samedi 22 décembre 2012

Noël en avance

Je sais. L'heure de la dinde aux marrons n'est pas encore venue. Merci. Il faudrait le dire à George Lucas. La nouvelle date d'il y a près d'un mois et demi: le créateur de l'univers Star Wars a bien revendu sa boutique à Disney. Seul propriétaire, il l'aurait donc refourguée pour la bagatelle de quatre milliards d'euros - à deux décimales près. La somme lui sera certes donnée en actions, mais ça fait beaucoup !

Alors qu'on annonce une suite à la saga, reste donc à voir ce que va devenir la lointaine, lointaine galaxie imaginée par notre ami barbichu. La photo choisie pour égayer ma chronique va dans le sens de ceux qui s'inquiètent de la collision Mickey / Dark Vador. Notons que la rumeur affirme que le maître obscur de la première trilogie Star Wars pourrait ressusciter ! Parmi les protagonistes des origines, les comédiens Harrison Ford, Mark Hamill et Carrie Fisher feraient également leur grand retour. Sans parti pris d'aucune sorte, j'attends de voir pour savoir. Et je me souviens du coup qu'avait été évoquée une possible conversion au format 3D des six films déjà existants. Que la Force soit avec eux... et le futur réalisateur, encore inconnu !

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Un mot encore...
En titrant ma chronique "Noël en avance", je voulais aussi annoncer l'arrêt (temporaire) des mises à jour sur Mille et une bobines. Confronté à un surcroît d'activité, j'ai préféré faire une pause blog courant décembre et repartir de plus belle en 2013. Chères lectrices et chers lecteurs, je prévois exactement deux semaines d'arrêt. Rendez-vous le 5 janvier prochain pour d'autres échanges cinéphiles !

mercredi 19 décembre 2012

Son intimité pénétrée

J'espérais beaucoup d'Entre ses mains. Un peu trop, sans doute. C'est pour voir un film avec le duo Isabelle Carré / Benoît Poelvoorde que je l'attendais au tournant d'une rediffusion télévisée. Un mot rapide sur l'histoire, d'abord: vétérinaire de son état, Laurent Kessler s'incruste tout doucement dans la vie de Claire Marsan, employée d'une compagnie d'assurance, à la suite d'un dégât des eaux. Convaincu qu'il aurait des difficultés à la séduire, le médecin animalier fascine toutefois la jeune femme. En arrière-plan, un tueur multiplie les crimes sadiques, actif dans toute la région. Suspense...

Le film m'a donc déçu. J'espérais plus d'épaisseur, une intrigue haletante sur fond d'ambigüité amoureuse. J'ai trouvé le scénario très prévisible et les effets dramatiques un peu trop martelés. L'aspect fantomatique de certains personnages m'a déplu. Exemple parmi d'autres: la mère de Laurent Kessler apparaît rapidement comme assistante de son cabinet, laisse planer le doute sur la façon dont elle accepte le comportement de son fils et... voilà, c'est tout. On ne la reverra qu'à la fin poser une question, sans que ça mène vraiment quelque part. Entre ses mains ne décolle jamais bien haut.

Le bémol tient aux acteurs. Le charme discret d'Isabelle Carré correspond très bien à son personnage: femme effacée qui se targue de convaincre qu'elle est heureuse, Claire Marsan lui offre un rôle tout en retenue, où elle est, comme souvent, touchante et efficace. Et que dire de Benoît Poelvoorde ? Connu alors pour ses compositions comiques, le comédien brille cette fois dans le dur, homme enjôleur et torturé à la fois. J'ai vérifié: lors de la sortie du film, la critique parlait encore de contre-emploi. Le Belge a depuis prouvé l'étendue de sa palette: Entre ses mains lui aura donc servi de révélateur. Rien que pour ça, j'ajoute qu'il vaut peut-être quand même le détour.

Entre ses mains
Film franco-belge d'Anne Fontaine (2005)

Avant de voir ce long-métrage, j'ai cherché à éviter d'en savoir trop sur ce qu'il racontait. J'ai ensuite rédigé cette chronique avec, j'espère, la même discrétion. Je voulais en fait revoir Isabelle Carré et Benoît Poelvoorde dans un même film après avoir bien apprécié leur réelle complémentarité dans Les émotifs anonymes. L'oeuvre d'aujourd'hui est bien différente et, de par son ambiance, peut rappeler Les fantômes du chapelier. Sans grand frisson, toutefois.

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Un autre avis que le mien ?

Vous pourrez en lire un chez mes camarades de "L'oeil sur l'écran".

dimanche 16 décembre 2012

Choix de vie

Leur histoire pourrait être toute simple. Sabrina et Dorcy s'aiment. Ils veulent se marier. Unique problème: les tourtereaux appartiennent à deux communautés aux mœurs bien différentes. Sabrina est d'origine maghrébine. La famille de Dorcy, elle, vient d'Afrique noire. En une heure vingt à peine, Rengaine reprend l'histoire éternelle des amours contrariées. Le film a fait grand bruit à sa sortie: le réalisateur évoque l'aspect fauché de sa production, reconnaît ne même pas avoir obtenu chaque autorisation de tournage nécessaire et a mis neuf ans à construire son long-métrage. Scénario assez convenu, mais c'est un peu le phénomène cinéma du moment.

De par sa sincérité fondamentale, Rengaine gagne son pari. Il le fait avec ses armes et un style si particulier qu'il fait évidemment parler de lui. Le cadre est presque toujours en mouvement et semble attraper au vol des images bruitées, tronquées, saisies au plus près des personnages. On a parfois presque l'impression d'être venu suivre un documentaire tourné caméra à l'épaule. Sentiment d'urgence. C'est aussi pour me frotter à cette forme que j'ai voulu voir le film. Aucune déception après coup, même si j'ai trouvé l'effet un peu trop appuyé. La brièveté du long-métrage rend la chose supportable et sa relative originalité lui apporte un supplément d'âme. Tourné de façon plus conventionnelle, il aurait moins d'impact.
 
Sur le fond, en effet, le propos n'est pas follement nouveau. L'affiche du film le présente comme un conte. Mouais. Passez votre chemin sans regret si vous cherchez une bonne fée: même si Sabrina a pu trouver en Dorcy son prince charmant, le royaume enchanté demeure le Paris du quotidien, dont on reconnaît la grisaille et le métro. L'aspect fantaisiste du long-métrage, c'est sans doute une héroïne aux 40 frères, là où le héros n'a guère qu'une mère pour famille. Rengaine bat au rythme de la ville et trouve une certaine efficacité dans certaines scènes bien dialoguées. Ce n'est pas tous les jours qu'un tel projet débarque sur les écrans. Mais de là à crier au génie…
  
Rengaine
Film français de Rachid Djaïdani (2012)

Boxeur, ouvrier, agent de sécurité… le jeune cinéaste a déjà vécu plusieurs vies. C'est dans cette dernière fonction qu'il dit avoir découvert le cinéma, lors du tournage de La haine. En plus apaisé toutefois, son premier long-métrage m'a d'ailleurs fait penser à celui de Mathieu Kassovitz. Né d'un père algérien et d'une mère soudanaise, Rachid Djaïdani ne cache pas ses origines. Personnage atypique, il est également romancier, membre de la troupe théâtrale de Peter Brook et a connu quelques petits rôles à  l'écran, notamment dans Ma 6-T va crack-er de Jean-François Richet. À suivre...

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Une toute dernière info...

Je remercie Pascale, organisatrice du jeu qui m'a permis de gagner deux places pour le film. Son blog "Sur la route du cinéma" parle aussi du film, en des termes moins élogieux. Je vous laisse regarder.

jeudi 13 décembre 2012

Tableau mobile

D'où vient l'inspiration ? Je ne sais pas répondre à cette question. Simplement, je dirais qu'elle se pose dans La jeune fille à la perle. Ce film anglais (et luxembourgeois) ne me semble pas avoir fait grand bruit, en dépit d'un casting prestigieux. Scarlett Johansson interprète le rôle-titre, aux côtés de Colin Firth et Cillian Murphy. L'histoire nous entraîne dans une ville hollandaise, début 17ème, pour y découvrir le travail du peintre flamand Johannes Vermeer. Précision: le titre du film reprend celui d'un de ses célèbres tableaux.

La fiction ne repose pas tant sur l'idée de montrer l'artiste à la tâche que sur la présentation de celle qui sera sa muse impromptue. Surprise, donc: La jeune fille à la perle est une femme de chambre du maître. Un climat d'ambiguïté amoureuse s'instaure entre l'artiste et son modèle. Scénario convenu ? Pas vraiment. Le film développe un sous-thème intéressant: en dépit d'apparences trompeuses, Vermeer et son égérie sont peut-être du même monde, tous deux voués qu'ils sont à servir les puissants au mépris de toute dignité. Ensuite, la conclusion reste ouverte, mais pas des plus souriantes...

Sur le plan formel, maintenant, le film est une merveille graphique. D'aucuns lui reprocheront sûrement de faire trop d'effets avec trop peu d'intrigue. Moi, ça ne m'a pas dérangé. Le soin porté à la photo m'a au contraire ravi et j'ai donc cru voir une sorte de tableau mobile. Il me paraît clair qu'au-delà de la tranche de vie qu'il a voulu retranscrire, le réalisateur a rendu un hommage au peintre qui l'a inspiré. Certains plans fixes sont franchement troublants ! J'ai envie de dire que c'est le intérêt numéro 1 du long-métrage: La jeune fille à la perle éblouit par la beauté de sa reconstitution. Il n'y a finalement que la musique d'Alexandre Desplat que j'ai trouvée quelque peu "chargée". Pas au point de me faire détourner le regard.

La jeune fille à la perle
Film britannique de Peter Webber (2003)

Dans ma collection, il fait partie d'une série de DVD sur le thème peinture et cinéma. Issu du même groupe, A bigger splash lui offre un contrepoint contemporain assez décoiffant. Amateurs d'art pictural et cinéphiles, je vous conseille également le Basquiat signé Julian Schnabel. J'ai bien d'autres références, mais il est trop tôt pour m'essayer à un classement qualitatif. Une autre fois, promis.

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À lire aussi...

L'analyse en nuances des deux rédacteurs de "L'oeil sur l'écran".

mercredi 12 décembre 2012

Revoir Cate Blanchett

Quand l'occasion se présente, je tâche de ne pas la manquer. J'aime beaucoup cette actrice australienne, comme je l'ai déjà dit. Dernièrement, j'ai revu L'étrange histoire de Benjamin Button. Pas spécialement envie d'en reparler aujourd'hui: j'ai déjà dit beaucoup de choses la première fois et je n'ai guère changé d'avis depuis, même si la surprise s'est bien sûr émoussée au deuxième regard. Autant vous parler d'autres films de l'actrice que j'espère pouvoir découvrir un jour ou l'autre, avec bien sûr quelques explications.

Le talentueux Mr. Ripley (Anthony Minghella - 1999)
Vous savez bien que les films en costumes me plaisent. Celui-là réunit également Gwyneth Paltrow, Matt Damon et Jude Law. Il est en gros question d'un jeune homme frivole et dépensier qu'il faut ramener à la raison. Dans une ambiance de thriller, cette adaptation d'un roman de Patricia Highsmith était en lice pour l'Ours d'or berlinois en 2000, ainsi qu'à six Oscars. Son histoire avait déjà fait l'objet d'une adaptation pour le cinéma en France, par René Clément en 1960, avec Alain Delon et sous le titre Plein soleil. Un classique ?

Coffee and cigarettes (Jim Jarmusch - 2003)
Le réalisateur est un drôle de zozo. Quelques autres de ses films émargent déjà sur le blog pour vous faire une petite idée. Ici, le film est composé de petites scénettes indépendantes, où les personnages boivent du café - ou du thé - et fument donc des cigarettes (sic !). Cate Blanchett joue deux rôles en un seul court et a pour partenaire Mike Hogan. Les trois premiers morceaux du long-métrage étaient d'abord sortis seuls, l'un d'eux décrochant une Palme catégorie courts lors du Festival de Cannes édition 2003. Tout ça m'intrigue un peu.

La vie aquatique (Wes Anderson - 2004)
Un autre drôle de zozo ! Wes Anderson compose ainsi un hommage parodique au commandant Cousteau. Comme d'habitude, il convoque une galerie de personnages hauts en couleurs dont une journaliste anglaise enceinte, un équipage cosmopolite et un fils prodigue putatif. Mieux connaître l'univers du réalisateur me tente beaucoup, alors que je n'ai finalement vu que deux de ses films. Y retrouver Cate Blanchett est un bon argument pour foncer sans réfléchir, d'autant que Bill Murray, Owen Wilson, Jeff Goldblum et autres Angelica Huston l'accompagnent dans l'aventure. À suivre, donc...

I'm not there (Todd Haynes - 2007)
À ne pas confondre avec I'm still there, le faux documentaire tourné par Casey Affleck sur la pseudo-reconversation de Joaquin Phoenix en rappeur. Le film dont je vous parle ici suit toutefois également l'inspiration et les pas d'un musicien: Bob Dylan himself. Et dès lors qui croyez-vous que Cate Blanchett interprète là-dedans, hein ? Finalement, c'est logique: le même Bob Dylan, bien sûr ! Les échos que j'ai eus disent qu'elle est même méconnaissable et surprenante. Mélange de réalité et de fiction, le long-métrage associe également chansons originales du papy rockeur et reprises par d'autres groupes. Une grosse trentaine de morceaux en tout, qui donnent assurément un petit aperçu d'une oeuvre pléthorique. Il faudra bien m'y plonger !

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Une ultime précision...
Cate Blanchett est également cette semaine à l'affiche de Le Hobbit. J'en reparlerai. Ce film événement marque le retour du réalisateur néo-zélandais Peter Jackson et adapte un roman de J.R.R. Tolkien.

dimanche 9 décembre 2012

Rien que Woody ?

Quelques jours après avoir découvert Manhattan, l'opportunité m'a été donné de lire ce que Woody Allen en pensait. De ce qui est incontestablement l'un de ses films culte et d'après certaines sources celui qui a rencontré le plus grand succès, le cinéaste new-yorkais a dit... du mal. Déçu par le montage final, il aurait déclaré qu'il avait envie de changer de métier. Il aurait même proposé aux studios United Artists de ne jamais sortir le film et d'en tourner un autre gratuitement. Ce vieux névrosé n'en finira jamais de m'étonner...

J'ai déjà eu l'occasion de le dire: je découvre sa filmographie tardivement. Regarder Manhattan l'autre soir était aussi répondre aux souhaits de ma mère: "tester un Woody", elle qui n'avait pas dû voir le moindre de ses films depuis longtemps. À l'inverse donc d'Allen lui-même (et de mon père), nous avons vraiment aimé l'oeuvre que nous avons vue. Rien que Woody ? On peut le penser. Objectivement, le scénario - le dernier que le New-yorkais a écrit avec un comparse, Marshall Brickman - tourne presque seulement autour de lui. Séance d'auto-caricature, disent certains. Il est vrai qu'Isaac Davis habite donc la Grosse Pomme, est juif, a bien du mal à vivre une relation amoureuse épanouie, semble même aussi attiré qu'effrayé par les autres en général et les femmes en particulier. Ajoutez-y le flot ininterrompu des dialogues: vous tenez là un style caractéristique. Je conçois bien qu'il puisse déplaire. Voire rebuter.

Du coup, je m'estime presque chanceux d'y accrocher, à ce style. Quelle jubilation d'entendre Woody Allen balancer des répliques frappantes à tour de bras !  Et encore ! Le plus beau, d'après moi, c'est qu'il ne se contente pas de bons mots. Son auto-dérision forcenée ne l'empêche pas, bien au contraire, de poser son propos sur toute la gamme des sentiments. Isaac Davis est ainsi, scène après scène, tour à tour, drôle, ridicule, émouvant, pathétique, fou, raisonnable, séduisant et inquiétant. J'en passe vraisemblablement et peut-être bien des meilleures. On dit également de Manhatthan qu'il est un hymne d'amour à la ville. Je me suis trouvé sincèrement moins sensible à cet aspect du long-métrage, mais il ne saurait être question pour moi de nier les qualités artistiques de qui-vous-savez derrière la caméra. Magnifiés par le noir et blanc et la vibration musicale de Gerschwin, quelques plans sont à tomber par terre.

Manhattan
Film américain de Woody Allen (1979)

C'est dit: le film peut prouver que le noir et blanc n'est pas réservé aux très vieilles productions et aux films fauchés. Sa qualité esthétique tire irrésistiblement vers le haut une oeuvre déjà dotée d'un scénario d'une intelligence assez remarquable. Je n'ai pas envie de le comparer à un autre, pour le moment. Je préfère bientôt partir à la recherche d'autres perles signées Woody Allen. Jetez donc un oeil à mon index des réalisateurs en attendant que j'y revienne...

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Et si vous voulez en savoir plus sans délai...
Vous pouvez aussi consulter "L'oeil sur l'écran". Mes confrères blogueurs connaissent bien mieux Woody Allen que moi. Un bon filon !

vendredi 7 décembre 2012

Silence et romance

Même si le cinéma muet m'intéresse, même si j'ai un livre entier consacré au sujet, il est clair que j'en vois peu. Je n'ai que très peu de films sans parole dans ma collection DVD et les diffusions télévisées en prime time sont rares. C'est pourquoi je remercie Gulli, la chaîne des enfants sur la TNT. Son choix de diffuser un cycle Charlot m'a permis de voir Les temps modernes, grand classique d'entre les classiques. J'ai cru comprendre que c'était le dernier film muet de l'histoire du cinéma - de cette époque, en tout cas, et salut à Jean Dujardin ! À mes yeux, c'est aussi une oeuvre assez touchante.

L'image la plus connue du film, c'est sans doute celle de Charlot coincé au milieu des engrenages d'une machine géante. Ouvrier lambda d'une usine qui fabrique Dieu sait quoi, le petit moustachu travaille à la chaîne et serre des boulons toute la journée. Situation risible dont le génie Charles Chaplin tire le meilleur grâce à un talent burlesque inégalé. Ironique en douceur, Les temps modernes place son héros dans d'autres situations et, comme le titre que j'ai choisi pour ma chronique doit vous l'avoir laissé entendre, parle aussi d'amour. Charlot-Pierrot épris de Colombine, enfant de la rue passée à côté du progrès: cette image aussi reste ancrée dans l'inconscient collectif. Le signe d'un humour immortel ? Je dirais plutôt d'un style unique en son genre et qui, de par sa simplicité, me touche encore.

En effet, qu'il soit drôle ou émouvant, Charlot est toujours juste. D'une poésie certaine dans la retenue, Les temps modernes paraît une fable moderne, où les petits parviennent à s'en sortir en dépit des embûches que le monde sème sur leur route. On peut y voir beaucoup de naïveté, mais j'ai le sentiment que Charles Chaplin assume parfaitement cet aspect des choses. Signe que les temps changent (vraiment ?), il faut noter que le cinéaste fut parfois accusé de subversion en abordant ces thèmes. Gentiment railler l'absurdité de l'industrialisation tenait lieu de blasphème, dans l'Amérique besogneuse des années 30. Et pourtant ! Les bêtises ici montrées font encore parler d'elles. Oui, le propos me paraît très moderne ! J'espère qu'il continuera d'assurer une belle postérité à son auteur.

Les temps modernes
Film américain de Charles Chaplin (1936)

Pour parler d'autres oeuvres du même auteur, il me faudrait d'abord les voir (ou revoir). Merci d'être patients. D'ici là, je vous propose volontiers de (re)découvrir les deux autres films muets déjà évoqués sur Mille et une bobines, Tabou et... The artist. De la merveille sortie en 1931 à l'hommage de 2011, l'occasion de se souvenir que, même en silence, on peut dire beaucoup. Leçon et magie du cinéma !

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Une petite précision...
On entend quelques paroles dans le film, et notamment les consignes du patron de l'usine quant à la cadence de la chaîne. On entend aussi Charlot chanter - la première voix de Charles Chaplin au cinéma. Sans réels dialogues, le film reste toutefois du côté du cinéma muet.

Pour en savoir plus...
Je vous recommande très vivement la lecture de "L'oeil sur l'écran". Vous y trouvez de nombreux autres films et courts-métrages signés Charles Chaplin. Et, je crois bien, la même sincère admiration.

mercredi 5 décembre 2012

L'homme qui en savait trop

J'inventerais volontiers le théorème de Clint Eastwood. Désolé d'avance pour tous ceux qui sont lassés de me voir défendre invariablement le vieux cinéaste américain: je l'aime trop pour être honnête. D'où, donc, le théorème: tout film qu'il a réalisé ou joué prend à mes yeux une valeur supérieure à ce qu'il est en réalité. J'imagine que, comme les autres, cette règle a des exceptions. N'empêche: le petit film qu'est objectivement Les pleins pouvoirs m'a plu parce qu'il y a Clint Eastwood devant et derrière la caméra.

Disons pour être objectif que ce n'est pas son meilleur. Je crois d'ailleurs que l'homme est en général meilleur réalisateur qu'acteur. Franchement, ici, il ne bouffe pas l'écran. Il joue un personnage solitaire, un de plus, Luther Whitney, veuf et gentleman cambrioleur de son état. Père, mais fâché avec sa fille, devenue procureur malgré l'abandon paternel. Les pleins pouvoirs - le film - démarre donc sur une scène de cambriolage. Minutieux mais surpris au cours de son opération, Clint/Luther voit débarquer un couple adultère. Caché derrière une vitre sans teint, il devient le témoin - forcé - d'une aventure extra-conjugale et de préliminaires plutôt musclés. Bientôt, l'affaire tourne court et conduit au drame. Je vous épargne les détails: autant taire ce que vous mettrez trois bons quarts d'heure à découvrir. Moi, je savais et ça m'a un peu gâché le plaisir.

Et donc, honnêtement, Clint Eastwood a fait de bien meilleurs films que Les pleins pouvoirs. Les premières scènes démontrent encore sa maîtrise de la caméra en général et du clair-obscur en particulier. Reste que le scénario de William Goldman est un peu trop convenu pour emmener le long-métrage vers les sommets eastwoodiens. Heureusement, la distribution permet encore de sauver le morceau. J'ai ainsi eu du plaisir à revoir Gene Hackman dans un rôle de salop et Ed Harris, moins charismatique, mais dans le bon ton, personnage de flic qui en rappelle d'autres du même réalisateur. Faut-il réserver le film à ses aficionados ? Peut-être bien. Je ne le conseillerais pas comme exemple, à ceux qui, le connaissant mal, voudraient découvrir de quoi Clint est capable. Moi, je m'en contente bien. C'est aussi parce que c'est un pas de plus dans mon intégrale Eastwood...

Les pleins pouvoirs
Film américain de Clint Eastwood (1997)

Un jour ou l'autre, je vous parlerai très certainement de Sur la route de Madison et de Minuit dans le jardin du bien et du mal, films qui "encadrent" celui-là dans la filmographie du maître. Il me faut encore les découvrir, pour tout vous dire, et j'en salive d'avance. Notez bien, si vous êtes superstitieux, que j'ai présenté aujourd'hui un 13ème Eastwood - le premier du genre policier. J'ajoute que Clint est ici un peu plus subtil qu'à la belle époque de L'inspecteur Harry.

lundi 3 décembre 2012

Whisky therapy

Paul Laverty est, depuis 1995 et Carla's song, l'ami et le scénariste attitré de Ken Loach. Une collaboration fructueuse: leur onzième film commun a reçu le Prix du jury lors du dernier Festival de Cannes. Apparemment, le réalisateur se tourne désormais vers des histoires moins dramatiques qu'à ses débuts. La part des anges sait être vraiment drôle, même s’il s'inscrit dans le quotidien des classes sociales défavorisées en Écosse. Comme quoi, on peut rire de tout…

L'histoire ? Elle commence au tribunal. Plusieurs jeunes répondent des petits délits qu'ils ont commis. Robbie est le héros du film. Tête base, il écope d'un long travail d'intérêt général après avoir violemment battu un anonyme qui le regardait de travers. Seul le fait qu'il va bientôt devenir papa lui permet d'échapper à la prison ferme. La part des anges raconte comment, avec d'autres garçons et filles coupables d'autres méfaits, il va tâcher de s'en sortir. Rédemption facilitée par son agent de probation, bon connaisseur du… whisky. Robbie va devenir un spécialiste du breuvage malté. C'est comme ça qu'il se tirera d'affaire, dans des circonstances que je vous laisse découvrir. Attendez-vous tout de même à être (un peu) étonné...

Maintenant, de deux choses l'une. Soit vous appréciez le cinéma social et vous pourrez goûter à La part des anges. Soit au contraire toute idée de seconde chance vous rebute et alors je vous dirais plutôt de l'éviter. Ken Loach ne change pas vraiment. N'hésitant pas à faire appel à des amateurs pour ses personnages, le vieux lion reste fidèle à ses idées et méthodes. On aime ou on n'aime pas, mais son œuvre me paraît remarquable de cohérence. Qu'elle prenne aujourd'hui une tournure portée sur l'optimisme peut surprendre, mais, finalement, le résultat est agréable. C'est aussi l'occasion d'appréhender l'Écosse contemporaine, débrouillarde et souriante malgré la crise. J'ai tardé à voir le film, sorti sur les écrans en juin. J'avais même pensé voir autre chose, mais je suis sorti du cinéma avec la banane. Et par les temps qui courent, oui, c'est déjà bien !

La part des anges
Film britannique de Ken Loach (2012)
Sans retrouver le sommet de Looking for Eric, cet opus du cinéaste anglais est donc un bon cru. À la vôtre ! Je n'écarte pas pour autant l'idée de le retrouver autour d'autres millésimes plus corsés. J'évoque avec une certaine émotion le fait de l'avoir découvert il y a déjà sûrement une quinzaine d'années autour du rude Land and freedom. Souvenirs poignants également de sa Palme d'or, Le vent se lève. Autant d'emblée enfoncer le clou: ça ne rigole pas tous les jours…

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Pour un avis assez similaire au mien...

Il y a celui, assez élogieux, de Pascale ("Sur la route du cinéma").

samedi 1 décembre 2012

Un héros très discret

D'avoir récemment revu Les enfants du paradis m'a donné l'envie d'en reparler sur le plan technique. Dans ma précédente chronique consacrée au film, j'ai déjà dit pas mal de choses sur cette merveille. Le temps n'a pas altéré son éclat. Je voudrais désormais présenter l'un des artistes qui l'ont créée, j'ai nommé Alexandre Trauner, l'auteur des somptueux décors du long-métrage. Le tournage complet s'est réparti sur deux sites, en région parisienne et, à seulement quelques kilomètres de chez moi, aux studios de la Victorine, à Nice.

Si je présente Alexandre Trauner comme un héros très discret, c’est qu'il est notable que Les enfants du paradis est un travail effectué… dans la clandestinité. Sa magnificence nous fait très rapidement oublier que le film a été tourné en temps de guerre. Le fait est que, de confession juive, le chef décorateur était menacé dans la France de Vichy. Originaire de Hongrie, Trauner était arrivé à Paris en 1929. Sa formation aux Beaux-Arts de Budapest lui permit de devenir l'assistant d'un autre décorateur de cinéma, Lazare Meerson. Ami fidèle de Jacques Prévert, il deviendra son propre patron dès 1937.

Devenu Boulevard du Crime, son Boulevard du Temple reconstitué demeure l'un des plus grands décors construits pour le cinéma français. On peut d'ailleurs noter que ce n'est pas le seul qu'il ait conçu en collaborant avec Marcel Carné: avant et après cet épisode, les deux hommes ont travaillé de concert à de nombreuses reprises. La carrière de Trauner impressionne pour sa longévité. Son travail sera récompensé d'un Oscar en 1961, pour La garçonnière. Il sera aussi nommé sept fois aux Césars et remportera trois trophées dorés avec Mr. Klein (1977), Don Giovanni (1980) et Subway (1986) !

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Si vous voulez en savoir plus...

À Paris, la Cinémathèque organise jusqu'au 27 janvier une exposition consacrée au film Les enfants du paradis. Elle évoque probablement la carrière de Joseph Kosma, co-auteur de la bande originale du film. Lui aussi a travaillé dans la clandestinité… et signe son travail Georges Mouqué. Né en Hongrie en 1905, Kosma fut naturalisé français en 1949, quatre ans après la sortie en salles. L'histoire populaire de la chanson française le connaît également comme auteur de la musique des Feuilles mortes. Paroles de Prévert, bien sûr...