, en passant par Le Caire. Ce récit intemporel est aussi celui de la fuite en avant d'une femme éprise d'une certaine forme de liberté et soucieuse d'abord de vivre sa vie. C'est bien assez, je crois, pour traverser les âges et séduire encore...

Loulou
Film allemand de Georg Wilhelm Pabst (1929)

Pour en terminer, je me permets de vous faire remarquer que le film est aussi le contemporain... des débuts du cinéma parlant (1927) ! G.W. Pabst travailla de nouveau avec Louise Brooks pour son opus suivant (Le journal d'une jeune fille perdue) et resta fidèle au muet jusqu'en 1930. Tout ça me rappelle les splendeurs d'un autre cinéaste allemand, Friedrich Wilhelm Murnau, j'ai nommé L'aurore et Tabou...

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Un regard complémentaire ?
"L'oeil sur l'écran" nous parle du film et... de comment il fut censuré. Les ciseaux français avaient alors altéré la nature des personnages !

mardi 19 juillet 2016

Rêver, nager, aimer...

Je ne sais plus trop comment j'ai appris la mort de Sólveig Anspach. Seule certitude: la nouvelle m'a bien attristé et c'est avec inquiétude qu'ensuite, j'ai attendu L'effet aquatique, son tout dernier film. D'après moi, la belle personnalité de la cinéaste franco-islandaise manquera au cinéma français. Mais je n'écris pas pour faire pleurer...

Pour ceux à qui cela aurait échappé, je précise que cet ultime opus pourrait être une pseudo-suite de Queen of Montreuil, sorti en 2013. On y retrouve les mêmes personnages, dont Agathe, jeune veuve remise de son deuil (?) et devenue prof de natation. Autre retour apprécié: celui de Samir, le grutier, fasciné par la belle au moment où... elle rembarrait sèchement un autre homme. Cette France-là n'existe probablement que dans le film, mais peu importe, au fond ! C'est précisément ce décalage poétique que j'apprécie dans le cinéma original de Sólveig Anspach. Je connais encore trop mal ses travaux pour en faire une constante de sa filmographie, mais tout de même...

Dans les dialogues tout comme dans les situations, ce décalage existe bel et bien dans L'effet aquatique ! Il en résulte un ton unique. Franchement, ce n'est pas tous les quatre matins que le cinéma invente un homme capable de faire semblant de ne pas savoir nager pour séduire. Il n'est pas très fréquent non plus de voir Roméo prendre une fausse identité et un avion vers l'Islande pour rejoindre Juliette à un congrès de maîtres-nageurs, au cours duquel il proposera une solution de relance pour le processus de paix israélo-palestinien. Voilà le genre de "folies" que l'on peut commettre dans ce joli film ! Mieux: Florence Loiret-Caille et Samir Guesmi nous laissent croire qu'elles sont possibles, avec de la conviction et quelques sourires. L'optimisme dissipe tous les obstacles: c'est une très belle conclusion.

L'effet aquatique
Film français de Sólveig Anspach (2016)

Avis aux amateurs: on retrouve ici une partie de la troupe aperçue dans les films précédents et notamment des seconds rôles attachants tels Ditta Jónsdóttir, Philippe Rebbot et Bouli Lanners (en photo !). Difficile, vraiment, de trouver d'autres films comparables. Le style pudique et minimaliste peut à la rigueur faire penser à La délicatesse ou à La tendresse. Mais dans une version plus rêveuse, à vrai dire...

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Si vous voulez rester dans les mêmes eaux...

Je vous recommande la lecture de la chronique de Princécranoir.

lundi 18 juillet 2016

Au nom du roi

Elizabeth II a peut-être 90 ans et la couronne britannique sur la tête depuis plus de 64 printemps: n'empêche qu'au cinéma, les monarques d'outre-Manche ont le trône branlant et le pouvoir souvent contesté. Exemple aujourd'hui autour d'un film américain: Le bouffon du roi. L'un des très nombreux récits à la Robin des Bois du vieil Hollywood...

Nous revoilà donc au temps du Moyen-Âge, alors que le vil Roderick usurpe sans vergogne le titre de souverain, au détriment d'un bébé dont, comme il se doit, toute la royale famille a été assassinée. Cachés dans la forêt, quelques sujets loyalistes de sa Majesté résistent encore et toujours au félon, au péril de leur vie, bien sûr. Parmi eux, un chef de bande: Le Renard noir. C'est par surprise finalement que le récit se désintéresse vite de ce personnage archétypal. Fidèle à son titre (The court's jester en VO), le scénario préfère se consacrer à l'un de ses complices, un type assez maladroit et peu courageux, mais réglo. Le bouffon du roi, c'est lui, of course !

Pour vous donner une petite idée du truc, je vous révélerai simplement que le titulaire légitime du sceptre royal peut être reconnu... à la tâche de vin en forme de fleur d'aubépine de sa fesse gauche. Inutile de dire beaucoup plus, je pense: vous aurez compris seuls que ce (vrai) film de capes et d'épées tient aussi de la comédie. Bien sûr, sorti il y a soixante ans, il sent un peu la poussière. Maintenant, si vous êtes adeptes du genre, je pense qu'il vous plaira. Aux côtés des légendaires Angela Lansbury et Basil Rathbone, il est difficile de ne pas relever la performance clownesque de Danny Kaye. Le bouffon du roi lui doit beaucoup, ainsi qu'au couple qu'il forme ici avec la jolie Glynis Johns, de douze ans sa cadette. Une madeleine cinéphile et musicale, à savourer pour ce qu'elle est: une vraie rareté.

Le bouffon du roi
Film américain de Melvin Frank et Norman Panama (1956)

Oui, donc, bon... un ersatz de Robin des Bois avec une actrice principale vue ensuite dans Mary Poppins: le public visé est familial. Cela dit, j'ai pris un certain plaisir devant cette production ancienne. Elle m'a rappelé d'autres facéties, vues dans Le corsaire rouge notamment, ou dans La flèche et le flambeau. L'affiche française d'époque annonce "du comique à grand spectacle". Un peu exagéré...

samedi 16 juillet 2016

Une femme africaine

Je vous l'avais annoncé: désormais, et logiquement à raison d'une fois par mois, je laisse mon amie Joss présenter un film de son choix. J'espère pouvoir compter sur votre fidélité à ces autres chroniques. Pour une nouvelle contribution, Joss visite une Côte d'Ivoire animée...

L'été est là. Je n'ai pas détesté coller à un peu d’actualité thermique ! Mon choix, c'est la couleur, la gaieté, l'exotisme, la créativité et la chaleur. Histoire de coller aussi au tee-shirt (non mais, on n'a pas tous la clim' chez soi !). Alors, prêts pour l’immersion ?

Aya de Yapougon...
Même si l'histoire se déroule il y a presque cinquante ans (il est terrifiant, ce temps qui passe…), beaucoup d'entre nous ont flirté avec ces années (en culottes courtes ou plus longues) qui appartiennent désormais au sacré (des milliers d'adolescents africains et occidentaux s’en souviennent avec la même nostalgie). Ce César du film d'animation 2014, plus qu'honorable version filmée d'une double BD à grand succès, dresse la fresque de Yopougon, quartier populaire d'Abidjan, avec ses scènes de la vie quotidienne, ponctuées des publicités croustillantes de l'époque: la bière Sissoko (le patron de la Solibra est d'ailleurs représenté dans le film), la banque BIAO, savonnette et margarine… car ces spots vus en famille cadrent aussi bien l'arbre généalogique de l'héroïne que les portraits qu'elle en tire elle-même, en nous les présentant yeux rivés d'une même passion sur la chaîne nationale. Du bien senti et une réelle bienveillance, qui ciblent d'emblée le personnage central d'Aya.

Aya et ses copines. Déjà tout un monde d'oppositions qui fraternisent avec chaleur, puisque tandis que la première n'est que raison et ambition d'études de médecine, les autres se destinent avec délectation à une parfaite série C: Coiffure, Couture et Chasse au mari ! Dans un créole authentique (le glossaire de la BD est vite remplacé par la cohésion visuelle), où les "gazeuses" (jeunes filles qui n'ont pas froid aux yeux) se rendent plusieurs fois par semaine au "maqui" (bal de quartier), souvent côtoyé par un français châtié, on perçoit vite que le mélange des genres (caleçon fleuri-tongues et chemise-cravate) fait partie intégrante de la vie de chacun, sauf à jouer la carte du "patron qui a réussi" (et il a réussi, le patron de la Solibra !) qui vit pour les apparences dans un palais climatisé en costume trois pièces. Finalement, belles leçons de vie, de civisme et de politique que Marguerite Abouet a recrutées dans sa propre famille, sur son propre chemin, pour en faire un portrait authentique qui touche infiniment. Des réflexions, des échanges, des revirements qui ne manquent pas de réalisme sonore, grâce à des artistes du cru.

Côté animation, de très belles images, bien vivantes même fixes, et de très sensibles mouvements, qui semblent se focaliser sur les démarches essentielles. Marches essentielles même, au milieu de rues peut-être peuplées, assurément peuplées mais silencieuses, comme s'écartant sur le passage de l'acteur. Jeux d'épaules tour à tour décidées, accablées, confiantes ou simplement courageuses, rendues grâce à un dessin fort qui n'a plus rien à prouver. Bref, une animation qui a opté pour une richesse de détails fixes au profit d'un jeu de rôles actif. À mon sens, pas de faiblesse mais un solide parti-pris. Une stratégie tout en nuances comme l'arrivée d'un ciel d'orage aux instants les plus critiques du quotidien de certains personnages. Et puis, ces tableaux, purement esthétiques… un choix sublime pour y puiser la démesure d'une ville, un carrefour solitaire avec pylône électrique anarchique, un coin de maison seulement rempli d'un seau, d'une chaise et de l'ombre d'une persienne sur le mur éclairé de lune, vestiges de la vie familiale qui se poursuit une fois le calme revenu dans la maison troublée par le retour du père, bon-enfant mais alcoolisé…

Et puisque nous parlons d’un père de famille, parlons "hommes": aïe, aïe, aïe ! Certains touchants, d'autres agaçants, jamais très courageux. À Abidjan… comme ailleurs ? Bon, si les lecteurs mâles ne m'ont pas encore envoyée me faire voir à Yopougon !, je voudrais ajouter que si le thème des micro-relations est universel, il n'en reste pas moins une source sans fond de créativité et d'émotion. D'aucuns auront beau penser au sujet historique et poignant de Persepolis, et sans rien enlever à ce chef-d'œuvre résolument remarquable, je demeure persuadée que les auteurs de sujets simples se réservent la difficile tâche de tenir en haleine. Aya de Yopougon en est l'illustration, servie par une diversité musicale cohérente pour son panel de personnages et leur temps…

Et comme je ne finis jamais une chronique sans poser mes propres interrogations, je vous demanderai enfin si vous croyez en l'avenir professionnel auquel se destine la belle et solide Aya ? (j'influence la réponse, peut-être !?!). Et puis aussi, une question au sujet du trait de l'auteur: n’y avez-vous rien retrouvé de celui de Joann Sfar ? Pas en vous triturant la tête, simplement dès les premières images, flash ou pas flash ? Parce qu'en ce qui me concerne, j'y ai immédiatement pensé. Au fait, Sfar fait quand même partie des producteurs du film !

vendredi 15 juillet 2016

Légendes de l'Ouest

Une précision, d'abord...
Cette chronique était prête à être publiée il y a quelque temps déjà. Malgré l'attentat survenu à Nice, j'ai décidé de la maintenir dans le fil ordinaire de mes mises à jour. Je pense revenir sur les événements ultérieurement, avant mes congés estivaux. Pour moi, tout va bien...


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J'ai, il y a une vingtaine de jours, profité de la présence de mon père chez moi - et de notre intérêt commun pour le western - pour revoir l'incroyable Jo Limonade. J'ai ensuite cherché un sujet de chronique original, pour évoquer le film, sans en refaire un long descriptif. L'idée m'est venue d'évoquer les héros de l'Ouest nés... sur le papier !

La liste des personnages de westerns littéraires adaptés au cinéma promettant d'être longue, j'ai resserré le cadre et voulu retenir ceux qui, à l'instar du pistolero tchécoslovaque déjà cité, sont apparus entre les cases d'une BD. J'ai pensé à Lucky Luke, évidemment ! L'occasion de me souvenir qu'en plus d'être capable de tirer plus vite que son ombre, le cow-boy a déjà adopté plusieurs visages à l'écran. Personnellement, je connais le Lucky Luke de 2009: Jean Dujardin. J'aimerais recroiser celui de 1991, joué par l'Italien Terence Hill. J'imagine pouvoir éviter la version de l'Allemand Til Schweiger, aperçu chez Tarantino et dans Les Dalton, avec le grand duo Éric et Ramzy...

Pour parler maintenant de ce dont je ne connais que la version cinématographique, je voulais évoquer Cowboys et envahisseurs. Plaisir geek assumé lors de sa sortie, il y a cinq ans déjà, le film pourrait bien avoir pris un coup de vieux à la revoyure, à l'image finalement de ce très cher Harrison Ford, réduit ici à jouer les utilités au service d'un Daniel Craig assez cabotin entre deux James Bond. Allez, pour être honnête, je n'ai pas un grand souvenir de cet opus signé Jon Favreau - découvert cette année dans d'autres registres. Est-ce que ça me donne envie de revenir aux sources du roman graphique éponyme ? Pas vraiment. Je suis passé à d'autres univers...

S'il faut choisir, j'irais plutôt chevaucher la plaine avec Lone Ranger. Apparu d'abord... à la radio, le personnage aura aussi été le héros d'un comics paru entre 1938 et 1971, d'une série TV et de 18 romans ! C'est à la fin des années trente qu'il apparut sur les grands écrans blancs des cinémas américains, bien avant la version Gore Verbinski de 2013, avec Armie Hammer dans le rôle-titre et Johnny Depp grimé en guerrier indien. Bien que dispensable, ce type de popcorn movie peut faire mon bonheur estival, si l'occasion se présente. On notera que la grosse machinerie Disney s'est contentée d'un seul épisode. Gains mondiaux: 260 millions de dollars, pour un budget fixé à 215...

Je ne crois pas que les producteurs de Blueberry, l'expérience secrète puissent se réjouir d'un tel "succès". Promu en 2004, le film de Jan Kounen ne m'inspire guère, mais il faut dire que je ne connais qu'à peine le personnage créé par le duo Giraud / Charlier. Le premier s'est distingué en défendant l'adaptation, libre mais très respectueuse de l'oeuvre originelle d'après lui. La famille du second, en revanche, a demandé à ce que son nom ne figure pas au générique ! Il semble d'ailleurs que le public n'ait que peu répondu à l'appel de cette histoire portée par le chamanisme, avec un peu moins de 766.000 entrées. Vincent Cassel a bien su s'en relever et moi, je n'ai toujours rien vu...

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Un petit mot pour conclure...

À celles et ceux d'entre vous qui aiment le western, je conseille vivement Rango, film d'animation tordant et où souffle l'éternel esprit de l'Ouest, en particulier lors d'une séquence... clint-eastwoodienne. Après quoi, je retournerai sur la piste de vos possibles suggestions !

mercredi 13 juillet 2016

Famille je vous...

Ce n'est peut-être pas vrai, mais j'ai l'impression que le grand public est un peu moins sévère qu'il ne l'a été jadis avec le cinéma français. Un genre me semble supporter les critiques les plus vives: la comédie. Est-ce parce que tous les plus gros succès en sont ? Possible. J'ai vu Retour chez ma mère à l'invitation de la mienne, sans conviction...

Au final, je ne me suis pas ennuyé et j'ai souri devant ce petit film ordinaire, d'allure presque théâtrale et quasi-calibré pour la télé. L'histoire s'inscrit dans une Marseille reproduite à Aix: Stéphanie, architecte, a dû vendre les parts de son cabinet et se retrouve donc au chômage, ce qui est d'autant plus difficile qu'elle ne touche rien. Vous l'aurez compris: bon gré mal gré, elle... retourne chez sa mère pour économiser un loyer et, idéalement, trouver un peu de réconfort. Le film tente de nous amuser avec les oppositions que révèle soudain cette cohabitation forcée et, de prime abord, y parvient plutôt bien. Après l'arrivée du frère, de la soeur et du beauf, ça se gâte un peu...

Soyons clair: le ping-pong Alexandra Lamy / Josiane Balasko fonctionne, tant il paraît crédible. C'est bien du côté des personnages secondaires - et surtout de leur écriture - que le bât blesse. J'ai eu quelque difficulté à y adhérer, même j'ai bien aimé l'idée de l'amant secret de la maman, le meilleur des ressorts comiques du scénario. L'impression (négative) que j'ai, c'est que ce genre de productions reste malgré tout assez simpliste. Je ne vois rien de très honteux dans ce cinéma, mais justement... je vois également peu de cinéma ! Retour chez ma mère s'appuie à 200% sur sa troupe de comédiens. Puisqu'il ne prend aucun risque de mise en scène, on ne perdra rien d'essentiel à attendre son passage sur la petite lucarne. Je note aussi que le film avait presque fait 2 millions d'entrées en cinq semaines...

Retour chez ma mère
Film français d'Eric Lavaine (2016)

Bref... les amateurs de grand cinéma peuvent se détourner. Il faut une dose de ma bienveillance coutumière pour aimer ce long-métrage ordinaire. Ce qui est sûr, c'est que j'ai vu pire ! Moins "franchouillard" que Qu'est-ce qu'on a fait au bon Dieu ? et moins bobo-nombriliste que Les garçons et Guillaume, à table !, le film est dans la moyenne. Je préfère les rom' com', telles que La chance de ma vie notamment.

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Le film ne semble pas faire recette sur les blogs...

Parmi mes petits camarades, seule Dasola en a parlé... brièvement.

lundi 11 juillet 2016

Dichotomie coréenne

Il est des films bien plus accessibles que Un jour avec, un jour sans. C'est avec ce long-métrage coréen que j'ai clôturé la saison 2015-2016 de mon association. Je n'en savais presque rien avant de le découvrir. Serais-je allé le voir dans un autre cadre ? Non, je ne pense pas. Maintenant, ça ne veut pas dire que je n'ai pas aimé ce que j'ai vu...

Léopard d'or au Festival de Locarno 2015, le film est reparti de Suisse avec une autre récompense: un Prix d'interprétation pour son acteur principal, Jung Jae-young. L'histoire ? Ham Cheon-soo, réalisateur talentueux, est invité à participer à une conférence pour présenter l'un de ses films. Arrivé avec une journée d'avance, il trompe l'ennui en se promenant dans la ville et y rencontre une jeune femme, seule. D'abord assez peu amène, cette dernière finit par accepter d'aller boire un café avec lui. Les suivant à la trace, la caméra nous permet d'observer leur rapprochement progressif. Il me faut alors reconnaître qu'assez vite, je me suis demandé où tout cela voulait m'emmener...

La réponse à la question est arrivée avec la seconde partie du film. Comme son titre le suggère, Un jour avec, un jour sans est conçu sous la forme d'un diptyque. Au milieu du récit, tout... recommence ! Initialement, je me suis demandé à quoi rimait cette entourloupe ! Petit à petit, toutefois, elle a su m'intéresser: un (possible) jeu consiste à distinguer ce qui change par rapport à ce qu'on a déjà vu. Bientôt, les séquences qui s'enchaînent n'ont plus qu'une ressemblance très vague avec celles qui avaient préalablement été exposées. Clairement, le réalisateur prouve qu'à partir d'une même situation donnée, plusieurs développements sont possibles. On remarque alors que, quel que soit ce qu'ils ont à jouer, les acteurs demeurent justes et crédibles. Assez pour faire un bon film ? Ça, c'est à vous de voir...

Un jour avec, un jour sans
Film coréen de Hong Sang-soo (2015)

En nous présentant le long-métrage, la présidente de mon association l'a comparé aux oeuvres d'Eric Rohmer, ce que je trouve pertinent. Autant vous dire que ce n'est pas forcément "tout public" ! Le fait d'ajouter un titre à mes découvertes coréennes est venu atténuer quelque peu mon léger sentiment d'ennui. Bon... je préfère les films plus simples, comme My sassy girl ou Poetry, dans d'autres genres...

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Si vous trouvez que je manque d'enthousiasme...

Je confirme, en vous conseillant de lire les avis de Pascale et Strum.

samedi 9 juillet 2016

Elle s'appelait Rachel

RoboCop, Total recall, Basic instinct... j'étais encore adolescent quand ces trois films de Paul Verhoeven sont sortis consécutivement. Au tournant des années 90, je ne suis pas sûr que je vous aurais cru si vous m'aviez dit que le réalisateur était néerlandais. Ma curiosité pour le cinéma était encore très relative, à l'époque. Things change...

Paul Verhoeven est finalement revenu dans mes radars il y a peu. J'aurais pu aller voir Elle, son film présenté à Cannes le 21 mai dernier, mais non ! Réflexion faite, je me suis abstenu et j'ai choisi de regarder Black book, un film qu'il a sorti il y a dix ans, au retour d'une très longue période hollywoodienne (de 1987 à 2006, environ). L'histoire tourne autour d'une dénommée Rachel Stein, femme juive dans la Hollande de 1944, occupée par les Nazis. Une figure d'héroïne peu conventionnelle. C'est après que toute sa famille a été massacrée devant ses yeux que la jeune femme rallie les rangs de la Résistance. Sa soif de vengeance la pousse alors à infiltrer les rangs de l'ennemi en se faisant passer pour une fille facile auprès d'un officier influent. Très réussie, toute la première partie du long-métrage nous montre ainsi comment Rachel devient Ellis de Vries, une jolie poupée blonde entre les pattes des ours hitlériens. Et ensuite ? Ça va se compliquer.

Dans la seconde moitié de son métrage (2 heures 20 environ), le film s'emballe et l'intrigue connaît alors d'innombrables rebondissements. J'aimerais vous dire que j'ai trouvé ça génial, mais ce serait mentir. Les gros points positifs, c'est qu'on ne s'ennuie pas et que l'action soudainement débridée ne nuit nullement à la lisibilité du scénario. Bien au contraire, même si le vrai bon suspense de Black book repose largement sur un jeu de faux semblants, les nombreux personnages sont suffisamment charismatiques et bien joués pour qu'on les suive sans difficulté de compréhension. Si je reste réservé sur les qualités intrinsèques de cette (grosse) production, c'est pour d'autres raisons. D'abord, même si ce n'est pas très grave, certaines séquences manquent franchement de vraisemblance: je n'en citerai... aucune pour ne pas atténuer votre possible plaisir, mais le mien en a pâti. Par la suite, j'ai regretté aussi que le film demeure assez complaisant avec la violence psychologique, ce qui ne lui apporte rien, au fond. D'ailleurs, pour un peu, ça m'aurait poussé à baisser ma note finale...

Black book
Film néerlandais de Paul Verhoeven (2006)

Une précision: si vous le jugez face à Hollow man, l'autre Verhoeven chroniqué sur ce même blog, vous tenez là un sacré chef d'oeuvre ! Visiblement habitué aux polémiques, ce bon vieux Paul ne recule pas quand il s'agit d'utiliser l'imagerie Gestapo pour ce qui reste en réalité un film... de divertissement. Si ce genre de choses vous convient aussi, vous aimerez le Inglourious basterds de Quentin Tarantino...

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Vous en voulez encore ?

Très bien ! Il y en a chez "L'oeil sur l'écran" et dans "La Kinopithèque". Et aussi sur les blogs de Pascale, Dasola, Chonchon et Princécranoir.

jeudi 7 juillet 2016

Vers sa destinée

J'aurais attendu longtemps avant de pouvoir enfin voir Brooklyn ! Heureusement, parmi mes six cinémas habituels, l'un diffuse les films en fin d'exploitation, c'est-à-dire quand les autres les ont déjà passés. Je suis heureux d'avoir ainsi ajouté cet opus (brito-canado-)irlandais sur la liste de ceux que j'ai pu découvrir en salles, plutôt qu'en DVD...

Le film nous ramène dans les années 50, quand la jeune Eilis Lacey, lassée de sa vie irlandaise, décide de s'embarquer vers les États-Unis pour y vivre... autre chose. La demoiselle s'inquiète de ce qui peut arriver ensuite, mais pas pour elle, plutôt pour sa mère et sa soeur restées au pays. C'est pourtant cette dernière, Rose, qui l'a confiée aux bons soins d'un prêtre déjà expatrié, lequel lui a obtenu un travail et des papiers en règle. Certains ont d'ailleurs reproché à Brooklyn l'idéalisme (supposé) avec lequel il aborde le thème de l'émigration. Je ne les rejoins pas: pour moi, le film parle surtout d'émancipation féminine, depuis une société assez rigide vers un horizon favorable aux personnes humbles et travailleuses. OK, c'est aussi un peu naïf quand c'est exprimé ainsi. Je conçois que l'exposé répété des états d'âme d'Eilis n'intéresse pas tout le monde. Moi, j'ai trouvé ça juste. Pour info, le film adapte un livre du romancier irlandais Colm Tóibín.

Je ne sais pas exactement ce que l'écrivain a mis de sa personnalité dans son personnage, mais je constate qu'il a fait Eilis, comme lui, originaire de la petite ville d'Enniscorthy, au sud-est de l'Irlande. Attention toutefois aux amalgames trop faciles: Colm Tóibín est né en 1955 et, même s'il a lui aussi voyagé, en Espagne et Argentine notamment, cette histoire n'est pas la sienne. Je reviens au cinéma pour signaler que, si j'avais un reproche à faire à Brooklyn, ce serait sans doute son relatif manque d'aspérités. Tout est beau, si propre finalement que ça en devient un peu trop lisse, parfois. Il faut voir tout cela comme un conte pour l'apprécier vraiment, au risque assumé d'être lassé par les quelques violons plaintifs de la bande originale. Pour le reste, rien de méchant à dire: la reconstitution est soignée, les acteurs impliqués et talentueux (Saoirse Ronan progresse bien !) et l'histoire, ma foi, m'a semblé émouvante et plutôt bien racontée. Vous aurez noté que je n'en ai pas dit grand-chose: c'est volontaire. J'espère bien que vous aurez envie de la découvrir par vous-mêmes...

Brooklyn
Film irlandais (etc...) de John Crowley (2015)

Tant pis si c'est un peu "rose bonbon": j'ai bien aimé cette histoire. D'une certaine façon, elle dit aussi beaucoup sur ce que nous sommes et pourrions devenir. Sur (presque) la même base, The immigrant développe un propos moins intéressant, d'après moi. En voyant Eilis essayer de vivre sa vie, j'ai aussi repensé, époque oblige, à Carol. C'est positif d'avoir un point de vue européen sur ces questions d'exil.

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D'autres avis sur le film ? Il y en a, bien sûr...

Vous en verrez notamment chez Pascale, Dasola, Tina et Sentinelle. Eeguab, lui, a su écrire les mots pour donner envie... de lire le livre.