samedi 30 juin 2012

The long and winding road

Une chronique de Martin

Je m'étais promis de lire le livre avant de voir le film. J'étais finalement arrivé à la moitié quand j'ai vu Sur la route, l'adaptation jugée impossible du roman culte de Jack Kerouac. Quant à savoir maintenant si la génération beat y retrouve ses petits, je préfère laisser ses enfants en juger. Ce que je dis, c'est que le long-métrage m'a plu, peut-être un peu moins que le texte dont il s'inspire néanmoins très largement - avec quelques ajustements et raccourcis. Certains m'ont surpris, mais aucun n'a troublé ma pudeur littéraire.

On retrouve donc bien Sal Paradise, jeune écrivain dans l'Amérique de la fin des années 40. Pour le meilleur et pour le pire, sa rencontre avec Dean Moriarty marque un tournant dans son existence. Fasciné par son cadet, il va un temps délaisser sa machine à écrire au profit d'une expérience de vie à nulle autre pareille. Ensemble et souvent avec les filles qui croiseront leur chemin, les garçons vont traverser les États-Unis de part en part, à plusieurs reprises. Sur la route est aussi un décalque romancé de ce que Jack Kerouac a lui-même vécu. Les kilomètres s'accumulent ici à un rythme encore plus frénétique que les conquêtes, les beuveries ou les shoots à la benzédrine. Itinéraire de deux enfants du siècle, ne revendiquant rien et voulant tout connaître. Les Beatles me pardonneront d'avoir utilisé le titre d'une de leurs chansons pour ma chronique: le parcours effectué n'apparaît pas nostalgique. Il est visiblement sa propre justification.

Que répondre à ceux qui trouvent le film raté ? Peut-être simplement qu'ils feraient bien de sortir un peu le nez de leurs bouquins. Plusieurs réalisateurs ont voulu adapter Sur la route et ont renoncé devant la difficulté de la tâche. Si Francis Ford Coppola lui-même apparaît au générique, c'est "juste" comme producteur: propriétaire des droits, le maître américain s'est incliné devant un cinéaste brésilien, connu d'ailleurs pour d'autres road movies, quand il a fallu faire tourner la caméra. Le résultat est ma foi des plus honorables.

L'interprétation est bonne, sans être pour autant digne de l'Oscar. Encore loin d'être des stars, Garrett Hedlund et Sam Riley, âgés respectivement de 28 et 32 ans, m'ont convaincu. Je ne vois pas trop ce que je pourrais reprocher à Kristen Stewart: si j'ai lu qu'elle jouait beaucoup sur le côté sexuel de son personnage, j'ajouterais simplement qu'elle est en cela assez conforme à la Marylou de papier. D'autres noms apportent un plus, tels Kirsten Dunst, Viggo Mortensen ou un très étonnant Steve Buscemi. La photo, que signe le Français Éric Gautier, est elle tout à fait impeccable. La perfection absolue n'étant pas de ce monde, je passe sur les quelques outrances mélodramatiques, pourtant absentes du roman. Après deux heures passées en voiture, le dénouement arrive peut-être un peu trop vite pour ne pas paraître quelque peu artificiel. C'est l'occasion idéale pour se plonger dans le texte de Kerouac, lui-même un sacré voyage.

Sur la route
Film américain de Walter Salles (2012)
Un autre film de la cuvée cannoise de cette année, reparti bredouille de la Croisette. Aux amateurs de road movies, je peux conseiller deux films: les magnifiques Thelma et Louise, côté filles, ou bien Into the wild, pour la grande aventure en solo et aux images signées d'ailleurs du même chef photo. J'ai bien l'intention de découvrir tôt ou tard Carnets de voyage, régulièrement cité comme le film-phare de Walter Salles, inscrit dans les pas d'un dénommé Ernesto Guevara.

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Ailleurs sur la toile...
Vous apprécierez de lire l'analyse de "Sur la route du cinéma".

jeudi 28 juin 2012

Un héros trop discret

Une chronique de Martin

C'est Wikipedia qui me l'apprend: plusieurs films ont choisi le titre The man who wasn't there. Je comprends beaucoup mieux que celui des frères Coen ait été distribué en France sous un nom compliqué rédigé en deux langues: The barber - L'homme qui n'était pas là.

J'avais vaguement repéré son passage à la télé le mois dernier. L'écran allumé quand il a commencé, je me suis gentiment laissé prendre au jeu, fasciné d'abord par la beauté de son noir et blanc. L'anecdote veut d'ailleurs qu'aux États-Unis, pour promouvoir le film sur support DVD, l'éditeur ait exigé qu'une version en couleurs soit également mise en avant. Remercions donc Arte d'avoir bien voulu diffuser le long-métrage tels que ses créateurs l'ont conçu. Il n'y a que les voix américaines qui auront (cruellement) manqué à l'appel...

The barber ? Le coiffeur ? Billy Bob Thornton lui prête ses traits. Moins évident peut-être sur un portrait rapproché, l'intrigue du film se déroule à l'aube des années 50. L'homme a une caractéristique bien peu enviable: parce qu'il ne parle presque pas, personne ne fait jamais attention à lui. Aussi, quand la police déboule dans son salon pour le prévenir que sa femme a été incarcérée, elle ne le voit même pas et s'adresse d'abord à son associé et beau-frère. Cruelle destinée qui fait qu'Ed Crane - c'est son nom - n'est même pas considéré comme un suspect du meurtre de l'amant de son épouse, alors même que, bien sûr, il l'a commis. Je passe sur le pourquoi du comment.

L'enquête policière n'est pas le sujet du film. Aucun des enjeux dramatiques de l'intrigue n'échappe véritablement à notre regard. Comme à leurs habitudes, les Coen brothers préfèrent se concentrer sur les personnages. Femme adultère et idiote d'un cynisme désarmant, Frances McDormand est une nouvelle fois parfaite. D'autres habitués des frangins émergent du casting, en particulier Richard Jenkins, et on notera avec plaisir la présence d'autres stars réputées, comme James Gandolfini ou la jeune Scarlett Johansson. Précision importante: porté par une voix off régulière et une photo impeccable, The barber n'est pas franchement une comédie. J'admets sans mal que le style est là et que certaines scènes improbables sont bel et bien caractéristiques d'une patte. Reste néanmoins que le fond est, si ce n'est tragique, du moins ouvertement pathétique. Certains ont pu parler du long-métrage comme d'une oeuvre mineure. Je ne suis pas d'accord: en multipliant les références aux films noirs, il s'inscrit aussi dans leur tradition. Quand le générique est arrivé, j'avais souvent souri et il me restait un goût amer. Je ne pensais pas en arriver là. Dès que le cinéma soigne autant la forme et le fond, je ne peux finalement que l'aimer.

The barber - L'homme qui n'était pas là
Film américain d'Ethan et Joel Coen (2001)
Pour mon plus grand plaisir et j'espère le vôtre, les frères deviennent des habitués du blog. Je dois encore me retourner vers leurs oeuvres de jeunesse, mais c'est avec enthousiasme que je m'y prépare doucement. Dans leur filmographie, je place Fargo au sommet. Objectivement, Intolérable cruauté est moins puissant, mais j'ai une sympathie particulière pour ce film aussi, sans parler de celle qu'inspire en moi Burn after reading, merveille de bouffonnerie. Restons-en là pour les comparaisons: les Coen sont inimitables !

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Je ne suis pas le seul à aimer ce film...
La preuve, les rédacteurs de "L'oeil sur l'écran" l'ont apprécié aussi. Quant au Festival de Cannes, il l'a salué d'un Prix de la mise en scène.

mardi 26 juin 2012

Le retour du justicier

Une chronique de Martin

Plusieurs critères peuvent faire de Pendez-les haut et court un film particulier pour les fans invétérés de Clint Eastwood. De retour d'Europe après une dizaine d'années de tournage, l'éternel cow-boy chevauche de nouveau ici au coeur des grands espaces américains.

Derrière la caméra, Ted Post, l'homme qui l'a dirigé à 27 reprises dans Rawhide, le feuilleton de ses jeunes années. Le long-métrage ressemble fort à un retour aux sources. L'heure du flower power approche, mais n'est pas encore venue: Dennis Hopper se voit confier un petit rôle, difficile à identifier sous une barbe de prophète.

Son personnage éphémère donne toutefois le ton du long-métrage. Reconnu coupable d'on ne sait quoi, l'homme s'échappe de cellule et, sous les encouragements d'autres gibiers de potence, est alors abattu par le shérif local d'une balle dans le dos. Le seul à rester silencieux au cours de la scène, c'est Clint, accusé d'avoir volé du bétail, sauvé in extremis d'un lynchage, mais malgré tout promis à la corde. C'est quand, innocenté par un tribunal, l'ancien éleveur accepte d'accrocher à sa chemise l'étoile d'un marshall, que Pendez-les haut et court débute véritablement. Assez classiquement, il sera alors question d'une tranche de vie focalisée sur l'envie de vengeance. Un bémol toutefois: cette fois, le cavalier solitaire ne l'est plus et doit rendre des comptes à un juge. Ce qu'Eastwood assumait clairement: "Le film parlait de la peine capitale et de l'injustice. Je sentais qu'il était temps, même si c'était un petit film, d'avancer, me mettant au défi de cette façon". Ce qui ne l'empêchera toutefois pas d'essuyer le feu de la critique pour sa violence. Rien que de très ordinaire, en fait...

Pour l'amateur de westerns que je suis, Pendez-les haut et court reste effectivement un petit film. Clint Eastwood a fait bien mieux avant et après, dans son travail avec d'autres cinéastes et bien sûr sous sa propre direction. On ne peut pas parler d'oeuvre de jeunesse pour un homme âgé alors de 38 ans et qui est devenu une star internationale grâce aux films de Sergio Leone. Certains affirment d'ailleurs que l'acteur aurait volontiers retrouvé le maestro italien pour un nouvel opus, espoir douché par le refus du réalisateur. Resterait alors à apprécier le long-métrage pour ce qu'il est, la pierre angulaire d'une carrière encore en devenir. Le fait que le comédien ne soit pas encore passé à la réalisation n'est pas anodin: efficace dans son jeu, il le sera rapidement de nouveau, une fois arrivé derrière la caméra. Mesurer cette progression, c'est l'une des raisons valables pour retrouver cette ambiance de la fin des 60s, aux heures où l'Amérique n'avait pas encore tout à fait changé. Les cow-boys poursuivront ensuite leur chemin, mais sans guère plus se retourner.

Pendez-les haut et court
Film américain de Ted Post (1968)
J'ai découvert celui-là au hasard d'une programmation télévisée. J'espère bien avoir un jour présenté l'ensemble des longs-métrages de et/ou avec Clint Eastwood. Il m'en manque encore beaucoup ! Typiquement, au rayon westerns, tous les Leone et bon nombre d'autres encore. Pour vous faire patienter, je vous proposerais bien de retrouver L'homme des hautes plaines. Si vous préférez admirer une oeuvre plus récente, c'est incontestablement vers Impitoyable qu'il faut vous tourner. Partez devant: je vous rejoins sur la route...

dimanche 24 juin 2012

Ce qui cogne, ce qui résiste

Une chronique de Martin

Vous la lisez après coup, mais j'ai tenu à rédiger cette chronique avant de connaître le palmarès du 65ème Festival de Cannes. Aussitôt après avoir vu le film, en fait. D'autres avant moi ont parlé du nouveau film de Jacques Audiard, De rouille et d'os. Je peux supposer que vous connaissez au moins les grands traits du scénario.

Adapté de nouvelles de l'Américain Craig Davidson, il raconte l'histoire de Stéphanie, montreuse d'orques dans un parc aquatique, amputée de ses deux jambes après un accident. Elle venait à peine de rencontrer Ali, jeune père un peu paumé venu d'ailleurs en France.

Comme souvent chez Jacques Audiard, je crois, les lieux n'ont pas d'importance déterminante. Seule compte l'histoire des personnages. Isolée dans son malheur, Stéphanie appelle Ali, qui pourrait bien être le dernier à se souvenir d'elle, sans la connaître encore vraiment, sans avoir de jugement à porter sur sa vie d'avant. Deux mondes viennent s'entrechoquer et, point notable, ça semble assez naturel. Ali doit "bousculer" Stéphanie pour qu'elle reprenne goût à la vie. Stéphanie rechigne, mais Ali insiste, pas parce qu'il connaît la réalité de l'existence, mais parce que ça, c'est son attitude en tout, directe, incisive, brute de décoffrage. De rouille et d'os est d'abord l'histoire commune de deux êtres dissemblables, une sorte de mélodrame emporté par la chronique sociale, la vie d'un homme et d'une femme qui prennent des coups et qui se battent. Le point de départ demeure assez anecdotique: l'intérêt premier est dans ce qui est montré.

De rouille et d'os est un film de lutte, tourné au plus près des corps. Jacques Audiard excelle dans le montage de plans de cinéma incroyablement puissants. Cet homme-là sait composer des images qui scotchent la rétine et, s'il ne suit pas ici sa meilleure inspiration littéraire, il reste très au-dessus du lot pour ce qui est des images.

Autre grande force du long-métrage: sa distribution. Le duo principal est juste parfait. Faut-il véritablement tresser de nouveaux lauriers à Marion Cotillard ? Si l'expression du personnage public manque parfois de justesse ou d'à propos, elle démontre ici un talent rare pour composer ce personnage de femme fragilisée, sur le chemin d'une existence nouvelle. En face, Matthias Schoenaerts: le comédien belge a paraît-il beaucoup travaillé pour ne pas en faire trop et rester dans le vulgaire pathos. Le résultat est remarquable d'intensité animale: aux côtés de Stéphanie, il est Ali, sans contestation possible. J'applaudis aussi la prestation des comédiens secondaires. J'ai ainsi eu beaucoup de plaisir à revoir Corinne Masiero en soeur ainée emportée par la crise et Bouli Lanners, impeccable parieur véreux qu'on pourrait croire sorti d'un film noir. Au final, il m'a probablement manqué un tout petit quelque chose pour m'emballer vraiment, mais j'ai tout de même vu un des très bons films français de ce premier semestre 2012. L'oeuvre d'un réalisateur à suivre !

De rouille et d'os
Film français de Jacques Audiard (2012)
Trois étoiles, c'est le minimum. Quatre, ça aurait été un peu trop. J'en ai ajouté une demie pour toutes les qualités que j'ai déjà énumérées: images et distribution. À ce stade, des longs-métrages signés Audiard que je connais, je préfère encore Sur mes lèvres. Avant de voir et d'évoquer Un prophète, je vous recommande aussi De battre mon coeur s'est arrêté. J'en reparlerai d'ailleurs un jour ou l'autre. Pas très envie aujourd'hui de citer d'autres réalisateurs.

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Pour être tout à fait complet...
Il me faut dire encore que le film est très vigoureusement défendu par Pascale, sur son blog "Sur la route du cinéma". Et, bien qu'il soit probable que vous le sachiez déjà, qu'il est revenu de Cannes 2012 sans la moindre récompense. Partie remise à la soirée des Césars ?

samedi 23 juin 2012

Le moment d'en profiter

Une chronique de Martin

Je n'apprendrai sûrement rien à ceux d'entre vous qui fréquentent assidûment les salles obscures. Je m'adresse d'abord aux autres, amateurs intermittents ou passionnés pour qui l'écran grand format reste un luxe, savouré à toute petite dose. L'édition 2012 de la Fête du cinéma commence demain et se prolonge jusqu'à mercredi inclus. Une bonne occasion de se faire plaisir, que ce soit seul ou entre amis.

Pas de mystère sous cette image, mais le constat que le tarif 2012 est encore plus avantageux que celui retenu pour 2011: il faut certes acheter une première place au prix plein, mais ensuite, toute séance supplémentaire est accessible pour 2,5 euros seulement. Précision importante: les majorations pour l'option 3D demeurent. Le moment d'en profiter pour voir d'autres films auxquels vous aviez renoncé...

jeudi 21 juin 2012

Le musicien de jazz

Une chronique de Martin

Fête de la musique oblige, j'ai cherché à vous présenter aujourd'hui un film musical. Un ami à moi (hello, Benoît !) s'étonnait justement que je n'aie jamais vu Bird, la belle oeuvre de Clint Eastwood consacrée au jazzman Charlie Parker, des années de Dizzy Gillespie, Fats Domingo et Miles Davis. Un petit emprunt à mon cher parrain plus tard, j'ai eu l'occasion dernièrement de rattraper cette lacune. Admettons tout de suite que je n'écoute pas beaucoup de jazz...

Clint Eastwood, lui, est un amateur éclairé et un jazzman pratiquant ! Si j'en crois un livre que j'ai sur lui, ce film rend hommage à une de ses idoles, de près de dix ans son aîné. Objectivement, pas besoin d'être incollable sur la - courte - carrière de Bird: nous y plongeons aussitôt pour découvrir une personnalité tourmentée, qui doit faire face à la mort de son enfant. Le film s'ouvre sur le retour au foyer d'un père dépassé par les événements. En piteux état, Parker s'explique avec sa femme un soir d'orage et, un instant plus tard, dans la salle de bains, tente de se suicider. Secouru à temps, il prend finalement le chemin de l'hôpital psychiatrique, jusqu'à ce que son épouse refuse son enfermement. Finalement habituée aux névroses de son époux et toujours assurée de leur amour réciproque, Chan peut être le vrai premier personnage du long-métrage. Comme très souvent chez Clint Eastwood, les faits et gestes du héros sont abordés par la voie intime et, donc, le drame.

Le film dure deux heures et demie: autant vous dire que vous aurez largement le temps de bien connaître Charlie Parker et, sans doute, de le comprendre mieux. Je ne suis pas allé très loin pour vérifier l'absolue véracité de ce qui est présenté à l'écran, notant simplement qu'au générique, Chan est citée pour son "inestimable contribution". Après la disparition de Charlie au printemps 1955, elle a vécu jusqu'en 1999, se remariant avec un autre saxophoniste, Phil Woods, et venant habiter en France - Bird ne montre rien de cet après. Nouvelle parfaite reconstitution d'époque, le long-métrage concentre son propos sur ce début des années 50. Il laisse bien sûr une part capitale à la musique. C'est d'ailleurs ce qui a rendu le tournage particulièrement compliqué, Clint Eastwood s'avérant très déterminé à utiliser les enregistrements originaux. Il aura fallu dix-huit mois d'un travail acharné sur le son pour accomplir l'adaptation technique nécessaire. Le résultat fait du film l'une des oeuvres les plus abouties du genre, d'autant que, plastiquement, la photo est superbe. L'incroyable maîtrise des clairs-obscurs toujours chers au maître américain n'a malheureusement pas suffi à apporter au long-métrage le succès public. Le jeu de Forest Whitaker lui a tout de même valu un Prix d'interprétation cannois. Je suis du camp de ceux qui disent qu'une récompense comparable pour Diane Venora n'aurait pas été imméritée. Un vrai petit chef d'oeuvre... à reconsidérer d'urgence.

Bird
Film américain de Clint Eastwood (1988)
L'air de ne pas y toucher, le film est aussi une fresque sur l'Amérique et ce qu'elle était au sortir de la seconde guerre mondiale. Discrètement mais sûrement, Clint Eastwood dit deux-trois mots critiques sur les institutions, notamment de ces hôpitaux soucieux de "soigner" les malades par séances d'électrochocs - une réalité qu'on retrouvera dans L'échange. Autre piste: l'étude de la relation entre un homme noir et une femme blanche dans une société restée très strictement ségrégationniste. Coincé entre Le maître de guerre et La dernière cible dans la carrière eastwoodienne, Bird marque une rupture significative: c'est la toute première fois que l'acteur reste tout le temps derrière la caméra, concentré sur la réalisation. Raison supplémentaire pour le découvrir ou le revoir d'un autre oeil ?

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D'autres avis toujours précieux...
Pascale, de "Sur la route du cinéma", ne le présente pas exhaustivement, mais indique qu'elle en fait sa Palme d'or 1988. Rédacteurs de "L'oeil sur l'écran", Elle et Lui lui font un triomphe également. Vous voyez: je ne suis pas seul à l'évoquer avec ardeur !

mercredi 20 juin 2012

Des news de Bill et Bruce

Une chronique de Martin

Tiens, à la recherche d'une idée de chronique, j'ai pensé sympathique de vous donner quelques nouvelles de deux des acteurs déjà évoqués dans la précédente, les sieurs Murray et Willis. Les années passent sur eux sans altérer leur popularité. La soixantaine entamée, Bill enchaîne: déjà deux films programmés dans les tout prochains mois.

Dans Week-end royal, il troquera son costume bariolé pour celui beaucoup plus sobre de Franklin D. Roosevelt. L'occasion de raconter l'histoire d'amour entre le président américain et une cousine éloignée. Roman Coppola lui offrira alors A glimpse inside the mind of Charles Swan III, comédie sur un type... quitté par sa petite amie.

Bruce, lui, ne fêtera ses 60 ans qu'en 2015. Le millésime actuel devrait voir quatre de ses films sortir sur les écrans, à commencer par les action movies G.I. Joe - Conspiration et Expendables 2. Entre les deux, un projet dont je ne connais guère que le titre américain - Fire with fire - et où il jouera un pompier. On a aussi une petite chance de l'admirer dans Looper, long-métrage intriguant sur le papier: aux côtés de Joseph Gordon-Levitt, il y sera un tueur missionné pour... s'assassiner lui-même, dans le futur ! Pourraient ensuite débarquer le nouvel - et cinquième - épisode de la franchise Die Hard, actuellement en tournage, et un autre long-métrage calibré 100% testostérone avec Jamie Foxx. Ce type est insatiable ! Restera tout de même à confirmer si tout sera visible chez nous...

lundi 18 juin 2012

Le temps de l'amour

Une chronique de Martin

Suzy aime Sam. Sam aime Suzy. Point de départ banal pour un film qui ne l'est pas. Car s'il est clair que le septième art a maintes fois évoqué le sentiment amoureux, rares sont les films où il s'empare d'un couple... d'enfants. C'est le cas dans Moonrise Kingdom, oeuvre qui a lancé il y a quelques semaines le 65ème Festival de Cannes.

D'aucuns, bons connaisseurs du réalisateur Wes Anderson, jugeront que son travail est ici trop léché. Pas moi. Je n'ai encore vu que deux des longs-métrages du cinéaste, celui-là compris, et conserve donc un regard profane sur sa filmographie. Chaque chose en son temps.

Comme la première image d'aujourd'hui le suggère, Sam est scout. Peu apprécié de ses condisciples, il s'évade du camp pour rejoindre sa bien-aimée. Suzy, elle, est la seule fille d'un couple d'avocats plongés dans la routine conjugale. Ses parents la considèrent vaguement comme une adolescente à problèmes, eux qui ont déjà tant de mal à gérer les trois petits frères de leur aînée. Suzy et Sam semblent faits pour s'entendre: leur apparence d'enfants ordinaires est trompeuse et leur histoire familiale - le garçonnet est orphelin - les rend extraordinaires... l'un pour l'autre. Et Moonrise Kingdom ? Quel est ce mystérieux royaume du lever de lune évoqué par le titre du film ? Je vous laisse le découvrir. Sachez juste que le scénario démarre par les retrouvailles de Sam et Suzy. Et tourne ensuite autour des démarches organisées par les adultes pour les retrouver.

Moonrise Kingdom est bien un film dont les héros sont des enfants. C'est un film tendre et drôle, mais pas seulement. Si le monde sauvage lui-même paraît un havre pour les petits, il se conçoit également comme le territoire des grands, ces gens si "raisonnables" et si désespérément tristes. Le long-métrage montre parfaitement que la voie la plus sage n'est pas forcément celle qu'on peut croire. Au-delà de la quasi-perfection technique avec laquelle ce message est livré, si la réalisation de Wes Anderson m'a séduit, c'est aussi parce que j'y ai découvert deux jeunes comédiens vraiment épatants. Kara Hayward et Jared Gilman m'ont d'autant plus fait plaisir à voir qu'ils signent là leur toute première apparition au cinéma. Âgés d'environ 12-13 ans au moment du tournage, et donc exactement l'âge de leur personnage, ils m'ont presque fait oublier les stars réunies autour d'eux. Sacrée performance quand l'histoire s'appuie aussi sur les talents confirmés de Bruce Willis, Edward Norton, Harvey Keitel, Bill Murray, Jason Schwartzman, Frances McDormand ou Tilda Swinton. Autant d'adultes qui ont un rôle important à jouer, parfois à contre-emploi, mais qui laissent la vedette aux gosses. Franchement, le résultat est vraiment une très touchante réussite.

Moonrise Kingdom
Film américain de Wes Anderson (2012)
Faut-il le comparer à Max et les maximonstres, comme l'a suggéré l'amie avec qui je suis allé le voir ? Pas sûr. Bien qu'il soit question d'enfants dans les deux cas, l'oeuvre d'aujourd'hui permet de s'évader à partir du monde réel, quand sa devancière imaginait un univers parallèle, mais accessible à partir du nôtre. J'aime les deux idées. L'intérêt de les comparer ne me paraît pas flagrant. Autant dès lors vous orienter vers d'autres films tendres sur l'enfance, tels La guerre des boutons, Les Goonies ou Super 8. Je reviendrai assurément tôt ou tard sur l'oeuvre de Wes Anderson et, en attendant ce jour, peux vous conseiller son film précédent: le bien nommé Fantastic Mr. Fox.

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Ce qu'il convient encore d'ajouter...
C'est que j'ai écrit cette chronique sans connaître le palmarès officiel du Festival de Cannes. Le film est finalement reparti bredouille. Pascale, de "Sur la route du cinéma", vous donne son avis.

samedi 16 juin 2012

Les dollars ou la prison

Une chronique de Martin

La bande originale de The Blues Brothers ? Je me souviens: c'est l'un des premiers albums que j'ai achetés. En revanche, je ne sais plus comment j'avais connu cette musique. Le film, je l'ai découvert récemment, bien longtemps après. J'avais encore en tête l'image classique de Jake et Elwood Blues en costumes noirs, chapeaux noirs et lunettes noires. Point de départ: le premier frère sort de prison.

L'autre l'attend à l'extérieur... dans une voiture de police. Musiciens intermittents de la légalité, les deux gaillards cherchent de l'argent. Leur idée, c'est en effet de venir en aide à l'orphelinat où ils ont été éduqués. La mère supérieure qui le dirige leur apprend qu'il sera fermé si la communauté ne peut régler 5.000 dollars d'arriérés fiscaux. Elwood se sent "en mission pour le Seigneur": la solution préconisée, c'est de reformer The Blues Brothers, ce qui nécessite d'aussitôt partir à la recherche des anciens membres du groupe. Argument de scénario simpliste, certes, mais parcours semé d'embûches: sur la route, les deux frangins croiseront des flics déterminés à les renvoyer en prison, des militants néonazis humiliés et revanchards, ainsi que l'ex-petite amie de Jake, abandonnée quelques jours avant le mariage et pas tellement prête à pardonner. Logiquement, à ce stade, vous devriez déjà avoir compris que le film n'est pas très sérieux. Ce n'est rien de le dire ! La course-poursuite qui s'engage entre les Blues et tous ceux qui veulent en découdre avec eux dure - presque - jusqu'au générique final. Elle est rythmée par de nombreux standards de rythm'n'blues américain. Ça swingue !

C'est même l'intérêt du long-métrage, que d'aucuns ont pu présenter comme une comédie musicale. Aux côtés du duo mythique constitué par John Belushi et Dan Aykroyd, on voit défiler un nombre impressionnant des grandes vedettes de la musique afro-américaine de l'époque, de James Brown à Aretha Franklin, en passant notamment par Cab Calloway, Ray Charles et John Lee Hooker. Évidemment, mieux vaut apprécier ces sonorités pour profiter pleinement du spectacle. The Blues Brothers ? Ils vivent d'ailleurs eux-mêmes en vrai groupe et c'est donc en bonne et belle harmonie que tout ce petit monde chante et danse. Que les cinéphiles restent concentrés: le film leur envoie aussi quelques clins d'oeil amusants via la présence - il est vrai souvent furtive - de stars du grand écran. On aperçoit ainsi Frank Oz, Carrie "Princesse Leia" Fisher et même, en restant particulièrement attentif, le jeune... Steven Spielberg ! Les péripéties de l'intrigue, elles, tournent autour des roublardises des Blues et des carambolages automobiles. Trop sérieux, s'abstenir !

The Blues Brothers
Film américain de John Landis (1980)
Je crois ne pas faire offense au cinéaste en disant que c'est sa bande originale qui fait que le long-métrage est resté dans les annales. Peut-être jugez-vous que ce n'est pas un motif suffisant pour le voir. C'est pourtant d'après moi le principal des bons: le premier plaisir profite bien aux oreilles. Pour les yeux et l'esprit, il faut savoir apprécier le long-métrage pour ce qu'il est: une vraie pantalonnade. La seule comparaison qui me vient est Un monde fou, fou, fou, fou. Autant avouer que tout cela n'est pas des plus sensés non plus...

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Au fait, chers amis cinéphiles...
Dans la nuit d'hier à aujourd'hui, Mille et une bobines vient d'effacer une nouvelle barre symbolique: celle des 40.000 visiteurs. Notez bien que le compteur s'est parfois emballé pour rien, mais ça fait plaisir !

jeudi 14 juin 2012

Le vampire malgré lui

Une chronique de Martin

Tim Burton ne me surprend plus. C'est sans doute un peu brutal exprimé ainsi, mais c'est pourtant la vérité: le maître du cinéma gothique me semble tourner en rond. Je n'ai pourtant pas hésité longtemps avant d'aller voir Dark shadows, son dernier opus. L'envie de revoir Johnny Depp cabotiner sous les traits d'un personnage inédit était trop forte. J'ai choisi la VO pour accroître le plaisir. Conclusion: j'ai passé un bon moment. Aucun vrai regret à signaler.

En fait d'originalité, Dark shadows n'est rien d'autre que l'adaptation cinéma d'une série télévisée des années 60-70. L'histoire ? C'est celle de Barnabas Collins, fils d'un marin de Liverpool parti à la conquête de l'Amérique. Enfant d'une famille prospère, le jeune nobliau a aimé une femme à la fin du 18ème siècle. Une autre, sorcière de son état, lui a jeté une malédiction, a poussé sa promise au suicide, l'a transformé en vampire et enfermé deux siècles au fond d'un cercueil. Le long-métrage débute ainsi. Images de Tim Burton, musique signée Danny Elfman, terrain de jeu familier. Une fois Johnny/Barnabas libéré de ses chaînes, le scénario nous transporte jusqu'en 1972. Et c'est là que ça devient drôle, les sombres créatures de la nuit devant s'adapter au temps des yéyés et du flower power. J'aime autant vous dire que, libre de ses mouvements et ayant su résister à la mort, la sorcière y est parfaitement bien parvenue. Cheveux teints en blond, Eva Green est une garce diablement sexy ! De quoi susciter chez le vampire spolié des envies de vengeance...

Si le film a un défaut, c'est peut-être un léger manque d'équilibre. Référence de ces mondes occultes, Tim Burton connaît des difficultés pour passer à autre chose. Son style graphique n'est pas en cause. Dans les décors, costumes et autres accessoires, le réalisateur fait merveille pour composer un univers crédible. Le fait qu'il tourne cette comédie aujourd'hui ajoute du piquant: pour nous, spectateurs de 2012, la décennie 70 a un aspect un peu kitsch, visible à l’écran. Le double travail de reconstitution parodique qu'offre cette version contemporaine de Dark shadows est irréprochable. Dès qu'il s'agit toutefois d'introduire un peu d'insolite, le long-métrage patine légèrement. C'est vrai qu'on s'amuse: outre ceux que j'ai déjà nommés, les comédiens sont convaincants, à commencer d'ailleurs par les deux "anciennes", Michelle Pfeiffer et Helena Bonham Carter. Seulement voilà: malgré une bonne distribution, les personnages secondaires semblent effacés et l'intrigue réduite à quelques scènes d'exposition avant le déchaînement des images. De bonnes idées subsistent et tirent le long-métrage vers le haut de la production actuelle. Ma (toute petite) déception tient à ce que je me suis dit que ça aurait été meilleur avec un rien de noirceur supplémentaire. Agréable surprise, cependant: les quelques allusions... graveleuses !

Dark shadows
Film américain de Tim Burton (2012)
Le réalisateur a fait mieux, le réalisateur a fait pire. J'ai l'intention d'évoquer bientôt Sleepy Hollow, celui de ses films que je préfère parmi ceux que je connais. Je me demande en fait si le cinéaste n'aurait pas intérêt à chercher ailleurs la touche fantastique qui fait la particularité de son cinéma. Après tout, il y était plutôt bien arrivé avec Big fish. J'attends maintenant sa deuxième création de 2012. Frankenweenie prolongera un court-métrage de 1984 et, soutenu par l'imagerie habituelle, marquera son retour au cinéma d'animation.

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Un petit contrepoint critique ?
Si ça vous tente, vous pouvez aller lire "Sur la route du cinéma". Autre point de vue: celui de "L'impossible blog ciné", très négatif.

mardi 12 juin 2012

Sacrés spermatozoïdes !

Une chronique de Martin

Drôle de titre, hein ? Vous pourrez le comprendre en regardant le film présenté aujourd'hui: Monty Python - Le sens de la vie. Il y a déjà belle lurette que je n'avais rien vu du groupe britannique. J'ai découvert que cet opus de leur folle carrière a connu un vrai succès auprès des professionnels de la profession: il fut en effet couronné d'un Grand Prix spécial du jury au Festival de Cannes 1983 ! L'humour n'a pas droit de cité sur la Croisette tous les matins: autant profiter de cette drôle d'oeuvre pour s'en payer d'emblée une bonne tranche !

Monty Python - Le sens de la vie n'est pas une comédie prévisible. C'est d'abord un film à sketchs. On y découvre des poissons philosophes, un professeur expliquant à ses élèves les règles élémentaires d'un rapport sexuel efficace, un pauvre bougre contraint à donner son foie, des soldats déguisés en tigre, un homme capable d'avaler des quantités tout à fait conséquentes de nourriture avant de les vomir aussitôt et la Grande Faucheuse, qu'une mousse de saumon avariée incite à faire son travail à l'heure du dîner. Oups... j'allais l'oublier: il y a aussi une machine qui fait "ping" ! Comme tant d'autres avant lui, le long-métrage a un début - et même en réalité une introduction au cours de laquelle les vieux employés d'une compagnie d'assurance mènent une mutinerie contre l'autorité de leurs jeunes patrons. Suivent un milieu de film (si !) et une fin. La question qui demeure, c'est celle de la signification de tout ça...

Je crois qu'il ne faut pas attendre midi à quatorze heures: le sens caché n'existe pas. Pour apprécier cette véritable folie cinématographique, il faut la prendre au tout premier degré. Certaines scènes m'ont vraiment plu: j'aime la volonté de surenchère visuelle et le pur comique de situation. À l'inverse de ce que son titre aurait pu suggérer, Monty Python - Le sens de la vie ne délivre aucun message. Pas besoin toutefois de chercher bien loin pour lire une ironie complète à l'égard du fait religieux ou de l'esprit militaire. Pour le reste, on a du mal à placer le film dans une petite case critique: il faudrait presque qu'elle soit créée pour lui. On en vient même à se demander: mais comment font-ils pour être aussi fous ? Est-ce l'abus de substance illicite pendant leur jeunesse ? Peut-être. Je pencherai plutôt pour l'idée d'une imagination débridée. On doit accepter de naviguer sans repère pour "comprendre" pareille blague.

Monty Python - Le sens de la vie
Film britannique de Terry Jones (1983)
Trois étoiles pour l'originalité du "truc" et une moitié d'autre censée récompenser l'abattage de la bande: j'avais lu que le groupe signait ici son oeuvre la moins accessible. Pas faux: comme énoncé, il vaut mieux admettre de s'y perdre pour vaguement rester à la surface compréhensible d'un cinéma farfelu et alors apprécier le spectacle proposé à sa juste valeur. Pas de comparaison possible. Un film comme L'imaginarium du docteur Parnassus - de l'ex-Monty Python Terry Gilliam - reste incroyable, mais aussi franchement plus clair !

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Pour compléter mon propos...
Je vous oriente vers l'analyse publiée sur le blog "L'oeil sur l'écran".

dimanche 10 juin 2012

Au coeur des femmes

Une chronique de Martin

Je vous ai parlé mercredi d'un film de Pedro Almodovar. Pour finir cette semaine, en voici un autre: Volver. Le tout premier souvenir que j'ai attaché à ce long-métrage, c'est une expression spontanée de mon père: "Ça, c'est du cinéma !". Il était allé découvrir l'oeuvre en salles, ce qui n'a pas été pas mon cas. C'est une fois encore à Arte que je dois l'opportunité de l'avoir vue à mon tour. J'ajoute qu'effectivement, ça, c'est du cinéma ! Et même du bon, mes amis !

Pedro Almodovar y retrouve Penelope Cruz. Elle que je présente volontiers comme la plus jeune des égéries du réalisateur joue ici, contre toute attente, une mère. Mal dans son couple, Raimunda doit apprendre à élever seule sa fille adolescente, depuis que l'intéressée a poignardé son père adoptif, qui menaçait de la violer ! Le film démarre presque là-dessus, en fait sur un très beau plan-séquence autour d'un groupe de femmes nettoyant les tombes d'un cimetière. Le ton général est donné: Volver n'est assurément pas une comédie. D'ailleurs, au départ, on ne sait pas très bien où il nous emmène...

Le genre du long-métrage est à vrai dire difficile à définir exactement. Très ponctuellement, le scénario prête à sourire. L'avalanche de catastrophes qui accable d'emblée la pauvre Raimunda paraît juste incroyable ! Une tante qui décède brutalement, un mari assassiné enfermé dans le congélateur, une soeur qui croit communiquer avec l'esprit d'une mère défunte depuis quatre ans déjà, une fille terrorisée... ça fait beaucoup pour une seule femme. Du coup, et c'est bien ce qui est formidable avec Volver, le scénario va placer les autres personnages à égalité. L'histoire qui est racontée n'est pas celle d'une femme, mais celle de plusieurs femmes. Cannes ne s'y est pas trompée cette fois: le Festival a eu la bonne idée d'octroyer un Prix d'interprétation collectif à toutes les comédiennes de la distribution. Sans avoir peur de me tromper, je dirais volontiers que Pedro Almodovar les aime toutes. Oui, ça se sent !

Au-delà de l'implication de Penelope Cruz, le film mérite également des bravos pour les belles prestations de Lola Duenas, Blanca Portillo et Yohanna Cobo. J'adresse pour ma part des compliments particuliers à Carmen Maura. Souvenez-vous: un peu honteusement cet hiver, j'avais admis ne pas connaître cette comédienne espagnole, saluée d'un César. Elle m'a ici véritablement subjugué dans un rôle de femme-fantôme... que je préfère vous laisser découvrir. En l'absence de tout homme, Volver a presque des allures d'oeuvre fantastique. Son petit monde reste pourtant très rationnel et ouvert à toutes les âmes qui voudront bien y entrer. L'opportunité mérite d'être saisie: l'air de rien, un aréopage de brillantes actrices nous parle ici de l'amour, du temps qui passe, du chagrin, du pardon, en un mot de la mort et de la vie. C'est un beau chemin. Je l'ai parcouru emporté par l'émotion, jusqu'au merveilleux générique final.

Volver
Film espagnol de Pedro Almodovar (2009)
Il me restera désormais à parler de Tout sur ma mère, un autre film du même réalisateur que je prévois de voir prochainement. Je suis presque convaincu déjà que le cinéma de l'Espagnol ne ressemble finalement qu'à lui-même, ce qui me donne envie de m'y replonger rapidement. Patience, chers lecteurs: je n'ai pas aujourd'hui de film comparable à vous proposer. Laissez-moi le temps d'y repenser...

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Impatients ? J'ai une proposition à vous faire...
Vous pouvez de nouveau vous rendre sur deux des blogs dont je parle souvent ici: vous constaterez ainsi qu'Elle et Lui, les rédacteurs de "L'oeil sur l'écran", sont un peu moins enthousiastes que moi. Pascale, elle, l'est bien davantage, comme vous pourrez le remarquer grâce à sa chronique publiée sur son site "Sur la route du cinéma".

vendredi 8 juin 2012

Monsieur 100.000 volts

Une chronique de Martin

Toc toc badaboum, c'est lui ! Mais non, pas Gilbert Bécaud ! LUI ! L'acteur le plus tapageur du cinéma à la française, le père - spirituel - de notre cher Jean Dujardin: Jean-Paul Belmondo, pour vous servir.

Certains de mes potes idolâtrent Bébel. Pour ne pas mentir, je dois admettre de sérieuses lacunes dans sa filmographie. Je n'ai pas mis plus que quelques jours à dévorer sa biographie, mais je le connais encore très mal à l'écran. Une mauvaise excuse: quand L'incorrigible est sorti, je n'avais pas six mois. Je me rattrape, tout doucement.

L'incorrigible, c'est Victor Vauthier, escroc à peine libéré de prison. Populaire parmi ses gardiens, le drôle reste placé dans le collimateur de la justice: on lui assigne même un juge d'assistance post-pénale. Évidemment, Bébel oblige, le magistrat est une femme, jeune assurément et jolie bien sûr, que ses parents, M. et Mme Pontalec, ont eu la bonne idée d'appeler Marie-Charlotte. Et on repart aussitôt pour l'histoire du voyou qui séduit la donzelle de bonne famille ! Avis à ceux qui espéraient un scénario original: il est inutile d'espérer davantage. Aussitôt que le film commence, on sait parfaitement comment il va se terminer. Ce n'est sans doute pas le plus important.

L'important, c'est lui, bien sûr, Jean-Paul Belmondo, dans un film parfaitement aligné sur son titre. La méga-star vampirise l'écran. Pourtant pas mauvais, les autres comédiens sont vite réduits au rôle de faire-valoirs, exception faite du très truculent Julien Guiomar. Malgré une belle carrière avant et après, Geneviève Bujold, elle, passe quasi-inaperçue, peut-être aussi parce qu'elle est canadienne. Outre les sautillements perpétuels de son premier personnage masculin, L'incorrigible mérite toutefois le détour pour une raison annexe: ses dialogues signés Michel Audiard. Une heure et demie d'un français argotique et citadin comme cerise d'un modeste gâteau.

L'incorrigible
Film français de Philippe de Broca (1975)
Comme moi, le long-métrage a un peu vieilli: si je lui ai attribué trois étoiles et demie, c'est bien pour saluer la prestation de l'ami Bébel, inimitable. Je crois toutefois pouvoir dire qu'il a fait mieux. Philippe de Broca aussi, sans doute, au cours d'une carrière poursuivie jusqu'à sa mort, en 2004. Vous en jugerez en regardant par exemple Le cavaleur, avec mon idole à moi, elle aussi montée sur ressorts: vous aurez sans mal reconnu Monsieur Jean Rochefort.

mercredi 6 juin 2012

Le choix de Lena

Une chronique de Martin

Lena est la jeune secrétaire d'un grand patron espagnol. Elle devient son amante par opportunisme, espérant profiter de son carnet d'adresses pour trouver un médecin capable de soigner son père. Quelques années passent et le couple s'est installé dans la routine. Montée dans l'ascenseur social, Lena rêve de devenir comédienne.

J'avais renoncé à découvrir Étreintes brisées au cinéma, la lecture d'une critique ayant cassé mon élan vers un film alors présenté comme la plus "auto-référencée" des oeuvres de Pedro Almodovar. Son passage récent sur Arte m'a permis de l'appréhender enfin. Décidément, je deviens un grand fan de la chaîne franco-allemande !

Comme d'habitude à la télé, il n'y a que l'absence de VO qui m'a chagriné. Étreintes brisées s'inscrit toutefois comme l'un des temps forts de mes explorations cinéphiles. Comme son titre l'évoque clairement, le film évoque des amours contrariées. Le mari de Lena espère retenir sa femme, mais n'y parvient pas. Cette dernière s'évade dans les bras d'un autre sur les plateaux de cinéma, butant toutefois sur la sombre réalité de la jalousie au moment de lâcher prise. Et d'autres personnages encore composent la mosaïque subtile de ce drame intimiste. J'ai dénoué l'écheveau petit à petit, le coeur serré. Une vraie tension traverse le long-métrage de part en part. Quelque chose de beau et de douloureux à la fois.

Je veux simplement vous conseiller de laisser le temps au temps. C'est très progressivement que le scénario développe ses arguments dramatiques. Pedro Almodovar en appelle à quelques grands anciens pour offrir une mise en scène de toute beauté. Les images composées par l'Espagnol sont magnifiques, habitées par la grâce d'acteurs inspirés. C'est de fait l'une des très bonnes raisons de voir le film: outre la star Penelope Cruz, dont la justesse de jeu surligne la beauté envoûtante, Étreintes brisées offre de goûter aux talents multiples d'une distribution ibérique de haut vol. Il était revenu bredouille du Festival de Cannes 2009, à la surprise me semble-t-il d'une partie de la profession. Il m'a plu de le voir hors-contexte. Gardez si possible une boîte de Kleenex à portée de main...

Étreintes brisées
Film espagnol de Pedro Almodovar (2009)
Qu'on m'épargne les rétrospectives: j'ai encore bien trop de lacunes dans la filmographie du cinéaste castillan pour juger l'oeuvre d'aujourd'hui à l'aune de ses devancières. Ce que je peux souligner cependant, c'est que j'avais moins aimé Parle avec elle, le seul autre de ses longs-métrages présentés ici. Patience: je ferai la chronique d'un troisième très prochainement. J'ai aussi d'innombrables trésors à découvrir avec le cinéma espagnol. À noter cette fois un clin d'oeil à Luis Bunuel et à Belle de jour, autre film que je vous recommande.

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Des avis complémentaires...
Que Pascale, rédactrice de "Sur la route du cinéma", accepte désormais de me pardonner: contrairement à ce que j'avais affirmé dans un premier temps, sa chronique peut toujours être consultée. Celles du duo de "L'oeil sur l'écran" sont tout aussi enthousiastes. Bref, chez mes confrères de blog aussi, le film suscite l'admiration.

lundi 4 juin 2012

Révélé à lui-même

Une chronique de Martin

J'ai découvert Kevin Kline avec Un poisson nommé Wanda, chef d'oeuvre d'humour britannique qu'il me faudra présenter un jour. L'acteur américain est aussi le héros de In & out, l'un des rares films comiques autour de l'homosexualité. Le personnage auquel il prête ses traits s'appelle Howard Brackett: prof de littérature classique dans un lycée du fin fond des États-Unis, il s'apprête à se marier après trois années de fiançailles. Un beau soir, sa promise et lui regardent la télé: un ancien élève participe à la soirée des Oscars.

Télécommande en main, Howard croit rêver: vainqueur, le garçon qu'il a formé lui rend hommage et évoque... son homosexualité. Quoi ? Un futur marié gay ? C'est tout simplement impensable ! Impossible en tout cas d'annuler la cérémonie pour si peu ! L'argument suffit toutefois à faire de In & out un petit film original et sympa. La première chose à remarquer, c'est sa durée. En moins d'une heure trente génériques compris, le long-métrage fait le tour de la question. C'est une réelle qualité: il ne traîne pas en longueur. Aussitôt que révélée à la planète entière, l'homosexualité supposée de Howard change radicalement le cours de sa vie. Trop tranquille jusqu'alors, l'existence du héros devient aussitôt frénétique. Si j'ose dire, le destin se met en marche, pour le meilleur et pour le pire...

Rien d'extraordinaire là-dedans, mais quelques belles choses à voir néanmoins. Si la réalisation reste très classique, le jeu des acteurs augmente significativement l'intérêt du film. Par ordre croissant d'importance, je citerai d'abord Debbie Reynolds et Wilford Brimley. Parents de Howard, ils font tout pour que la noce ait lieu à la date prévue. Ensuite, il y a Joan Cusack: Emily, la future mariée, tient vraiment à convoler... pour justifier enfin le très rude régime alimentaire auquel elle s'est soumise. In & out permet également d'apprécier les talents comiques de Tom Selleck: sa moustache désormais coupée, Magnum joue un journaliste vraiment futé. Reste donc sa "victime", Monsieur Kevin Kline, qui paraît ici se moquer gentiment d'un Oscar qu'il a lui-même reçu quelques années auparavant - le film s'inspirant aussi des remerciements à l'Académie de Tom Hanks ! Et Kevin Kline, donc ? Pas délirante, sa prestation reste assez exubérante pour permettre d'y croire. Ah bon ? Ben oui !

In & out
Film américain de Frank Oz (1997)
Une fois encore, je laisse le film répondre à la question du pourquoi du titre. C'est la deuxième fois que je le voyais: je l'ai aussi trouvé moins drôle que la première. Connu également comme voix de Yoda dans la série Star Wars, Frank Oz... ose aller encore un peu plus loin dans Joyeuses funérailles. En fait de nature consensuelle, le regard qu'il porte sur l'homosexualité défrise moins que celui du duo Poiré/Serrault dans La cage aux folles. Tout en restant bien sûr beaucoup moins pesant que Le secret de Brokeback Mountain...

samedi 2 juin 2012

Souvenirs de la fac

Une chronique de Martin

Parler politique sur ce blog ? Je n'en ai jamais eu l'intention. J'avais toutefois songé suivre l'actualité présidentielle pour évoquer un film sur le sujet. Raté ! L'occasion ne s'est pas présentée. La soirée consacrée au débat Hollande/Sarkozy, je l'ai passée seul chez moi pour regarder... 13 semestres, un film allemand diffusé par Arte.

Aucun regret citoyen: j'ai passé un agréable moment. Je déplore simplement que les longs-métrages d'outre-Rhin ne nous parviennent qu'aussi peu nombreux. Une déclaration presque politique, ça, tiens !

Pas besoin de connaître l'Allemagne pour comprendre 13 semestres. Le film tourne autour du personnage de Moritz, jeune bachelier devenu étudiant en mathématiques financières. Quand l'histoire commence, Momo s'apprête à passer son examen final. Flash-back rapide: le revoilà au volant d'une vieille ruine automobile, en route vers la ville et son inscription à la fac. Parti avec son pote Dirk, Momo croisera vite le chemin de Bernd, futur colocataire, Aswin, Indien exilé plus doué pour le calcul que pour les langues, et Kerstin, jolie brune aux yeux clairs, absolument irrésistible. Je peux croire que ça vous rappelle des choses et je pense que c'est fait pour. Ceux qui ont déjà eu l'occasion de s'asseoir sur les bancs d'une université seront en terrain familier. Le long-métrage s'intéresse toutefois d'abord à tout ce qui tourne autour de la vie estudiantine. Révisions d'examen, fêtes alcoolisées et premières amours... que du bonheur !

Cette chronique des années folles est plutôt bien foutue. D'une durée raisonnable, elle est en tout cas très sympathique à suivre. Chacun des acteurs livre une bonne partition et le groupe forme une bande crédible, à fort pouvoir d'identification. En tant que germanophile convaincu, je dois dire que j'ai bien apprécié de découvrir l'ensemble de ces comédiens, pestant de ne pas pouvoir les entendre en VO. J'ajoute que 13 semestres m'a aussi séduit sur la forme. Le montage rend le film assez ludique et le récit se déroule sans temps mort. Sans être frénétique, le rythme est soutenu, tel celui de la jeunesse. Bien qu'il se déroule sur six ans et demi, le long-métrage reste toujours très lisible et d'accès facile. Il offre également la possibilité d'apprécier des musiques un peu nouvelles dans la bande originale. Pas sûr que cela suffise à transporter tout le monde, mais j'ose croire qu'il y a là de quoi faire sourire les plus blasés d'entre nous. Oui, le cinéma allemand peut lui aussi vibrer d'une vraie vitalité !

13 semestres
Film allemand de Frieder Wittich (2010)
La première création du réalisateur ! Elle m'en a aussi rappelé d'autres, découvertes avant elle, notamment (500) jours ensemble. Dans cet autre film, il est toutefois question de jeunes travailleurs. Pour retrouver l'ambiance du parcours étudiant, L'auberge espagnole de Cédric Klapisch reste pour moi une référence incontournable. J'aimerais également recommander Good bye Lenin à celles et ceux parmi vous qui s'intéressent à l'Allemagne et son histoire récente.