mardi 30 septembre 2014

Ne plus bouger

Je n'ai pas franchement accroché à Palerme. Ce film italien a valu une Coupe Volpi de la meilleure actrice à Elena Cotta, âgée de 82 ans.

Heureux pour cette vénérable grand-mère, je me suis un peu ennuyé devant le long-métrage lui-même. Il faut imaginer une rue palermitaine, donc, la via Castellana Bandiera - c'est le titre original du film. Parce qu'elle est étroite bien qu'à double sens, la circulation s'y trouve bloquée quand des voitures arrivent l'une en face de l'autre. C'est reparti: deux conductrices s'affrontent et refusent de reculer...

Dans le premier véhicule, il y a Samira, qui revient d'un cimetière marin où elle est allée se recueillir sur la tombe de sa fille, disparue quelques années plus tôt. Mutique, Samira transporte toute sa famille et semble obéir à Saro, son gendre, un personnage assez odieux. L'autre véhicule ? Rosa s'y est disputée avec Clara, sa compagne. Derrière son volant, la jeune femme est figée, c'est un euphémisme. Pendant presque une heure et demie, l'improbable duel va occuper l'écran. Parfois, et heureusement, la caméra s'échappe des habitacles pour arpenter le voisinage. Palerme montre alors une communauté d'incroyables égoïstes, tout juste bons à parier sur l'endurance têtue d'une vieille dame pour gagner un peu d'argent facile. On peut y voir une métaphore sur les blocages de l'Italie d'aujourd'hui, paraît-il...

Mouais... je ne suis vraiment pas convaincu. Il me faut préciser peut-être qu'Emma Dante, en plus de réaliser le film, tient ici le rôle de la jeune obstinée. Reconnue au théâtre, elle adapte une pièce qu'elle connaît bien, puisqu'elle l'a elle-même écrite. Je ne dirais pas que Palerme est un mauvais film, ni même qu'il est inintéressant. Objectivement, la caméra est maîtrisée, le montage efficace. Partiellement composée avec des comédiens amateurs, la distribution s'en sort très honorablement. C'est le sujet lui-même qui m'a déçu. Peut-être l'apprécierez-vous davantage si vous acceptez son côté absurde ou si, derrière la situation improbable, vous percevez aussi une intention politique. La cinéaste a vécu dans cette rue, dit-on. Possible qu'elle ait voulu livrer un message que je n'ai pas su saisir...

Palerme
Film italien d'Emma Dante (2013)

Dans la manière dont le temps s'étire, dans la confrontation muette entre ces deux femmes décidées à ne rien lâcher, il y a quelque chose de Sergio Leone dans cette production transalpine. Il y a donc bien quelque chose qui pourrait me plaire davantage. Las ! J'ai vite trouvé que cette situation ubuesque ne présentait pas un grand intérêt. Autant revoir Le pigeon ou, mieux encore, L'argent de la vieille...

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Vous voulez savoir ce que d'autres en ont pensé ?
Pascale vous en parle sur sa propre page: "Sur la route du cinéma". C'est tout ce que j'ai pu trouver sur les blogs que je visite ! À noter que j'ai vu le film en ouverture de la 13ème saison d'une association de cinéphiles. Il n'est pas exclu que j'en reparle un jour ou l'autre...

lundi 29 septembre 2014

En première ligne

D'avoir évoqué Stanley Kubrick samedi m'a donné envie de regarder un autre de ses films: Les sentiers de la gloire. En cette année commémorative du centième anniversaire de la Première guerre mondiale, le long-métrage me paraissait quasi-incontournable. J'étais donc doublement décidé à l'aborder enfin. Joseph, mon grand-père paternel, a été gravement blessé en 1916. Un peu de mon héritage...

Même si j'ai regardé le film dans sa version originale en langue anglaise, je dois dire tout de suite qu'il se déroule sur le front français et dans un corps d'armée français. Le 701ème régiment d'infanterie doit partir à l'assaut d'une colline tenue par l'ennemi. Hormis ses bombes et sa mitraille, de cet ennemi, on ne verra rien. L'élément-clé du scénario réside ailleurs: dans une vive dénonciation du commandement. Quand, finalement repoussées par le feu allemand, les troupes françaises reculent, le général en chef estime qu'elles font preuve de couardise. Les sentiers de la gloire le montre même prêt à tirer sur ses propres tranchées pour obliger les soldats restés à l'arrière à en sortir. Il y a donc plusieurs phases dans le film. Après la pré-attaque et l'assaut proprement dit, c'est un procès militaire qui débute, pour juger trois hommes accusés de lâcheté. C'est en réalité une parodie de justice qui est offerte à nos regards.

Quand Les sentiers de la gloire sort en salles aux États-Unis, le jour de Noël 1957, Stanley Kubrick n'a que 29 ans. Partiellement tournée dans un studio munichois, son oeuvre est déjà diffusée en Allemagne. Est-ce la très martiale Marseillaise du début ? La France, elle, laisse sa frontière fermée - interpellés par le gouvernement sous la pression d'anciens combattants français et belges, les producteurs américains finissent par renoncer à la distribution. Il faudra attendre 18 ans (!) pour que le long-métrage soit visible dans les cinémas de notre pays. Qu'en dire aujourd'hui ? Qu'il est marquant, malgré son âge avancé. Sec comme un coup de trique, il dure une heure et demie, temps suffisant pour nous dire toute l'horreur de la guerre et des émotions contradictoires qu'elle suscite. Le personnage de Kirk Douglas, officier intègre dans la tempête, préserve un espoir en l'humanité. Sa montée en première ligne permet un plan-séquence d'une incroyable intensité.

Les sentiers de la gloire
Film américain de Stanley Kubrick (1957)

Le réalisateur "aime" la guerre, mais je le trouve ici plus percutant encore que dans Full metal jacket - ne surtout pas oublier toutefois que trente ans séparent les deux longs-métrages. On parle souvent d'absurdité pour aborder 1914-1918: il me semble que Stanley Kubrick va plus loin et rend honneur aux troufions. Deux autres approches recommandées: La vie et rien d'autre et La chambre des officiers.

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Ils en parlent aussi...

"L'oeil sur l'écran" et "Mon cinéma, jour après jour" en disent un peu plus long que le "Ma bulle" de Princécranoir, qui suit une thématique.

samedi 27 septembre 2014

La prédatrice

Je n'éprouve pas la fascination de beaucoup de mes copains mecs pour Scarlett Johansson. Il ne faut pas mentir pour autant: c'est elle que j'ai voulu voir quand je me suis intéressé à Under the skin. L'idée qu'un réalisateur - anglais - ait pu obtenir de la star hollywoodienne qu'elle tourne dans un "pur" film d'art et d'essai m'impressionnait fort. Restait à aller voir et à évaluer le résultat...

Under the skin est un film étonnant, souvent brillant sur le plan formel, mais plutôt déroutant sur le plan narratif. Sans qu'il soit expliqué ni pourquoi, ni surtout comment, Scarlett Johansson erre dans les rues de Glasgow au volant d'une camionnette. Elle fait mine d'avoir perdu son chemin et, très fréquemment, aborde des hommes seuls, qu'elle embarque parfois comme passagers. La mort attend ceux qui se sont laissés tenter - je vous laisse découvrir seuls comment la "créature" tue et se débarrasse des corps, avec l'aide souvent d'un mystérieux motard. Prédatrice implacable, elle emprunte inlassablement le même chemin, sans véritable émotion apparente.

Je crois pouvoir dire qu'Under the skin est un film qui se ressent. C'est inutile de chercher à tout comprendre: je ne suis même pas sûr que ce soit possible. Le scénario laisse bel et bien des trous béants dans ce qui est montré à l'image: il vous faudra faire preuve d'implication et d'imagination pour les combler. Le long-métrage offre probablement à chacun une expérience de cinéma différente, basée sur ses propres ressentis. Moi ? Après avoir entendu parler en amont d'une histoire d'extraterrestre, j'ai appréhendé une jeune femme réduite le plus souvent à sa dimension corporelle, voire érotique. Comme l'incarnation d'une force contre les séducteurs impénitents.

C'est alors que le choix de Scarlett Johansson devient intéressant. Femme fatale ou fantasme ambulant, la comédienne américaine joue certes de son charisme, mais n'a pas toujours l'aura d'une actrice légendaire - je me souviens qu'elle n'a pas encore 30 ans, cela dit. Dans une interview à Cahiers du cinéma, Jonathan Glazer souligne qu'il pensait tourner avec une inconnue et qu'il a finalement changé son fusil d'épaule pour une question de financement. Tant mieux ! Une coloration plus tard, Scarlett Johansson habite le film d'une façon très particulière. Elle n'a ici que des partenaires amateurs. Pour eux aussi, le scénario d'Under the skin était flou. Ça marche, pourtant.

Je crois que ça marchera, en tout cas, si vous vous laissez embarquer dans les choix formels. Premier constat: comme son personnage principal, le long-métrage est presque muet, disons traversé seulement de dialogues minimalistes. Under the skin mise beaucoup sur l'alternance d'images d'un quotidien ordinaire, tournées de façon quasi-documentaire, et d'autres plans saisissants pour révéler sa face fantastique. Sa drôle de bande-son fait aussi de lui un spectacle étonnant, presque inédit même, mais qui peut s'avérer inconfortable. Des explications sont distillées au fil de l'intrigue, mais il me restait beaucoup de questions à la sortie de la salle. Et j'ai plutôt aimé ça...

Under the skin
Film britannique de Jonathan Glazer (2014)

Sans doute parce qu'on a toujours besoin de se raccrocher aux choses qu'on connaît, une bonne partie des critiques autour du film évoque l'influence de Stanley Kubrick. Le lien à 2001, l'odyssée de l'espace est légitime, oui, dans le ton radical de cet objet science-fictionnel. Le long-métrage m'a aussi donné envie de redécouvrir la filmographie de David Lynch. Pour ne rien y comprendre, peut-être, mais ressentir.

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Le film a du mal à séduire, semble-t-il...

"Sur la route du cinéma" en a quand même parlé lors de sa sortie. Pedro Almodovar a connu plus de succès avec La piel que habito...

vendredi 26 septembre 2014

Une mère, des principes

Il y en a que les leçons d'histoire au cinéma insupportent. J'admets d'ailleurs que la tendance des biopics, ces fameux films biographiques souvent édulcorés, est un peu lourde parfois, à tous les sens du mot. J'ai pourtant trouvé mon bonheur d'un soir avec La conspiration. Cette huitième réalisation de Robert Redford est passée inaperçue chez nous: disponible néanmoins, elle n'est... jamais sortie en salles !

Le film nous offre un point d'ancrage connu: le légendaire président américain Abraham Lincoln. Comme le titre l'indique, le scénario s'intéresse surtout à ses assassins. On découvre en fait un (bon) film de procès dont le premier personnage est une femme. Mary Surratt est la tenancière d'une pension de famille. Fidèle à la cause confédérée, elle est bien évidemment suspecte et de fait accusée d'avoir hébergé les protagonistes du complot, donc d'y avoir pris part. Mary est aussi une mère, dont le fils est en fuite, accusé également. J'ignorais tout de cette histoire avant de la découvrir à l'écran. L'intérêt de La conspiration, le film, repose sur l'opposition classique entre une certaine raison d’État et les droits de la défense. L'avocat de Mary est évidemment un jeune capitaine, héros de la guerre finissante, mais plaideur inexpérimenté, d'abord hostile à sa cause. Juste le temps de voir venir le retournement de situation attendu...

Vous l'aurez sûrement compris: plus qu'une mère courage, il s'agira ensuite de défendre de grands principes - la présomption d'innocence due à tout accusé, l'égalité de traitement entre les différentes parties devant le juge, etc... le tout bien sûr dans un cadre américain "fondateur". Je dois reconnaître qu'ici, l'intelligence du scénario permet d'oublier les bons sentiments avec lesquels ce type d'histoire est habituellement raconté. Il est vrai que la distribution brille suffisamment de ses talents multiples: Robin Wright, James McAvoy, Kevin Kline, Tom Wilkinson, Evan Rachel Wood... du beau monde ! L'image, elle, est peut-être un poil trop parfaite. Je me suis laissé embarquer, comme d'habitude, grâce aux costumes et décors 19ème. Il me semble toutefois clair que le propos de Robert Redford dépasse la simple illustration: avec La conspiration, notre vieil ami américain nous parle aussi de son pays aujourd'hui. À vous donc... d'en juger.

La conspiration
Film américain de Robert Redford (2011)

J'ai la très nette impression que ce film serait une conclusion parfaite pour une trilogie américaine, après Vers sa destinée et le Lincoln illustré de Steven Spielberg. Pas besoin de porter la bannière étoilée pour apprécier ! Pour un spectacle plus exigeant, vous trouverez également des similitudes fortes avec 12 hommes en colère, le chef d'oeuvre du duo Henry Fonda / Sidney Lumet et la référence du genre.

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Et pour en revenir au film de Robert Redford...
J'ai apprécié la chronique (anticipée) de "L'impossible blog ciné".

jeudi 25 septembre 2014

Mes autres horizons

Je me trouve chanceux d'avoir pas mal voyagé ces dernières années. Cet été, par exemple, je suis allé à Édimbourg, à Madrid et Lisbonne en juin et août 2013, à Stockholm précédemment... j'aimerais passer quelques jours dans chacune des capitales européennes (au moins). J'essaye souvent de rentrer en France avec quelques films du pays découvert, surtout s'il est "exotique". Le cinéma est ma carte postale.

Vous l'avez remarqué: ces derniers jours, je vous ai emmené visiter quelques contrées lointaines de la planète cinéphile. Je suis heureux que, sur les Bobines, plus d'un film sur deux soit non-américain. Content également que le cinéma français occupe une place importante, soit un gros quart des films chroniqués, sans dominer pour autant. Je ferai sans doute un jour un bilan complet des origines des longs-métrages que je présente ici. Je peux déjà vous dire qu'actuellement, j'ai parlé de productions venues de 37 pays différents. Singapour, l'Afghanistan et la Hongrie sont les derniers arrivés. La Roumanie et les Pays-Bas, eux, frappent déjà à la porte.

Qu'est-ce que l'avenir nous réserve ? Je n'en sais fichtre rien. Notez toutefois que, sur les huit premiers mois de l'année, la fréquentation des salles françaises a plutôt souri au cinéma tricolore, avec 46,2% des parts de marché - contre 32,5% l'an passé. Notre septième art national marche, ô surprise ! (un peu) mieux que son homologue américain, qui ne récolte, lui, "que" 45,9% de ces mêmes parts. L'avez-vous calculé ? Cela ne laisse donc qu'un tout petit 7,9% au reste de la production cinématographique mondiale. Attention: le Centre national du cinéma et de l'image animée publie ces chiffres et juge bon de les prendre avec prudence - il s'agit d'estimations imprécises. Reste que je suis toujours avide de découvrir d'autres filmographies. Avec, entre autres, nos voisins d'Europe en guise de terrain de jeu.

mercredi 24 septembre 2014

En pleine lumière

J'aimais bien Robin Williams, l'un des clowns tristes du cinéma américain, mort le 11 août dernier. Si j'ai préféré ne pas en reparler plus tôt, c'est que je n'ai pas le réflexe nécrologique - sauf exception. J'ai toutefois pensé au comédien l'autre jour, en regardant Insomnia. Sous ce titre, vous connaissez peut-être le thriller qu'il avait tourné sous la direction de Christopher Nolan, avec Al Pacino, sorti en 2002. C'était un remake. J'évoque aujourd'hui le film initial, européen...

Norvège, années 90s. Le corps d'une jeune femme a été retrouvé dans une décharge. Deux enquêteurs sont arrivés de Suède pour venir en aide aux équipes locales et coincer le tueur. La police fait diffuser un message télévisé pour laisser croire qu'elle cherche encore le sac de la victime, pensant que l'assassin, soucieux de faire disparaître toute trace compromettante, se montrera là où elle l'a récupéré. L'idée est bonne, mais le dispositif tourne mal: le criminel est repéré lors d'une planque, mais l'un des inspecteurs commet une erreur impardonnable lors de la tentative d'arrestation. Je vous laisse découvrir la suite - promis, je n'ai parlé que des premières minutes. Insomnia est un thriller noir, très noir, tout à fait implacable. Sûrement pas spectaculaire, mais d'une froideur des plus efficaces.

Un crime, de la noirceur, du suspense: vous vous demandez peut-être comment j'ai titré ma chronique. Je fais référence à un élément scénaristique majeur: lors de l'enquête, le soleil ne se couche jamais sur la Norvège. Pas habitué à affronter le jour permanent, le flic chargé du gros des investigations supporte très mal ce contexte météorologique. D'où le paradoxe: alors que tout est éclairé, il y voit de moins en moins clair. Un scénario malin, inventif: c'est la qualité première d'Insomnia. L'interprétation fiévreuse de Stellan Skarsgärd dans le rôle principal en est un autre. Il paraîtrait qu'en version originale, le film joue aussi sur les incompréhensions linguistiques entre le norvégien et le suédois. Nous, les francophones, devrons nous contenter du récit sans fioriture. C'est déjà bien, soyez-en sûr.

Insomnia
Film norvégien d'Erik Skjoldbjaerg (1997)

J'aime l'aspect sale et granuleux du générique de début ! Il permet d'entrer directement dans le vif du sujet: c'est une très bonne chose pour affronter ce thriller dans les meilleures conditions. Objectivement, mis à part une BO sympa, la forme reste ordinaire. Vrai coup de coeur cependant pour ce petit film nordique, troussé avec intelligence, du type Millénium - en version suédoise, bien sûr !

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Maintenant, en attendant que je revoie la version US...

Vous pouvez la retrouver sur "Mon cinéma, jour après jour".

mardi 23 septembre 2014

Ministère amer

Mes opinions politiques, je les garde pour moi. Mes goûts musicaux vont jusqu'au rap, mais avec modération. Si le titre de ma chronique vous a interpellé ce midi, c'est tant mieux: c'était bien son but ! Maintenant, je vous explique: l'amer ministère que je veux évoquer avec vous est celui d'un dénommé Daniel Barry, un prêtre catholique irlandais, personnage principal de Stella days, roman devenu film...

Le père Barry doute. Alors qu'il espérait être autorisé à finir sa vie d'études théologiques à Rome, son évêque le retient encore en Irlande pour l'édification d'une nouvelle église. Problème: l'institution-mère n'a guère de quoi financer le début des travaux et compte largement sur une souscription populaire pour régler le gros de la facture. Problème numéro 2: dans cette Europe des années 50, les paroissiens espèrent surtout pouvoir utiliser leurs économies pour améliorer doucement le confort de leurs foyers - avec en priorité l'eau courante froide et chaude, voire peut-être quelques appareils électroménagers. L'intrigue de Stella days, vous l'aurez compris, repose sur l'opposition classique entre les tenants d'une certaine tradition et les partisans d'un progrès supposé. Le tout dans un cadre original, vu de France...

Stella days n'est pas un chef d'oeuvre, non, mais un petit film sympa. Cette fois, mon attrait pour le regarder n'est pas venue du charme pourtant bien réel d'une reconstitution soignée. J'ai surtout eu envie de voir Martin Sheen endosser la soutane: dans son costume liturgique, l'acteur se montre d'une belle sobriété. Moins identifiable sous nos latitudes, à l'exception peut-être de Stephen Rea, le casting complémentaire joue correctement - sur la photo, Marcella Plunkett accompagne Garrett Lombard au centre et Trystan Gravelle à droite. J'aime apercevoir de nouvelles têtes ! Il faut ajouter encore que j'ai apprécié une autre idée de départ du film: faire financer l'église attendue... par la mise en place d'une salle de cinéma ! À vous désormais de voir, si le coeur vous en dit, cette balade irlandaise...

Stella days
Film irlandais de Thaddeus O'Sullivan (2012)

Coproduit par Arte, le long-métrage a été diffusé sur la chaîne un soir de l'été dernier. Il n'est jamais sorti dans les salles françaises. Dommage ! Il n'invente rien, mais lui offrir un petit créneau d'exploitation ne lui aurait sans doute pas fait de mal. Il y a beaucoup plus de cinéma dans d'autres productions, c'est vrai, mais on reste dans la lignée scénaristique d'un Ken Loach ou d'un The full monty...

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Je ne suis pas le seul à regarder les petits films Arte !

Aelezig le fait aussi: à vérifier sur "Mon cinéma, jour après jour".

lundi 22 septembre 2014

Épidermique

Un accident de voiture qui laisse une femme défigurée, un suicide raté, deux autres réussis, deux viols et trois meurtres: on peut dire que Pedro Almodovar n'a pas lésiné avec La piel que habito - La peau que j'habite, s'il faut le traduire en français. Vous pourriez me dire que le cinéaste espagnol ne fait jamais dans la dentelle. À chacun ensuite d'apprécier son travail en fonction de sa propre sensibilité...

Une fois n'est pas coutume: au départ, le réalisateur est allé piocher son idée de scénario dans la littérature. Le long-métrage est inspiré de Mygale, le polar d'un auteur français, Thierry Jonquet. L'action s'est déplacée jusqu'à Tolède pour l'adaptation cinématographique. Robert Ledgard, chirurgien plastique de bonne renommée, planche secrètement sur un projet fou: la création d'un épiderme humain artificiel, aussi souple que le vrai, mais beaucoup plus résistant. Derrière les murs de sa villa-clinique, il séquestre une jeune femme pour mener à bien ses expériences interdites. La piel que habito montre, contre toute attente, une cohabitation presque harmonieuse. Mais qui est donc Vera, cette jolie cobaye aussi docile qu'une souris de laboratoire ? Vous le saurez vite, mais je n'en dirai rien. Je trouve justement que le gros point faible de l'intrigue tient à sa résolution anticipée. Je dois admettre que j'aurais bien aimé frémir davantage.

Vous voyez la photo ? À la litanie des horreurs énoncée en ouverture de ma chronique, je peux ajouter un enlèvement ! C'est le point d'ancrage de la seconde partie du film, qui se déroule essentiellement sous la forme d'un long flash-back. Encore une fois, la seule chose vraiment frustrante, c'est que les divers morceaux du puzzle-scénario puissent si rapidement être associés. Une fois le fin mot de l'histoire connu, l'épilogue paraît un peu simpliste. Certains des personnages secondaires semblent même avoir été laissés sur le bord de la route. Reste que le tout est plutôt bien joué: Antonio Banderas est chaud comme un glaçon, Elena Anaya superbe et sensible, Marisa Paredes toute d'ambigüité contenue. Bon directeur d'acteurs, Pedro Almodovar fait aussi, une fois encore, l'étalage de son talent graphique: le cadre et les décors sont de toute beauté, un vrai écrin pour les costumes signés Jean-Paul Gaultier. La piel que habito, un film qui a du style !

La piel que habito
Film espagnol de Pedro Almodovar (2011)

J'ai découvert après coup que quelques idées du long-métrage venaient d'un conte d'Auguste de Villiers de l'Isle-Adam. L'érudition littéraire de Pedro Almodovar se retrouve sans doute dans le soin apporté à la forme de ce long-métrage ambitieux, mais un peu froid. Je lui ai préféré Étreintes brisées, qui demeure ma référence absolue parmi ce que j'ai vu de l'enfant de la Movida. Une liste à compléter...

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Et maintenant, un tour pour lire ce que d'autres ont écrit...

En lice pour la Palme d'or en 2011, le film est rentré de la Croisette avec un Prix de la jeunesse. Il a aussi reçu quatre Goya, l'équivalent espagnol des Césars, et un BAFTA anglais du meilleur film étranger. "L'oeil sur l'écran", "Le blog de Dasola", "Mon cinéma, jour après jour" et "Sur la route du cinéma" font partie des sites qui en parlent aussi.

dimanche 21 septembre 2014

Abracadabrantesque

Avis aux amateurs: le tout nouvel opus du tandem Kervern / Delépine est sorti en salles la semaine dernière - je pense en reparler bientôt. Aujourd'hui, je m'arrête sur le deuxième extrait de leur filmographie frappadingue: Avida. Autant le dire aussitôt: c'est probablement l'un des films les plus délirants que je connaisse. Et ça commence fort avec, d'emblée, un picador suicidaire à la poursuite d'un rhinocéros...

C'est parti pour 83 minutes de surréalisme. Le titre du film emprunte directement à André Breton le surnom-anagramme (Avida Dollars) qu'il avait octroyé à Salvador Dali. Chemin faisant, vous croiserez plusieurs personnages à fort potentiel improbable: un maître-chiens sourd-muet, un type habitué à scotcher son visage entre deux shoots d'anesthésiant pour éléphants, un garde du corps maladroit, le chef d'une bande de villageois enfermés dans des armoires, etc... il sera vaguement question d'un rapt de caniche raté et d'une femme ventripotente à convoyer jusqu'en haut d'une montagne. On peut s'interroger sur l'état d'esprit des festivaliers cannois, qui virent débarquer la chose un jour de mai 2006, le 21 pour être très précis. Avida était présenté hors-compétition. Il valait peut-être mieux...

De deux choses l'une, l'autre le soleil - comme disait Jacques Prévert. Soit vous adhérez au dispositif farfelu de l'entreprise, soit il risque fort de vous manquer quelques neurones à la sortie. Avida s'affirme comme un objet filmique non identifié et radical. Certes, le scénario révèle le pourquoi du comment en toute fin de métrage, à l'occasion d'ailleurs d'un unique plan en couleurs. Pour les détails: walou ! Chacun interprétera le film à sa façon... et ça ira bien comme ça. D'aucuns jugent le résultat prétentieux, poseur, faussement créatif. C'est leur droit. Les autres remarqueront peut-être que ces fadas indécrottables que sont Kervern et Delépine ont un joli carnet d'adresses: il leur permet de s'associer ici avec Claude Chabrol, Jean-Claude Carrière et Kati Outinen, la muse d'Aki Kaurismäki. D'autres guests font un petit coucou, mais je vous laisse la surprise. C'est typiquement le genre de films qu'il faut aborder sans préjugé...

Avida
Film français de Benoît Delépine et Gustave Kervern (2006)

Mazette ! En voilà un truc barré ! On pourrait sans doute chercher chez Aki Kaurismäki (encore) ou Terry Gilliam une imagination similaire pour stimuler un cinéma... différent. L'aspect artistique d'une telle démarche m'amène vers un autre OFNI: A bigger splash. Dans ce long-métrage bien différent, le Britannique David Hockney racontait sa vie en recréant ses tableaux. Introspectif et saisissant.

samedi 20 septembre 2014

L'autre Adèle

Adèle Haenel mérite bien que j'en reparle déjà. Je titre "l'autre Adèle" en référence à Adèle Exarchopoulos, l'héroïne de... La vie d'Adèle. C'est très réducteur, toutefois: si les deux jeunes femmes percent presque simultanément comme brillantes jeunes pousses du cinéma français, chacune s'impose avec sa personnalité propre. L'avenir dira si ces débuts - prometteurs - sont le prélude de longues carrières...

Ce qui est sûr, c'est qu'Adèle Haenel a 25 ans et qu'elle compte déjà quinze apparitions au cinéma, la première dès 2002 dans Les diables de Christophe Ruggia, un film que je n'ai pas vu. S'il est très possible que je vous reparle de Naissance des pieuvres, son deuxième film, réalisé en 2007 par sa désormais compagne Céline Sciamma, il faut que j'admette n'avoir repéré la jeune comédienne que tardivement. J'aimerais la "rattraper" dans Suzanne, le film de Katell Quillévéré que j'ai laissé passer l'année dernière, avec également Sara Forestier. Malgré elle, j'ai zappé L'homme qu'on aimait trop, le long-métrage d'André Téchiné consacré à l'affaire Le Roux / Agnelet. Je note aussi qu'Adèle Haenel s'exprime parfois au théâtre. Je crois m'intéresser surtout à sa carrière cinéma, pour le moment en tout cas. À en croire ce qu'en dit IMDb, elle a participé à une série de courts: Spiritismes. Avec, parmi ses partenaires, Mathieu Amalric et Charlotte Rampling.

Fin février, Adèle Haenel recevait le César du meilleur second rôle féminin - pour Suzanne, justement. Dans une interview récente donnée aux Inrocks, la comédienne indiquait avoir pris quelques cours de danse africaine pour mieux jouer une forme de transe amoureuse. Elle affirmait aussi faire de la dépense physique la base de son jeu. Pour Gala, elle a confié "aimer l'idée que les filles s'endurcissent". Dans la presse belge, elle a dit qu'elle misait tout autant sur la poésie. Christophe Ruggia, qui lui avait confié un rôle d'enfant autiste, flatte "sa volonté de faire les choses entièrement". Après un coming-out pudique aux Césars, Adèle Haenel aurait pu jouer l'égérie de la cause homosexuelle. Elle ne l'est pas devenue et ne le revendique nullement. Elle demeure, je l'espère, une actrice avec laquelle il faudra compter. Dernièrement, elle aurait également donné son accord pour jouer dans une production historique franco-polonaise: Les innocentes. Devant la caméra d'Anne Fontaine, elle pourra ainsi évoluer en 1945.

mercredi 17 septembre 2014

À la dure

Adèle Haenel et moi, c'est une histoire de rendez-vous manqués. J'avais depuis longtemps l'envie de découvrir cette jeune comédienne. J'ai fini par y arriver en allant voir Les combattants, un premier film que la Quinzaine des réalisateurs de Cannes a "sorti" et récompensé plusieurs fois cette année. Je ne suis pas mécontent. Le long-métrage est plus qu'intéressant, audacieux dirais-je, et donc un peu atypique.

Arnaud et Manu enterrent leur père et, presque aussitôt, reprennent l'entreprise qu'il a créée. Les affaires tournent bien. Les frangins proposent des cabanes de jardin aux propriétaires de résidences secondaires, dans les Landes. Madeleine est la fille d'un couple d'acheteurs potentiels. Arnaud la rencontre en bossant dans leur villa. La demoiselle est glaciale, mais le jeune homme la laisse le regarder de haut. Et il la suit quand elle s'inscrit à une préparation militaire ! Les combattants trouve alors la justification de son titre. Comédie romantique moderne: c'est dans cette case que certains ont cru bon de ranger le film. Ça se tient: bien qu'il repose sur des situations assez incongrues, l'humour est bien présent dans le long-métrage. Cela dit, sous ce vernis, il y a aussi quelque chose de plus profond.

L'air de ne pas y toucher, le scénario dresse également le portrait d'une jeunesse sans grande perspective. Très bien écrit, le dialogue n'est jamais plombant, mais il est bien question... de fin du monde. C'est l'obsession de Madeleine: diplômée à bac+5, la jeune femme désespère à l'idée de finir vendeuse McDonald's, premier employeur de France pour sa génération. Obstinée, elle entend se mener la vie dure: c'est sa façon de se préparer au pire, malgré l'incompréhension générale. Il est agréable de découvrir comment ce comportement bousculera celui d'Arnaud, garçon lunaire soudain révélé à lui-même. Adèle Haenel ? Elle est impressionnante de justesse. J'en dirais autant de Kévin Azaïs, son partenaire. On oublierait presque une conclusion incendiaire: oui, Les combattants garde de belles images pour la fin.

Les combattants
Film français de Thomas Cailley (2014)

Les petits films français originaux, comme ça, j'aime bien ! Il faut espérer que le jeune réalisateur enchaînera sur d'autres projets intéressants. Il y a dans ce tout premier long-métrage une fraîcheur que je n'avais pas ressentie depuis un bail - une option pour le César ? Côté militaire, rassurez-vous, on n'est pas dans Full metal jacket ! Ces deux jeunes me rappellent davantage ceux de Mobile home...

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Madeleine et Arnaud font un carton...

Pascale en a parlé la première: à voir sur "Sur la route du cinéma". Trois jours après, c'était Phil Siné: "La cinémathèque de Phil Siné". J'ai lu ensuite "Le blog de Dasola" et le "Ma bulle" de Princécranoir. J'aimerais enfin citer Tinalakiller, qui m'a fait le plaisir de commenter quelques-unes de mes  chroniques récentes: "Le blog de Tinalakiller".

mardi 16 septembre 2014

Rébellion ?

Je vais le dire tout de go: Revenge m'a déçu. J'attendais bien mieux d'une réalisatrice danoise découverte par hasard, il y a six ans déjà. Toujours prompte à s'émouvoir, l'Académie des Oscars avait honoré cet opus d'une statuette du meilleur film en langue étrangère. J'admettrais volontiers que cette histoire puisse entraîner le public américain lambda vers d'autres horizons, mais bon, tout de même...

Sous son titre un rien racoleur, Revenge met en scène deux garçons d'une douzaine d'années, Christian et Elias. Le premier vient juste d'emménager dans une nouvelle ville, après la mort de sa mère. Il est fâché avec son père, à qui il reproche de lui avoir menti sur la santé de cette dernière. L'autre gamin est un camarade de classe. Accessoirement, il est aussi le souffre-douleur des plus grands. Sensibles chacun au désarroi de l'autre, Christian et Elias s'apprivoisent. Ensemble, ils vont se croire plus forts qu'isolés et faire de grosses bêtises dans l'idée de se venger. D'où le titre du film. Crédible, cette histoire ? Pas vraiment. Elle est un peu too much...

L'aspect le plus désagréable, c'est son côté tire-larmes. Mon opinion serait peut-être différente si j'avais moi-même un enfant, d'accord. Reste que le scénario est très démonstratif sur les valeurs éducatives, les difficultés des parents à bien comprendre les humeurs de leur progéniture ou la difficulté de concilier vie familiale harmonieuse et responsabilités professionnelles. L'intrigue s'autorise même un long détour en Afrique, avec un petit volet humanitaire assez incongru. Un peu de retenue n'aurait pas fait de mal ! Nonobstant ses défauts, Revenge a aussi des qualités: l'interprétation des jeunes acteurs, bien sûr, et quelques jolies images. C'est déjà ça.

Revenge
Film danois de Susanne Bier (2010)

Trois étoiles généreuses, je dois dire: les gosses s'en tirent encore avec les honneurs. Il est franchement dommage que l'intrigue use d'aussi gros sabots. Avec Les 400 coups, François Truffaut montrait qu'on pouvait s'intéresser aux "déviances" enfantines sans tomber dans le simplisme. Le ruban blanc, la Palme d'or de 2009, suggère aussi la possible violence de petits êtres. Âmes sensibles, s'abstenir !

lundi 15 septembre 2014

La chemise

Passer trois semaines en Chine m'a permis d'un peu mieux cerner l'impact que Mao Zedong a eu sur le développement de son pays. J'aimerais aujourd'hui vous présenter 11 fleurs, un film dont l'action se déroule en 1975, quelques mois avant la mort du dirigeant communiste. Loin de Beijing, un jeune garçon, Wang Han, espère obtenir de sa mère une chemise neuve. Ce qui n'est en rien évident...

Exempt de misérabilisme, 11 fleurs nous embarque dans une Chine bientôt en transition. Wang Han et ses copains comprennent vaguement que quelque chose de sérieux se passe quand ils observent les adultes repêcher le corps d'un homme dans la rivière voisine. L'heure est grave: la communauté nationale se divise, entre tenants de l'autorité du régime et contestataires de l'ordre établi. Un peu entre les deux, le père de Wang Han, lui, s'efforce de rendre son fils sensible aux beautés de l'art et plus particulièrement de la peinture. Sous une allure de fable, le long-métrage prend une coloration politique, sans pour autant devenir un pamphlet. Un équilibre subtil.

Au début et à la toute fin du métrage, une voix off pourrait laisser penser que le cinéaste raconte sa propre histoire. Ce que j'ai pu lire par ailleurs m'a appris qu'il a su s'inspirer de souvenirs d'enfance. Wang Xiaoshuai est à peine plus jeune que son personnage. Il a eu l'aide de producteurs français pour sortir 11 fleurs, qui est en réalité le treizième de ses 14 films. Fréquemment censuré ou même interdit dans les salles de Chine, le cinéaste utilise assez souvent des enfants. Il le fait ici avec une douceur relative, qui permet au spectateur occidental de s'identifier à un personnage ou un autre. Un message passe doucement, calmement. Destiné à qui voudra bien l'entendre.

11 fleurs
Film franco-chinois de Wang Xiaoshuai (2012)

Même si un enfant est en cause dans les deux cas, le ton général reste ici loin de l'onirisme d'un film comme Le promeneur d'oiseau. Pour appréhender la dureté de l'enfance en Asie, il me vient à l'esprit une comparaison audacieuse avec Ilo Ilo, un (beau) film singapourien. Si vous tenez à rester en Chine et parler d'enfance, je vous conseille aussi le magnifique Adieu ma concubine. Il va beaucoup plus loin...  

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D'autres avis sur le long-métrage du jour ?

En voici, en voilà ! "Le blog de Dasola" le conseille et le juge prenant. "Sur la route du cinéma" parle d'oeuvre magnifique, lente et profonde.

samedi 13 septembre 2014

Échos des montagnes

Le moment est venu de vous parler du film le plus "pointu" que j'ai vu cet été. Près de trois mois entiers auront passé entre la présentation de Sils Maria à Cannes et sa sortie en salles. J'ai bien fait d'attendre tout ce temps: mon premier Olivier Assayas m'a beaucoup plu. Comme il a été dit ici et là, c'est un très bel écrin pour ses actrices. Juliette Binoche et Kristen Stewart le méritent bien - j'y reviens vite.

D'abord, un mot du scénario, histoire de poser le décor. Comédienne de théâtre adulée, Maria Enders voyage en train vers les Alpes suisses pour recevoir un prix destiné à l'auteur qui, jadis, a fait sa gloire. Excédée par les diverses contraintes et obligations protocolaires liées à sa notoriété, elle accepte toutefois que son assistante introduise auprès d'elle un jeune et prometteur metteur en scène. Ce dernier l'admire et lui propose donc de remonter sur les planches pour y jouer son oeuvre fétiche dans un autre rôle, plus âgé que son personnage originel. Dans un tout premier temps, Sils Maria illustre parfaitement combien le destin peut être cruel envers les actrices qui vieillissent...

Ce n'est toutefois que le premier des échos que le long-métrage propose entre ce qui peut se dérouler à l'écran et une certaine réalité du star system contemporain. De manière très intelligente, l'intrigue multiplie les points de vue et ne se saurait se réduire à une critique frontale de la pipolisation de célébrités somme toute ordinaires. Subtil et complexe, le récit tourne sur plusieurs axes, les états d'âme de la reine déchue n'étant pas forcément plus enviables que les ennuis de sa partenaire débutante. Or, dès lors que Maria Enders accepte finalement la proposition qui lui est faite, elle s'engage dans une voie de quasi-autodestruction. Sils Maria prend acte, sans commisération.

Ma seule - petite - déception sera d'avoir eu parfois l'impression qu'Olivier Assayas et ses actrices réglaient aussi quelques comptes avec la critique et le public. "J'ai l'habitude qu'on écrive des horreurs sur moi. Je m'en fous", assure pourtant la plus jeune protagoniste. Mine de rien, c'est aussi une façon de montrer combien les codes médiatiques ont changé ces dernières années, les célébrités de 2014 étant sur la brèche en quasi-permanence. Sils Maria offre ici un rôle décisif à Chloë Grace Moretz: du haut de ses 17 ans, l'adolescente convainc en starlette cynique, soudain préoccupée des conséquences d'un scandale sur sa carrière naissante. Toute ressemblance etc...

Reste enfin la prestation du duo Juliette Binoche / Kristen Stewart. Jusqu'ici inédite et assez improbable sur le papier, l'association fonctionne d'autant mieux qu'elle est constituée quand le métrage commence et ne fait donc que se développer (presque) jusqu'à la fin. D'assistante, Kristen devient la répétitrice de Juliette. Le fil narratif s'embrouille et il devient difficile de dire qui parle, de Maria Enders ou de son personnage. Sils Maria est une redoutable mise en abyme. Filmé dans un cadre magnifique, le film joue habilement du contraste entre la beauté des sommets et l'âme tourmentée de ses héroïnes. Sans doute me faudra-t-il le revoir pour en saisir d'autres nuances.

Sils Maria
Film français d'Olivier Assayas (2014)

Persona d'Ingmar Bergman, Ève de Joseph L. Mankiewicz, Les larmes amères de Petra von Kant de Rainer Werner Fassbinder: si j'en crois les spécialistes, le film d'Olivier Assayas a quelques glorieux aînés. Problème: je ne peux vous donner mon avis, n'ayant encore vu aucun de ces longs-métrages ! Je conclurai donc en précisant que Sils Maria est finalement revenu bredouille de la compétition officielle cannoise.

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Et le titre dans tout ça, me direz-vous ?
Il reprend le nom d'un site où le film est tourné. Un coin de montagne suisse, théâtre d'un phénomène météo unique. À vous de voir ça...

Maintenant, si vous voulez un avis féminin sur le film...
Je vous conseille le blog de Pascale: "Sur la route du cinéma".

vendredi 12 septembre 2014

Une jeunesse américaine

American graffiti, la suite: le titre annonce la couleur. Six années après le premier opus, George Lucas est trop accaparé par les Jedis. C'est comme producteur qu'il confie la réalisation d'un second épisode à Bill L. Norton. Le public n'apprécie guère le spectacle, peut-être parce qu'il a l'impression d'une redite. Ce n'est pourtant pas le cas. Objectivement, les choses ont évolué, sur le fond et sur la forme...

Sur le fond, c'est vrai: le scénario fait preuve de constance. Inchangée ou presque, on retrouve la petite bande du premier volet. Steve et Laurie se sont mariés, Milner est devenu pilote de course automobile, Toad s'embarque pour le Vietnam... les visages familiers sont toujours là. Comme précédemment, le film s'intéresse à la vie ordinaire de ces héros... ordinaires. American graffiti, la suite croque leur parcours de jeunes adultes et saisit au vol leur bonheur hésitant. C'est en cela que le long-métrage peut être touchant. L'Amérique dont il fait la chronique n'est pas celle qui prétend dominer le monde. Y cohabitent envie de modernité et conservatisme froid. Les personnages ne se comprennent qu'à moitié: l'une des filles ne parle même que le suédois ! D'où une impression de mélancolie...

Sur la forme, le changement est encore plus net: après avoir été invité à suivre les tribulations nocturnes de la fine équipe, il est proposé désormais de s'intéresser à chacun de ses membres individuellement. Le métrage se découpe en fait en quatre "tranches" temporelles, les quatre Saint-Sylvestre de 1964, 1965, 1966 et 1967. Quelques minutes sont nécessaires pour s'habituer à ce dispositif narratif. Intelligemment, le réalisateur a fait le choix d'illustrer chaque époque avec un format d'image différent: on passe ainsi allégrement du plein écran au split screen, par exemple, expérience assez ludique. American graffiti, la suite garde une caractéristique essentielle de son prédécesseur: il fait l'inventaire des tendances musicales de l'époque. Ce film, il faut simplement savoir l'écouter...

American graffiti, la suite
Film américain de Bill L. Norton (1979)

Un chef d'oeuvre ? Non. Un vrai bon film ? Oui et c'est déjà bien. Assez rare sur les écrans, d'ailleurs. Je l'ai découvert grâce à un ami prêteur de DVDs (coucou, Olivier !). American graffiti reste un cran au-dessus en termes d'originalité, évidemment. C'est George Lucas qui a bien changé depuis, pour le coup. Ici, il s'inscrivait pleinement dans la tendance des films musicaux, un an juste après Grease...

jeudi 11 septembre 2014

Des héros ?

Il y a quelque chose d'assez incongru à reparler des superhéros un jour comme aujourd'hui, un 11 septembre. Ces fiers visages de l'Amérique évoquent plutôt pour moi des souvenirs de gosse: il m'arrivait parfois de lire un comics, attiré par le charisme de tel ou tel personnage. Cette époque me paraît lointaine: adulte, je suis bien loin d'éprouver la même fascination. Et les films me laisseraient plutôt indifférent...

Le prochain, Avengers: Age of Ultron, devrait sortir dans nos salles le 29 avril 2015. Il fait suite à un premier épisode millésimé 2012. Passés sous les bannières Paramount et Universal, les Marvel Studios font désormais partie de l'empire Disney. Ils ont six autres projets dans leurs cartons, dont Les gardiens de la galaxie 2, programmé pour 2017. Ce "carnet de commandes" est souvent évoqué par clin d'oeil, lors de petites séquences après le générique de tel ou tel opus. J'ai veillé à ne pas manquer la dernière, avec... Howard T. Duck ! Née en 1973, cette créature débarquait dans les cinémas en 1986, héroïne (je cite) du "nouveau film d'humour et d'aventure de George Lucas". Un échec critique et commercial cuisant, qui rend peu crédible l'hypothèse d'un retour du canard, même au format auto-parodique. Spider-Man, Captain America et Hulk sauront s'en remettre, je crois. Quant à moi, j'ai très honnêtement de tout autres priorités cinéma...

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Et vous, chers amis lecteurs, dans tout ça ?
J'aimerais bien connaître votre regard sur les superhéros.

mardi 9 septembre 2014

Space cowboys

Une fois n'est pas coutume: j'ai voulu voir un film de superhéros. C'est en écoutant une critique après ma sortie ciné que j'ai réalisé qu'à l'exception d'une scène pré-générique, Les gardiens de la galaxie ne montre aucune scène sur Terre. C'est peut-être bien là que réside sa petite originalité. Le film des studios Marvel joue sur le décalage. Il se caractérise également par quelques touches d'humour potache.

Soit, donc, une bande hétéroclite composée d'un trentenaire ordinaire fana de la musique des années 70-80, une femme tueuse de couleur verte, une grosse brute portée sur le rouge, un arbre géant vivant et... un raton-laveur: Peter Quill alias Starlord, Gamora, Drax, Groot et Rocket pour les intimes. Cette étrange compagnie s'offre la joie d'une cohabitation forcée: il lui faut s'unir pour une évasion commune d'une prison spatiale... que je vous laisse découvrir par vous-mêmes. Disons-le tout net: Les gardiens de la galaxie ne révolutionnera pas le genre. C'est toutefois un divertissement très honorable et inscrit dans une imagerie un peu plus originale que la moyenne. L'aspect graphique de l'aventure est sans doute son premier atout: les mondes et créatures qui défilent sous nos yeux sont magnifiques. À noter toutefois que la 3D n'apporte rien d'essentiel - je l'ai vite oubliée. Objectivement, le film offre un sacré dépaysement et, ça, c'est cool.

Le scénario, lui, est plutôt anecdotique: il s'agit encore une fois d'aller sauver le monde, si possible en récupérant une pierre, supposée arme fatale si elle tombe entre de mauvaises mains. Il y a évidemment quelques méchants dans Les gardiens de la galaxie et une aventure d'autant plus débridée qu'au départ, chacun des membres du groupe joue sa carte personnelle. Les incontournables courses-poursuites spatiales sont bel et bien de la partie. C'est clair: j'ai vu des choses plus inventives au cinéma. Quand j'aurai ajouté que le long-métrage fait un carton aux States, vous aurez compris qu'il y aura une suite. Je confirme: un second opus est d'ores et déjà prévu pour... 2017. D'ici là, j'imagine qu'il faut s'attendre à une avalanche de produits dérivés - j'ai aperçu des BD dans l'étalage d'un marchand de journaux. Avis aux réfractaires: hormis au format comics, justement, Marvel m'inspirait fort peu, jusqu'alors. À toute règle, il y a une exception...

Les gardiens de la galaxie
Film américain de James Gunn (2014)

Un pur plaisir de geek, même pas coupable, donc. Je trouve toutefois que certains vont loin en comparant avec l'univers Star wars. J'avoue m'être bien amusé, voilà, surtout avec les quelques gags disséminés ici et là. C'est déjà bien mieux qu'un Iron Man 3, à mon humble avis. J'ai vu le pop corn movie que j'espérais. Malgré la profusion d'effets spéciaux, on oublierait presque qu'on a affaire à un film de 2014...

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Sauf oubli, un seul blog ami évoque le film en détail(s)...

C'est celui de Princécranoir: vous irez donc voir sur "Ma bulle".