vendredi 31 mai 2013

Perdu dans l'espace ?

Étape 1: l'écrivain polonais Stanislas Lem écrit un roman en 1961. Étape 2: le cinéaste russe Andreï Tarkovski en signe une adaptation en 1972. Trente années passent et c'est l'étape 3: le réalisateur américain Steven Soderbergh propose à son tour une lecture du mythe Solaris. Touche-à-tout, le bon metteur en scène s'occupe également de la photographie et du montage, signés sous les pseudonymes respectifs de Peter Andrews et Mary Ann Bernard. Le rôle principal échoit à George Clooney. Le 3ème projet commun aux deux hommes.

Pas d'amalgame: la cool attitude de Mister Nespresso reste cette fois aux vestiaires. Dans Solaris, le beau George endosse le costume blanc d'un médecin spationaute, Chris Kelvin, envoyé dans une station orbitale pour comprendre le comportement erratique de l'équipage. Les scientifiques restés sur Terre ont en effet perdu tout contact avec ceux qui ont été envoyés dans l'espace. On imaginerait presque qu'un monstre les a croqués, mais en se disant toutefois que ce serait un peu trop simple. Et de fait, en suivant Clooney/Kelvin, on se rend compte que la réalité est bien plus amère. Ne comptez pas sur moi pour vous dire pourquoi: le film s'en chargera bien mieux que moi. Avis toutefois aux amateurs d'action débridée: le long-métrage tisse sa toile narrative avec une langueur éprouvante. Si la volonté était d'engluer le spectateur dans le même malaise que le héros, je crois que c'est réussi. Cette démarche peut d'ailleurs être assez rebutante.

Le nombre de personnages, lui, se compte sur les doigts d'une main. L'avantage, c'est que l'intrigue se concentre sur l'essentiel. Film d'essence contemplative, Solaris ressemble à un exercice de style parfaitement maîtrisé. Au-delà des images, la véritable beauté froide de cette oeuvre hors-norme tient également à une bande originale hypnotique, signée Cliff Martinez. Je ne vais toujours pas dire pourquoi, mais il est à parier que, si vous mordez à l’appât, le visage de la belle Natascha McElhone vous hantera longtemps. On tient là quelque chose qui ressemble à de la science-fiction comme je peux l'aimer: imagination et pourtant écho d'une réalité possible aujourd'hui. Il me faut sans doute ajouter que ce qui est dit et montré n'a vraiment rien d'optimiste. D'aucuns pourraient toutefois trouver matière à espérer envers et contre tout, grâce à une conclusion ouverte à une certaine idée de la résilience. Tout au bout du chemin.

Solaris
Film américain de Steven Soderbergh (2002)

Ce ne sera plus un scoop quand vous lirez ces lignes: le cinéaste indiquait il y a quelques semaines qu'il en avait désormais terminé avec le cinéma. Il fut un temps pas si lointain où je n'aurais voulu rater aucun de ses films, tantôt arty comme celui-là, tantôt orienté vers ce qu'on appelle communément le grand public. À vous d'apprécier la pertinence de cette alternance stylistique en piochant dans mon index des réalisateurs... que je suis loin d'avoir achevé. Suggestion du jour: Hors d'atteinte, avec George Clooney côté fun.

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À noter enfin, pour les inconditionnels...

Le film divise les deux rédacteurs de "L'oeil sur l'écran". Précision importante: la version de 1972 est présentée sur ce même blog !

lundi 27 mai 2013

Le triomphe de Kechiche

Le feu d'artifices cannois est terminé. Il est temps pour moi désormais de publier un compte-rendu du palmarès. J'ai le sentiment que c'est une assez belle édition. Nous en jugerons mieux au cinéma. C'est classique: je suis maintenant impatient de découvrir les films. Et, oui, même le premier d'entre eux, que je n'avais pas vu venir...

Comme vous le savez sûrement, le jury du 66ème Festival a remis hier la Palme d'or 2013 au réalisateur français Abdellatif Kechiche pour La vie d'Adèle. C'est le cinquième long-métrage du cinéaste. Dans un même élan, le président Steven Spielberg a tenu à souligner la prestation des comédiennes, Léa Seydoux et Adèle Exarchopoulos. Jeunesse triomphante: l'une a 27 ans, l'autre encore 19. Sans revenir sur la polémique liée aux conditions de tournage, Abdellatif Kechiche a évoqué les jeunes de France et de Tunisie, qu'il a dit estimer libres de vivre, de s'exprimer et d'aimer. Un (petit) "message pour tous" ?

Une autre Française a reçu les honneurs du palmarès. Un an seulement après son César, Bérénice Bejo est récompensée d'un Prix d'interprétation cannois qui, j'espère, lui ouvrira d'autres portes. L'histoire retiendra qu'elle l'a obtenu pour Le passé, film du cinéaste iranien Asghar Farhadi que j'espère voir bientôt. Il me faudra sûrement attendre davantage pour découvrir Nebraska. Bruce Dern n'était plus à Cannes hier pour recevoir l'autre Prix d'interprétation.

Hirokazu Kore-eda, lui, y était toujours. J'espère vraiment pouvoir découvrir son Like father, like son dans de bonnes conditions. Il a reçu le Prix du jury, ce qui ne semble pas surprendre les festivaliers témoins de l'émotion de Steven Spielberg au sortir de la projection. Notez également que le Grand Prix du jury, lui, est finalement tombé dans l'escarcelle des frères Coen, pour leur film sur le milieu de la folk des années 60, Inside Llewyn Davis. Il est aussi question d'un chat...

Le Prix de la mise en scène 2013 ? Il est pour le cinéaste mexicain Amat Escalante et son Heli. Le réalisateur permet donc à son pays d'obtenir un saisissant doublé cannois, après le trophée remis l'année dernière à Carlos Reygadas. Il semble que les deux hommes s'apprécient, le lauréat de cette année étant même présenté hier comme le disciple de son confrère. Découvrir ce cinéma ne me tente guère, mais ça me permettrait d'ajouter un drapeau à ma collection.

Vu de Cannes, 2013 restera également comme un millésime intéressant pour le cinéma asiatique. Si j'ai choisi de publier la photo d'Anthony Chen, c'est aussi parce qu'il peut être très ému: la Caméra d'or, trophée réservé aux premiers films, vient de faire de son Ilo Ilo la première oeuvre singapourienne récipiendaire d'un prix cannois. Venu quant à lui de Corée, Moon Byoung-gon y repart avec la Palme d'or du court-métrage pour Safe. Enfin, le Chinois Jia Zhangke figure lui aussi au palmarès: son Touch of sin lui vaut le Prix du scénario.

Histoire d'être complet, à titre d'anecdote, on retiendra également que, du côté des courts-métrages, l'Islandais Gumundur Gumarsson côtoie l'Italien Adriano Valerio: à chacun, une mention spéciale. Titres de leurs films: Le fjord des baleines et 37°4 S. Ils auront aussi été les tout premiers lauréats de la cérémonie d'hier soir. Le Festival désormais achevé, la page se tourne donc aussitôt sur la présidence Steven Spielberg. On notera qu'avant de partir, le cinéaste américain s'est fait le chantre de l'exception culturelle. The show must go on !

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Une ultime précision...

Les photos de ma chronique sont issues de la cérémonie retransmise hier soir sur Canal +. Le Festival de Cannes derrière nous, le blog marque un petit temps d'arrêt. Prochaine chronique prévue vendredi.

dimanche 26 mai 2013

Un Festival à conclure

Le 66ème Festival de Cannes vit ses dernières heures. Il se termine aujourd'hui ou disons plutôt demain lundi, très tôt le matin. Le comité d'organisation a choisi Zulu comme film de clôture. Ce long-métrage réalisé par le Français Jérôme Salle associe deux acteurs américains que j'aime bien: Orlando Bloom et Forest Whitaker. C'est semble-t-il un polar dans le milieu de la drogue, en Afrique du sud. Pas de détails ce dimanche: je veux parler des deux derniers films en compétition pour la Palme, vu qu'elle est donc attribuée ce soir. Le jury délibère...

(c) AFP
Hier, donc, Steven Spielberg et consorts ont eu l'occasion d'appréhender le nouveau Roman Polanski, La Vénus à la fourrure. Avec (seulement ?) sa complice et compagne à la ville, j'ai nommé Emmanuelle Seigner, et Mathieu Amalric, le cinéaste franco-polonais raconterait l'histoire d'un homme de théâtre d'abord dérouté par l'une de ses comédiennes, avant d'en devenir étrangement fasciné. J'ignorais encore tout de la charge érotique de cette liaison particulière au moment d'écrire ces lignes, mais j'imaginais toutefois qu'on pouvait s'attendre à quelque chose d'assez sexué, compte tenu des protagonistes et des rares images aperçues ici et là. J'ajouterai que le film adapte un roman de Leopold von Sacher-Masoch, connu comme l'inspirateur... du masochisme, bien sûr ! Pas très motivant...

(c) Festival de Cannes / G. Thierry
La course à la Palme s'est achevée sur une autre histoire d'amour bizarroïde, avec cette fois Jim Jarmusch derrière la caméra. Retenu en sélection officielle à la toute dernière minute, son nouvel opus s'appelle Only lovers left alive et c'est... un film de vampires ! Inspiré pour sa part d'un roman de Mark Twain, le cinéaste américain n'a jamais donné dans le banal et je doute que ça commence aujourd'hui. J'avoue: la seule présence de l'énigmatique Tilda Swinton dans le casting me donne envie d'y regarder de plus près et je le ferai donc si j'en ai l'occasion prochaine. Il semble que le propos dépasse largement l'idée de départ et tourne notamment autour de la notion de confrontation entre des êtres viscéralement différents. Je crois que ça pourra m'intéresser, même si j'attends d'en savoir un peu plus.

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Et maintenant, mon habituelle précision "technique"...

 Je ne tire aucun bénéfice financier de ce blog, mais, à la demande des photographes concernés ou de leurs représentants, je peux légender autrement les photos que j'ai utilisées ou les supprimer.

Et pour finir, une information pour la suite...
Je vais très probablement regarder la cérémonie de remise des Prix ce soir. Une fois le palmarès du Festival connu, je compte actualiser le blog le plus rapidement possible. Je suppose que ma page spéciale "Les Festivals de Cannes" sera mise à jour dès ce soir. Je prépare également une analyse de ce grand final, à paraître demain ou mardi.

samedi 25 mai 2013

Un vrai suspense

Désigner un favori pour la Palme d'or est un art bien difficile. Rares sont les éditions du Festival de Cannes exemptes de toute surprise. Par prudence et par respect des compétiteurs, je n'ai aucune envie d'oser un pronostic, surtout que je n'ai rien vu et que les festivaliers eux-mêmes n'en ont pas tout à fait terminé. On saura tout demain.

(c) AFP
Puisque je parle de "choses pas vues", je note que Ryan Gosling a fait faux bond à Cannes. Le comédien a donc laissé son pote réalisateur Nicolas Winding Refn défendre Only god forgives, leur nouveau film commun. On notera certes qu'avec notamment Kristin Scott-Thomas, le cinéaste était bien entouré quand même. Son compère, lui, avait envoyé un mot d'excuse - une vague histoire d'assurance ayant refusé qu'il prenne l'avion en plein tournage d'un autre film (son premier !). Récit d'une vengeance sanglante, celui de Cannes paraît avoir déçu.

(c) Festival de Cannes / T. Delange
Ce serait sans doute un peu idiot de penser que le continent africain nous réservera forcément un peu de chaleur retrouvée. Je me dis souvent qu'il faudrait que j'accorde un peu plus de place au cinéma d'Afrique dans mes découvertes étrangères, même s'il ne suffit pas forcément de le vouloir. Je suis heureux que le Festival ait choisi d'inviter une fois encore Mahamat-Saleh Haroun, le cinéaste tchadien récompensé du Prix du jury 2010. Grigris, sa nouvelle oeuvre, parle du handicap et de la délinquance. Rien de drôle, mais ça m'intéresse.

(c) Festival de Cannes / L. Otto-Bruc
Pour ce que j'en sais à ce stade, Nebraska devrait m'intéresser aussi. Même si je connais mal le réalisateur, le nom d'Alexander Payne évoque plutôt d'assez bonnes choses dans mon esprit. Le cinéaste propose avec Bruce Dern, 76 ans, un film en noir et blanc. Il raconte le périple d'un homme persuadé d'avoir gagné à la loterie, en route pour traverser une partie du pays et toucher ses gains. L'absence totale de couleurs pourrait encore embellir une oeuvre intimiste. J'espère donc ne pas attendre trop pour vérifier mon a priori positif.

(c) Festival de Cannes / F. Delange
A priori toujours, je suis moins motivé à l'idée d'aller voir La vie d'Adèle, adaptation cinéma de la BD Le bleu est une couleur chaude. Peut-être qu'il faudrait que je découvre d'abord cette oeuvre dessinée, justement. L'histoire racontée est celle d'un amour passionnel entre deux jeunes femmes - tant mieux si c'est audacieux. Je n'ai pas de préjugés particuliers contre les deux interprètes choisies par Abdellatif Kechiche, Léa Seydoux et Adèle Exarchopoulos. Je redoute juste la longueur: 2h59 ! Mais ça peut sûrement évoluer...

(c) Festival de Cannes / F. Lachaume
Je ne sais toujours pas quoi penser de Marion Cotillard. Je constate qu'elle cristallise une certaine dose d'antipathie autour de son image publique et j'ai parfois de vraies difficultés à entrer en contact "réel" avec ses rôles, la voyant elle, plutôt que son personnage du moment. Cannes nous apporte toutefois une nouvelle preuve que l'ex-Môme sait convaincre les bons réalisateurs. Avec James Gray, elle défend cette fois The immigrant, une fresque historique dans l'Amérique populaire des années 20. J'y souligne la présence de Joaquin Phoenix.

(c) Festival de Cannes / G. Thierry
Un autre film en costumes était montré à Cannes hier. Ce que je sais de Michael Kohlhaas m'attire beaucoup. Avec le grand acteur danois Mads Mikkelsen dans le rôle-titre, le film évoque le destin d'un paysan cévenol, éleveur de chevaux en lutte contre son seigneur-exploiteur dans la France du 16ème siècle. C'est vrai: je ne connais pas du tout le réalisateur, Arnaud des Pallières, mais je suis déjà curieux du fruit de son travail. Ancien comédien de théâtre, il adapte ici une nouvelle  de l'auteur allemand Heinrich von Kleist. J'espère pouvoir y revenir.

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Une précision "technique":
Je ne tire aucun bénéfice financier de ce blog, mais, à la demande des photographes concernés ou de leurs représentants, je peux légender autrement les photos que j'ai utilisées ou les supprimer.

vendredi 24 mai 2013

Un peu rouillé...

Je n'invente rien. Dans une interview récente, Robert Downey Jr. affirmait lui aussi que la durée de vie d'une franchise est limitée. Désolé: je ne suis pas en mesure d'analyser les vertus comparées d'Iron Man 3 et des deux premiers opus de la série. Je n'ai en fait vu que ce seul (et dernier ?) épisode, histoire d'accompagner mon pote Jean-Michel, féru de blockbusters sur écran XXL. Au troisième rang d'une salle pleine à craquer, nous en avons pris plein les yeux. Déception tout de même: ça ressemble fort à un produit... de série.

Iron Man 3 parlera sans doute davantage aux fanas de comics américains qu'au public lambda. Soit, donc, Tony Stark, industriel créateur de robots ultra-perfectionnés. Quand il ne cherche pas inlassablement à améliorer ses machines, ce brave garçon un peu monomaniaque joue les super-héros sauveurs du monde, alors vêtu d'une armure métallique rouge et jaune. Cela ne plaît pas franchement à sa petite amie, qui préférerait un autre cadeau d'anniversaire qu'un lapin en peluche géant et qui, surtout, aspire d'abord à la tranquillité du foyer conjugal. Sécurité ultra-compromise en l'occurrence, vu que Tony s'amuse à provoquer un terroriste multirécidiviste en direct à la télévision. Et en donnant son adresse précise. 2-3 explosions plus loin, l'heure de la revanche a sonné...

Banal, vous avez dit banal ? Il est clair que le film n'apporte pas grand-chose à l'histoire du cinéma mondial. D'un point de vue strictement pyrotechnique, on peut dire que le spectacle est assuré. Quelques vannes assez bien senties du personnage principal rythment une intrigue inutilement complexe. Les acteurs, eux, sont en roue libre et n'ont pas l'air d'y croire beaucoup, même si c'est toujours sympa de revoir Gwyneth Paltrow ou Ben Kingsley. Ma source d'étonnement aura été le comportement d'un des méchants, auteur d'une incroyable volte-face - de terroriste revendiqué à naïve victime d'un plus vilain que lui. Bref... Iron Man 3 ne vole pas très haut et, malgré un rythme assez soutenu, ne m'a jamais emmené avec lui. Voilà qui ne va pas me réconcilier avec les films de super-héros...

Iron Man 3
Film américain de Shane Black (2013)
Je ne pense pas regarder les deux premiers épisodes. Si je voulais voir un autre film de super-héros un jour, j'essayerais de retenir plutôt le lancement d'une série. Sur le blog, vous pouvez trouver Spider-Man - mais ce n'est pas vraiment un chef d'oeuvre non plus. Et puisque je parle aujourd'hui d'un film de Shane Black, je vous rappelle qu'un autre long-métrage associe le cinéaste à Robert Downey Jr., j'ai nommé Kiss kiss bang bang. Là, d'accord, c'est beaucoup plus réussi.

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Ailleurs sur le Net...

Pascale, de "Sur la route du cinéma", a mieux aimé que moi.

jeudi 23 mai 2013

Drôle d'anniversaire

Scènes de ménage dans un centre commercial est un film qu'un ami m'a prêté. J'y ai vu un premier intérêt: c'était l'occasion de découvrir Woody Allen dans un film qu'il n'a pas réalisé - j'avais en fait oublié qu'il en existait une poignée. C'est donc cette caractéristique qui a attiré mon regard sur la jaquette du DVD. Bien évidemment, j'étais également curieux de ce qu'annonçait un titre aussi explicite. Finalement, je ne suis pas mécontent d'avoir pu apprécier une oeuvre de l'obscur Paul Mazursky (vous connaissiez, vous ?), mais il n'y a pas grand-chose de très emballant. Me voilà un peu déçu quand même...

Scènes de ménage... joue à presque 100% sur l'efficacité comique supposée du duo Bette Midler / Woody Allen. Le jour où ils doivent fêter leur 16ème anniversaire de mariage, Debbie et Nick Fifer ont envoyé leurs enfants en vacances et invité quelques amis à dîner. Interrompus au moment de faire l'amour pour lancer leur journée, dans une scène assez tordante d'ailleurs, ils se décident à aller faire des courses pour préparer leur soirée. Vous l'aurez compris: c'est là que tout dégénère ! Je vous laisse découvrir le pourquoi du comment, mais je précise simplement que c'est au moment où la crise commence que débute ma frustration. J'imaginais un crescendo délirant de situations ubuesques et, après tout de même un début d'engueulade assez cocasse sur fond de musique mexicaine, j'ai trouvé que les situations restaient plutôt plan-plan. Et, alors qu'il est pourtant très court, le film m'a paru traîner en chemin. Un paradoxe difficile à admettre. Surtout avec deux comédiens de ce niveau.

Cela dit, à y réfléchir après coup, c'est peut-être bien là que le bât blesse. En dépit de la présence de Bill Irwin en mime et personnage secondaire, Scènes de ménage... repose bien d'abord sur les épaules d'un tandem. Et même s''il n'est probablement pas si facile de tourner dans une galerie au milieu d'innombrables figurants, le travail technique réalisé pour le long-métrage paraît très banal. Il faut donc se contenter de quelques dialogues savoureux, avec notamment quelques piques à New York et aux Juifs dans ceux du bon Woody ! Sincèrement, j'ai toutefois entendu des choses beaucoup plus drôles encore dans ses films à lui. Hors-champ, l'anecdote veut que, dix ans les séparant malgré tout, l'acteur a précisément la même date d'anniversaire que celle qui est ici sa partenaire. Le film n'y gagne pas en crédibilité ou intérêt, cela dit. Attention: il n'est pas mauvais. C'est juste qu'une petite demi-heure après qu'il a commencé, j'avais déjà la certitude que le feu d'artifices que j'espérais n'aurait pas lieu.

Scènes de ménage dans un centre commercial
Film américain de Paul Mazursky (1991)

Mon invité du soir m'a demandé s'il était possible de regarder le film en VF. C'est peut-être ça aussi qui a un peu torpillé les effets comiques du duo Bette-Woody, mais je crois que le scénario manque quand même cruellement d'ampleur. On pardonnera les protagonistes de cette relative déconfiture et on passera à autre chose, voilà tout. Et donc, direction mon index des réalisateurs pour y reprendre Allen ?

mercredi 22 mai 2013

Et sur la Croisette...

Le Festival de Cannes poursuit son chemin. Une semaine est passée depuis l'ouverture de cette édition 2013. Lancé dans la dernière ligne droite, le petit monde du cinéma découvrira aujourd'hui les treizième et quatorzième candidats à la Palme. J'en reparlerai, bien entendu. Auparavant, il me faut dire quelques mots sur les longs-métrages présentés hier et lundi et retrouver du coup quelques visages connus.

(c) Festival de Cannes / F. Lachaume
Le premier, c'est celui de Takeshi Miike. Le cinéaste japonais faisait déjà partie des prétendants au Graal cannois il y a deux ans. Il avait alors présenté un film de samouraïs en 3D, sans succès. Il est revenu cette année avec Shield of straw, qui semble être un thriller porté sur la violence. Diffusé pour la première fois avant-hier à l'heure habituelle du petit-déjeuner, le long-métrage a, comme d'autres avant lui, suscité applaudissements et huées. Ne pas faire l'unanimité est parfois de bon augure ! J'avoue toutefois mon léger scepticisme.

(c) Festival de Cannes / F. Lachaume
Valeria Bruni-Tedeschi fait elle aussi son retour, mais la soeur aînée de Carla n'est pas venue à Cannes pour jouer de la guitare et pousser la chansonnette. Déjà passée sur la Croisette, elle participe cette fois à sa première course à la Palme en tant que réalisatrice. On notera d'ailleurs qu'elle est en fait la seule femme en compétition. Son film s'appelle Un château en Italie et on dit de lui qu'il poursuit une veine autobiographique. La cinéaste s'est donné le premier rôle aux côtés de Louis Garrel, Filippo Timi, Xavier Beauvois et... de sa vraie mère !

(c) Festival de Cannes / L. Otto-Bruc
Ne cherchez plus le chouchou du Festival ! Paolo Sorrentino y présente cette année son sixième long-métrage et les quatre précédents avaient déjà été sélectionnés. Pas de vraie surprise à attendre côté casting du personnage principal: La grande bellezza met en scène l'acteur fétiche du réalisateur italien, Toni Servillo. Il serait question d'un prestigieux écrivain, saisi tout à coup du sentiment de tourner en rond dans une vie qu'il croyait fastueuse. Du désenchantement dans un monde brutal ? Le film, lui, en aurait déjà conquis plus d'un.

(c) Festival de Cannes / T. Delange
Steven Soderbergh, lui, n'a plus besoin de courir après la Palme. Il l'a obtenue en 1989 avec son tout premier film ! L'oeuvre qu'il est venu présenter cette année s'appelle Ma vie avec Liberace. Fait inédit dans l'histoire du Festival: c'est en fait un téléfilm, que le cinéaste destine tout d'abord à la chaîne américaine HBO. Autre "détail" intéressant: c'est probablement le dernier long-métrage de son auteur avant une pause annoncée, à durée indéterminée. Michael Douglas est ici l'amant de Matt Damon. La surprise de Cannes 2013, qui sait ?

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Une précision "technique":
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mardi 21 mai 2013

Même pas drôle !

J'ai commencé ce blog en me disant que je n'arriverai jamais à noter un film. Les étoiles que j'attribue désormais ne permettent même pas de faire une hiérarchie. Elles illustrent plutôt le ratio entre l'attente que j'avais au moment de découvrir le film en question et ce que j'ai finalement perçu. Il se trouve qu'aujourd'hui, je n'arrive pas à faire preuve de nuance et que je suis obligé de constater que je ne suis pas déçu. Juste un peu blasé de me sentir presque obligé de souligner ici que, comme je l'avais lu, Les amants passagers n'est pas un bon film.

Pedro Almodovar, l'ami, sur ce coup, tu m'as déçu ! Bien qu'échaudé par la critique, je t'avais quand même fait confiance et je m'étais promis d'aller voir ton dernier opus sans a priori. J'étais même entré dans la salle avec un groupe d'amis et, parmi eux, j'étais content qu'on puisse compter sur l'une de tes compatriotes, vieux ! Et vlan ! Quand je suis sorti du cinéma, mes espoirs d'un échange culturel transfrontalier étaient morts depuis longtemps. Je n'avais rien envie de dire de plus sur Les amants passagers. Et pas envie non plus d'avoir l'avis des copains, de leur dire: "Et vous, vous avez aimé ?". D'emblée, j'ai préféré zapper, tout oublier, me dire que j'allais bientôt voir un autre film et que je pourrai dès lors passer le tien au compte des pertes et profits. Pedro, sincèrement, pourquoi m'as-tu fait ça ?

Chers lecteurs, sachez-le: c'est du fait que je le connais encore mal que j'accorde finalement au réalisateur ibérique le bénéfice du doute. Allez, ouais, admettons qu'Almodovar ait voulu se faire plaisir ! Il l'a dit à la télé, en français dans le texte et avec un sourire Ultra Brite vers son intervieweuse: "Je ne changerai pas... à mon âge !". Admettons. Dont acte, Pedro. Alors j'assume, moi aussi: Les amants passagers est une comédie qui ne m'a qu'à peine arraché un sourire. Enfermer une dizaine de personnes dans un avion incapable d'atterrir pour filmer leurs réactions aurait pu être jubilatoire. Sachant qu'il est simplement question d'histoires de cul, j'ai trouvé que ça ne volait pas haut. Pire que répétitif, le film s'avère tout à fait consensuel. T'as toujours des cojones, Pedro ? OK. La prochaine fois, montre-les !

Les amants passagers
Film espagnol de Pedro Almodovar (2013)

Une étoile pour l'idée de départ, une demie autre pour dire le respect que j'ai tout de même pour le réalisateur... et je passe à autre chose. En introduisant de la guimauve au milieu du sexe cru, ce film-là passe vraiment à côté de la cible. Et ce serait en fait une représentation symbolique d'une Espagne déboussolée ? Je n'arrive pas à gober ça. Comment ? Vous insistez ? Moi aussi. Une dernière fois. C'est raté !

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Et si vous n'êtes toujours pas convaincus...
Pascale ("Sur la route du cinéma") pense globalement la même chose. Dasola ("Le blog de Dasola") ne s'emballe pas non plus. Comme quoi...

lundi 20 mai 2013

Cannes en deuxième semaine

Avez-vous profité du week-end pour découvrir l'un des films présentés à Cannes cette année ? Moi, non, et ce n'est pas au cours de ce lundi de Pentecôte que je vais me rattraper. Comme promis, je propose toutefois d'évoquer sans attendre davantage les quatre autres films en lice pour la Palme d'or présentés samedi et dimanche. Il y en a déjà que j'attends avec une certaine impatience, je dois bien le dire.

(c) Festival de Cannes / G. Thierry
J'espère ainsi, et au moins, que Like father, like son pourra profiter de son exposition cannoise pour trouver un distributeur français. Jusqu'à présent, Hirokazu Kore-eda m'a toujours séduit: le réalisateur japonais est un homme d'une grande sensibilité. J'aime le voir filmer de petites choses insignifiantes pour s'attacher à une réalité tangible. J'apprécie également la manière dont il dirige les enfants. Il signe cette fois un film autour du sentiment de paternité. Certains critiques parlent d'une Palme de l'émotion. D'autres jugent le tout trop linéaire.

(c) AFP
Paradoxe: même s'il a déjà tourné huit longs-métrages, j'ignore tout d'Arnaud Desplechin. Son nouvel opus m'apporte juste la confirmation d'un pressentiment: le cinéaste est plutôt fidèle à Mathieu Amalric. Jimmy P. - Psychothérapie d'un Indien des plaines marque en fait leur cinquième collaboration. Je ne suis pas sûr de m'intéresser vraiment à ce qui semble être le récit de la conversation-consultation d'un homme traumatisé par la guerre avec son thérapeute. Il paraît néanmoins que Benicio del Toro rend ce film très bavard assez réussi.

(c) Festival de Cannes / L. Otto-Bruc
Des réalisateurs en compétition cette année, Alex van Warmerdam est sans doute l'un de ceux que je connais le moins. C'est d'ailleurs seulement la seconde fois qu'il est invité sur la Croisette, la première datant de 1998. Borgman - son huitième long - est aussi le premier qu'il présente dans la course à la Palme. Il a pour personnage principal un vagabond qui s'insinue doucement dans la vie d'une famille bourgeoise. Les premières critiques évoquent une oeuvre teintée d'humour noir. Un ailleurs entre Haneke, Pasolini et les frères Coen.

(c) Festival de Cannes / T. Delange
Coïncidence ou non, les frangins étaient également à Cannes hier ! Palmés dès 1991, déjà récompensés de trois Prix de la mise en scène sur la Croisette, Joel et Ethan ont débarqué avec un film musical. Inside Llewyn Davis s'inspire, je crois librement, de l'ambiance folk de Greenwich Village dans les années 60. Assez méconnu, Oscar Isaac y joue parait-il un personnage à la fois drôle et touchant. Les avis venus du Festival semblent globalement positifs à ce stade et je suis convaincu du talent des Coen pour transcender le banal. À suivre...

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Une précision "technique":
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dimanche 19 mai 2013

En route vers demain

Je le dis tout net: à défaut d'être franchement innovant, Les Croods demeure un très sympathique dessin animé en images de synthèse. Un temps à la traîne, Dreamworks continue de tutoyer les sommets d'efficacité narrative atteints par Pixar. Si la "guerre" des studios consiste à créer pour émerveiller chaque jour davantage, le public n'aura qu'à se réjouir de la saine émulation qui semble devoir régner entre les deux grandes maisons américaines. Et même si ce n'est plus vraiment de mon âge de regarder ce genre de films, je n'ai pas envie de bouder - et/ou de taire - le bon plaisir que j'y prends. Non mais !

Les Croods ? C'est le nom d'une famille de l'âge des cavernes. Ère biologique oblige, ces hommes et femmes d'allure primitive vivent enfermés la plupart du temps, inquiets du mauvais sort que le monde extérieur est susceptible de leur réserver si jamais, erreur jugée fatale, ils oubliaient une seconde d'avoir peur. Dans ce micro-groupe d'allumés, seule la jeune Eep aime trop la lumière pour lui résister. Conséquence: elle fait tout pour en profiter le plus longtemps possible et ose donc, un beau soir, défier les ombres de la nuit. C'est ainsi qu'elle rencontre Guy, un garçon solitaire, peut-être pas très prudent, mais un peu plus malin que le commun des mortels. Sans tenir compte des consignes paternelles, Eep ouvre la porte à l'évolution. Le film profite de l'occasion et livre son gentil message humanisto-écolo...

Et il le fait bien ! Les images qui illustrent aujourd'hui ma chronique ne donnent qu'un minuscule aperçu de l'incroyable qualité graphique du long-métrage. Outre sept personnages principaux, les animateurs de Dreamworks ont créé un monde préhistorique empli d'imagination et de couleurs, un bestiaire XXL dopé à l'inventivité. L'intrigue évolue en quasi-permanence, assez linéaire, c'est vrai, mais entrecoupée d'innombrables petits gags ou grands moments de n'importe quoi. Honnêtement, il se passe toujours quelque chose à l'écran, a fortiori quand, en 3D, l'image semble s'enfoncer dans la salle. Les Croods nous emmènent avec eux, en route vers demain, comme ils disent. Leur aventure s'offre aussi des références au monde contemporain. Amour, entraide et audace: c'est naïf, certes, mais ça fait du bien !

Les Croods
Film américain de Chris Sanders et Kirk DeMicco (2013)

Des deux réalisateurs, je ne connaissais que le premier: il avait co-signé le très chouette Dragons. En attendant d'en savourer la suite l'année prochaine, il n'est bien sûr pas interdit de remonter le temps avec Dreaworks. Ma préférence va à la franchise Kung-fu panda. L'automne prochain devrait nous permettre de faire connaissance avec Turbo, un escargot adepte de courses de sprint. Ça promet !

samedi 18 mai 2013

Cannes, premiers retours

Sachez-le: je n'ai certainement pas la prétention d'évoquer le Festival de Cannes dans ses plus petits détails. Si j'ai voulu en rendre compte de manière un peu plus complète cette année qu'au cours des éditions précédentes, j'ai opté pour un suivi des vingt long-métrages en lice pour la Palme d'or. Pas trop le temps, ni les moyens, d'aller plus loin. Qu'importe, ai-je pensé, il me reste ma plume, faute d'accréditation !

(c) AFP
Hors-compétition, cela m'a d'abord motivé à m'intéresser au film d'ouverture, le très attendu Gatsby de Baz Luhrmann. Je ne vois pas ce qu'on peut faire de mieux qu'organiser une montée des marches avec Leonardo DiCaprio pour réaffirmer haut et fort l'éternel aspect glamour de la manifestation cannoise. Une fois les paillettes retombées, il semble que le film n'ait que très moyennement séduit les festivaliers. Trop de clinquant et pas assez de fond, dit-on. J'irai bientôt en juger par moi-même: la sortie en salles a eu lieu mercredi.

(c) AFP
Pour découvrir la nouvelle oeuvre de François Ozon, il faudra attendre jusqu'en août, apparemment. Le prolifique cinéaste français a offert son tout premier premier rôle à Marine Vacth, comédienne débutante, déjà aperçue chez Cédric Klapisch et Alexandre Arcady, notamment. Jeune et jolie: le titre choisi pourrait laisser penser à une bluette romantico-kitsch. Ce serait une erreur d'y croire vraiment. Découpé en quatre périodes, le film évoquerait les plaisirs d'une jeune femme décidée... à se prostituer. Déjà un relent de souffre sur la Croisette.

(c) AFP
Heli - du réalisateur mexicain Amat Escalante - n'est pas plus tendre. Ouvert sur une scène de pendaison, le film serait au contraire porteur d'une grande violence, fidèle en cela à la réalité de son pays d'origine, d'après les explications de son auteur. Le long-métrage a pour héros des enfants et adolescents, enlevés sur fond de règlement de comptes entre narcotrafiquants. D'aucuns jugent que le ton utilisé demeure beaucoup trop complaisant pour être honnête. Je ne suis pas très sûr d'avoir envie d'aller vérifier. Ou disons que ce n'est pas ma priorité...

(c) AFP
D'ici quelque temps, je devrais vous parler d'un film du cinéaste chinois Jia Zhangke. De retour au Palais des Festivals, il y est venu cette année présenter A touch of sin, son dixième long-métrage. Lui qui est aussi documentariste s'intéresse également à la violence. C'est, si j'ai bien tout compris, le thème majeur qu'il a choisi d'illustrer dans sa nouvelle oeuvre, en suivant quatre destins. Moraliste par certains aspects, ce nouvel opus renfermerait toutefois des fragments de poésie et d'humour. Bon, après tout, pourquoi pas ?

(c) Abaca
S'il y a bien quelque chose dont je suis absolument convaincu aujourd'hui, c'est de mon envie profonde de retrouver le cinéma d'Asghar Farhadi. Le réalisateur iranien est venu tourner en France ! Le film y est sorti hier et, parmi les festivaliers cannois, Le passé paraît déjà très apprécié. Je peux supposer que ce sera une tragédie assez âpre, compte tenu de la connaissance que j'ai du cinéaste. N'empêche: cette histoire de divorce transnational m'attire beaucoup. Je suis vraiment impatient d'y revoir Tahar Rahim et Bérénice Bejo.

(c) Corbis
Et pendant ce temps-là, le jury, lui, poursuit sa haute mission cannoise. Steven Spielberg et consorts ont encore seize films inédits à se mettre sous la dent, les veinards ! Je vous en reparle très vite. J'aime les mots du président: "Cannes n'est pas une compétition. Plutôt la confrontation de sujets et de cultures différentes à travers la célébration du cinéma". Je vous laisse donc méditer là-dessus...

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Une précision "technique":
Je ne tire aucun bénéfice financier de ce blog, mais, à la demande des photographes concernés ou de leurs représentants, je peux légender autrement les photos que j'ai utilisées ou les supprimer.

vendredi 17 mai 2013

L'ennemi canadien

Il faut pouvoir se souvenir du monde d'avant Ben Laden pour goûter Canadian Bacon à sa juste valeur. Le polémiste Michael Moore signe avec ce drôle de film son unique oeuvre de fiction. Il ose imaginer l'embarras d'un président américain d'après la guerre froide, incapable de trouver un ennemi susceptible de justifier un nouveau conflit. L'ennui, c'est que, comme vous le savez peut-être, le bellicisme demeure le seul moteur de popularité pour les pontes de Washington. Faute de mieux, il faudra donc bien guerroyer contre... le Canada !

Titre du film, Canadian Bacon est aussi celui de l'opération militaire qu'il évoque à très gros traits. De nombreux clins d'oeil parsèment cette pantalonnade, ce qui laisse au moins penser que Michael Moore a bien étudié son manuel du parfait petit comique. Le long-métrage n'a certes rien de désopilant, mais je me suis tout de même trouvé souriant à plusieurs reprises. Mention spéciale à la séance diapos dédiée aux ex-adversaires, morts ou neutralisés, où Leonid Brejnev côtoie Manuel Noriega et Jane Fonda ! Cette seule vanne vous donne une idée du niveau des blagues du long-métrage: ça ne vole jamais vraiment plus haut. Et, dans la version française que j'ai eu l'occasion de découvrir, les Canadiens ont tous un accent québécois franchement outrancier... amis de la finesse, passez votre chemin !

Les cinéphiles, eux, ne manqueront donc pas de pointer quelques-unes des références citées par le film. À la condition donc de ne pas le prendre au sérieux, le long-métrage est bien trop court pour être ennuyeux. Cela dit, il a fait un bon gros flop au box-office américain, avec moins de 180.000 dollars de recettes pour 11 millions de budget ! Anecdote inattendue: il fut toutefois projeté en France lors du Festival de Cannes 1995, dans la sélection Un certain regard. Après son passage sur la Croisette, il ne parvint pas à marquer davantage les esprits du public hexagonal, ne cumulant, si j'en crois mes sources, qu'à peine... 905 entrées. Canadian Bacon reste donc un film étrange à plus d'un titre, un peu trop léger pour être culte. Peut-être aussi, paradoxalement, est-il arrivé un tantinet trop tard...

Canadian Bacon
Film américain de Michael Moore (1995)

Michael Moore n'a pas peur de rien ! Ici, le trublion ose parodier Docteur Folamour, s'inspirer d'une scène comique de La vie de Brian et se moquer gentiment de Rencontres du troisième type. Le tout reste cependant insuffisant pour porter le film à un nouveau sommet de fantaisie. Le cinéaste est meilleur dans le reportage. Dommage...

jeudi 16 mai 2013

Les promesses des jurés

Il est grand temps, je crois, que je vous dise deux mots de chacun des artistes qui ont l'honneur d'accompagner Steven Spielberg en tant que jurés de ce 66ème Festival de Cannes. Je n'ai pas suivi d'ordre particulier, mais, m'appuyant sur le fait objectif que les deux sexes sont ici à égalité numérique, j'ai tenu à alterner femmes et hommes. 

Vidya Balan
Cette actrice indienne a eu 35 ans le 1er janvier dernier. Elle travaille dans son pays depuis dix ans. Elle y a déjà reçu bon nombre de prix, sans pour autant démarrer une carrière à l'international. J'ignorais tout d'elle jusqu'à il y a quelques jours. C'est parti pour changer. Rappel: l'Inde lointaine est le plus gros producteur de films au monde. Précision: Cannes célèbre cette année les cent ans du cinéma indien.

Daniel Auteuil
Faut-il que je présente notre compatriote ? Pas sûr. On notera qu'après une longue carrière passée devant la caméra, ce garçon attachant est devenu réalisateur, décidé à reprendre des classiques pagnolesques. Prochaine étape cette année, en César dans un film qu'il dirigera donc lui-même. Daniel Auteuil avait reçu le Prix d'interprétation masculine à Cannes en 1996 pour Le huitième jour. Co-lauréat: son jeune partenaire trisomique, Pascal Duquenne.

Naomi Kawase
Elle aura 44 ans dans pile deux semaines. La réalisatrice japonaise connaît déjà le Festival de Cannes. Elle y a d'abord reçu la Caméra d'or du premier film pour Suzaku, en 1997. En 2007, elle était récompensée du Grand Prix du jury pour La forêt de Mogari. J'avoue humblement que je ne connais pas son cinéma, mais j'aimerais pouvoir le découvrir. Elle est également documentariste et écrivain.

Cristian Mungiu
Scénariste, réalisateur et producteur, ce Roumain de 44 ans touche volontiers à tous les aspects du cinéma. Il a notamment été l'assistant de son compatriote Radu Mihaileanu et de Bertrand Tavernier. Cannes lui a valu plusieurs prix, dont la Palme d'or du millésime 2007 offerte à 4 mois, 3 semaines et 2 jours. L'an passé, il a ensuite reçu le Prix du scénario avec Au-delà des collines, film qui a également consacré ses deux comédiennes principales d'un double Prix d'interprétation.

Nicole Kidman
Venue à de très nombreuses reprises sur la Croisette, la star australienne a participé trois fois à la compétition, sans y décrocher toutefois le moindre trophée. Son potentiel glamour et son vrai talent lui offrent légitimement une place de juré. Mais je ne serais pas surpris qu'on reparle par ailleurs de son futur rôle: Grace de Monaco !

Christoph Waltz
Apparu sur la télé autrichienne dès 1977, le Viennois doit sa notoriété internationale à Quentin Tarantino, qui lui a offert un rôle 100% taillé pour son bagou, celui du polyglotte commandant SS Hans Landa d'Inglourious basterds. Depuis lors, Christoph Waltz semble vivre une seconde jeunesse. Cabotin, ce garçon, mais tellement sympa !

Lynne Ramsay
We need to talk about Kevin: le dernier film de la réalisatrice écossaise est aussi pour moi celui de la découverte de son cinéma. J'avais apprécié le traitement visuel donné à cette histoire sordide d'adolescent psychopathe, retenue en son temps dans la sélection officielle pour la Palme d'or. Reste à découvrir le reste... et la suite. 

Ang Lee
J'ai l'impression que le cinéaste taïwanais ne fait pas l'unanimité. Tant mieux ! Moi, je voudrais me retourner vers ses origines et voir ses films asiatiques. J'ai souvent aimé ce que je connais de lui: Tigre et dragon, Le secret de Brokeback Mountain et L'odyssée de Pi. Avec Ang Lee, je peux dès lors dire que je pars désormais confiant.

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Samedi, j'ai prévu de rentrer plus concrètement dans le vif du sujet. J'ai également de quoi vous faire patienter d'ici là. Alors, heureux ?