lundi 29 novembre 2010

Amour de jeunesse

Les films défilent, le plaisir grandit. Vous l'avez remarqué: je suis heureux quand le hasard me fait établir un lien d'un scénario à l'autre sans que cela soit prémédité. C'est ainsi que je me suis mis à aimer vraiment le cinéma, plutôt que quelques-uns de ses titres. Aujourd'hui, je crois que La princesse de Montpensier arrive d'autant mieux qu'elle fait presque écho à l'oeuvre dont j'ai parlé samedi. Avec cette différence de taille: cette fois, l'héroïne du titre ne choisit pas sa vie. Elle n'a en fait d'autre option que de subir celle que d'autres, et en particulier son propre père, ont voulue pour elle. Fille du 16ème siècle, à l'heure où la France se déchire en guerres civiles au nom des religions, Marie de Mézières doit épouser l'homme qu'on lui attribue, censé sécuriser les intérêts de sa famille.

Le problème, c'est bien sûr qu'elle en aime un autre: depuis l'enfance, la jeune femme s'est promise à Henri de Guise, militaire flamboyant et... cousin de son époux. Qu'importe les considérations familiales ! La rivalité des deux garçons n'en est que plus vive. J'en termine ici avec mon exposé du scénario: ses rebonds, je vous encourage vivement à les découvrir sur grand écran, si vous en avez toujours l'opportunité dans votre ville. Un simple mot pour résumer mon point de vue: La princesse de Montpensier m'a beaucoup plu. J'y ai retrouvé toute la générosité du film en costumes, mon grand intérêt pour cette période de l'histoire servant de catalyseur. Il est possible de faire quelques transpositions dans la France actuelle, en paix, certes, mais qui a encore quelque difficulté à vivre avec elle-même. Pas sûr toutefois que ce soit vraiment le propos du réalisateur. N'allons pas forcément chercher si loin un plaisir plus accessible...

Oui, pour séduire au premier degré, La princesse de Montpensier a de nombreux atouts, et peut-être d'abord son écriture. Il faut ici rendre hommage à un vieux monsieur, Jean Cosmos, 86 ans, qui a supervisé scénario et dialogues, tirés de la nouvelle de la marquise de La Fayette - très belle et disponible sur Wikisource, d'ailleurs. Serait-ce là du théâtre ? Non: le soin apporté à la reconstitution historique emballe le tout pour un grand moment de cinéma. L'ensemble de la distribution assure bon spectacle: Lambert Wilson, sans doute le plus expérimenté des interprètes principaux, n'efface nullement la jeune troupe, où on appréciera Mélanie Thierry, Grégoire Leprince-Ringuet, Gaspard Ulliel ou Raphaël Personnaz, tous très bons et beaux dans leurs habits d'époque. Je suis presque sûr qu'on en entendra reparler, à la cérémonie des Césars par exemple. Au final, les seuls bémols que j'émettrai concerneront un nombre parfois un peu faiblard de figurants sur certaines scènes ou le fait que le temps passe sans altérer l'apparence des personnages. Minuscules détails: pour le reste, j'ai été absolument emballé.

La princesse de Montpensier
Film français de Bertrand Tavernier

La réputation du réalisateur lyonnais n'est plus à faire. L'homme connaît ses classiques et, lui-même cinéphile averti, sait faire renaître le passé avec un bel éclat. Je viens à l'instant de mentionner les interprètes de ce grand film: un mot encore pour redire combien il est agréable de voir, parmi d'autres ancrés dans la profession, autant de bons acteurs de la jeune génération ! Sur le simple plan des images, ici, la satisfaction est parfaite: je ne suis pas assez calé pour parler de réalisme, mais n'ai aucun état d'âme à insister franchement sur cette vraisemblance historique. Époque oblige, difficile dès lors de ne pas penser à La reine Margot, autre film français tourné vers la France des Valois. Autre comparaison, un peu plus audacieuse peut-être, parce que justement moins soucieuse d'authenticité: le Marie-Antoinette de Sofia Coppola s'impose également en contrepoint, au rayon (improbable) des longs-métrages sur les difficultés et renoncements du passage à l'âge adulte.

samedi 27 novembre 2010

Un nouvel horizon ?

Nouvelle étape sur Mille et une bobines: alors que je devrais bientôt me tourner vers d'autres contrées bien plus éloignées, la chronique du jour marque d'abord la centième critique que je propose d'un film français. Le hasard fait que cela peut concerner une oeuvre que j'ai vraiment appréciée: L'homme qui voulait vivre sa vie, long-métrage inspiré du roman éponyme de Douglas Kennedy. Ceux qui l'ont lu seront peut-être surpris de voir son action transposée en France. Pour moi qui ai découvert cette intrigue sur grand écran, il est difficile de porter un jugement objectif sur l'intérêt et la pertinence de ce choix, mais j'ai l'impression qu'il fonctionne. Le héros fréquente d'autres lieux, et alors ? Résumons. Au début, Paul Exben a tout: brillant avocat d'affaires parisien, il habite une propriété coquette avec sa femme et ses enfants et, par son associée, se voit offrir la possibilité de reprendre toute l'affaire. L'évidence frappe d'entrée: il est patent qu'il n'en a nulle envie et flagrant que même son couple bat de l'aile. Sans bien savoir comment il en est véritablement arrivé à cette sensation, ce drôle de héros constate qu'il n'est pas si bien dans sa peau qu'il le laisse croire aux autres. C'est que, depuis longtemps, il a en lui une grande frustration: celle de n'avoir jamais trop exploité son goût pour la photo. Le constat fait mal et le heurte quand, au cours d'une soirée chez des amis, c'est un reporter d'images qui monopolise toutes les conversations.

Le fait est que, d'abord bousculé dans ses convictions, Paul résiste aussi à l'idée du changement. Il cherche à consolider sa relation amoureuse, se montre plus proche que jamais de ses enfants, demande le temps de réfléchir à la proposition de sa partenaire professionnelle. Et soudain, dans un énième frisson intime, tout bascule: L'homme qui voulait vivre sa vie franchit le pas. Il change tout, achète un numérique, quitte son pays, ses amis, ses amours, ses emmerdes. Destination ailleurs. Là-bas, sous une autre identité, il recommence à zéro, du moins le croit-il. Stop ! J'en ai déjà beaucoup trop dit - et pourtant pas autant que la bande-annonce ! Parlons de ce film autrement, sur le plan technique, cette fois. Première des évidences: côté images, il y a là une vraie réussite formelle. Resserré sur les personnages ou élargi aux vastes paysages parcourus, chaque plan est d'une réelle beauté. A priori, la manière dont l'ensemble a été filmé n'est absolument pas neutre. Je crois avoir eu cette chance de m'immerger dans l'histoire en même temps que son premier personnage, vivant à peu près les mêmes émotions que lui, au moment où elles le saisissaient. Ce sentiment d'empathie ne m'a plus lâché jusqu'au générique final. Cela ne veut pas dire toutefois que je comprends et accepte ce que fait Paul, non. Simplement, c'est la preuve que je me suis intéressé à ce qu'il allait devenir. Au dernier regard, sur une conclusion ouverte, j'étais pantelant. Et j'ai aimé ça ! C'est ça, pour moi, la magie du cinéma !

Bien évidemment, pour arriver à ce résultat, le meilleur réalisateur du monde doit s'appuyer sur des acteurs inspirés. C'est le cas ici, dans les petits et grands rôles d'une galerie de personnages que j'ai trouvés forts et marquants. J'ai envie de dire qu'il n'y en a pas d'inutiles. Le long-métrage ne se dilue pas et, au contraire, va directement à l'essentiel: c'est peut-être même sa première qualité. Dans la peau de l'avocat frustré, Romain Duris est une nouvelle fois magistral: je ne sais si le comédien a lui-même ce côté écorché vif qu'il montre si efficacement à l'écran, mais je l'ai encore trouvé saisissant, imprégné de son rôle. Le voir obtenir la reconnaissance de la profession ne me scandaliserait pas ! Bien sûr, s'il porte le film sur ses épaules, il ne faut certainement pas oublier les personnages qui gravitent autour de lui, et pas davantage leurs interprètes. Épouse devenue distante, Marina Foïs excelle, elle aussi: fermée, repliée sur elle-même, elle n'en montre jamais trop et sa sobriété m'a impressionné en ce qu'elle contient de froide efficacité. Camarade ambigu, Niels Arestrup offre une autre belle composition. Il en est d'autres, Catherine Deneuve, Branka Katic ou bien Éric Ruf, que j'ai été heureux de revoir ou de découvrir. Il m'est en fait apparu que le choix de la distribution s'était effectué sans fausse note. Reste à chacun à tirer sa propre conclusion de ce qui est montré. Pour ma part, ce serait probablement que L'homme qui voulait vivre sa vie s'est égaré, ne comprenant pas qu'il la tenait entre ses mains.

L'homme qui voulait vivre sa vie
Film français d'Éric Lartigau (2010)
Et voilà... 133 ! Mon record de chroniques sur une année est battu ! Un mot sur le réalisateur: habitué des comédies potaches, il signe ici un premier thriller assez remarquable de maîtrise formelle. Bravo ! En ce sens, son film peut déjà faire penser au Ne le dis à personne de Guillaume Canet, bien que son intrigue ne soit pas du tout comparable. Dans la même thématique, les rebonds possibles s'opéreront plutôt vers Into the wild, Deux jours à tuer ou même encore Itinéraire d'un enfant gâté. Autre film que j'aime beaucoup et qui traite de disparition, Frantic, mais qui se tourne plutôt, lui, vers ceux qui restent. Dernière suggestion du jour, la plus évidente peut-être: De battre mon coeur s'est arrêté, pour un Romain Duris également plombé par le stress et la frustration, et qu'une violence trop longtemps contenue menace finalement de submerger. L'image circulant sur le Net, vous n'aurez aucun mal à constater que l'acteur est désormais bien loin du jeune désinvolte de son premier casting.

jeudi 25 novembre 2010

La nuit au poste

Écoutons Michel Audiard: "Les médiocres se résignent à la réussite des êtres d'exception. Ils applaudissent les surdoués, les champions, mais la réussite de l'un des leurs, ça les exaspère. Elle les frappe comme une injustice". Bien que très sensible au verbe, je n'utilise que rarement une citation pour ouvrir ou alimenter mes chroniques cinéma. Je fais une exception ici car, dans la voix de Michel Serrault, ces trois phrases peuvent bien résumer le propos de Garde à vue. Tournée au tout début des années 80, dans une France giscardienne qui connaissait encore la peine de mort, cette oeuvre remarquable s'appuie d'abord sur un dialogue: celui, la nuit de la Saint-Sylvestre dans un commissariat de province, d'un flic ordinaire et d'un notaire. L'un entend l'autre, venu signaler le meurtre d'une jeune fille.

D'un côté, il y a donc Michel Serrault, alias Maitre Jérôme Martineau, dont le cynisme ferait presque le coupable idéal de ce crime sordide. De l'autre s'assoit Lino Ventura, l'inspecteur Antoine Gallien, qui en a vu d'autres et des pires. Dans un premier temps, le monde extérieur n'intervient guère: il le fera plus tard. Garde à vue porte merveilleusement son titre quelconque: c'est avant tout un huis clos, un jeu du chat et de la souris entre un matou policier et un notable qui comprend vite (mais pas pourquoi) qu'il passe pour la créature nuisible à enfermer de toute urgence "en tôle ou chez les dingues". Cet échange qui n'en est pas vraiment un tient du théâtre: répliques aux petits oignons et interprétations ciselées sont les deux pièces maîtresses du long-métrage. Ses deux arguments principaux.

Pour apprécier, il faut ne pas attendre d'un film policier qu'il soit spectaculaire. Ici, les effets sont réduits au strict nécessaire. Je dois dire que ça n'empêche pas le film d'être haletant, grâce évidemment à l'alchimie de ses deux premiers protagonistes - et on notera d'ailleurs à ce sujet que Michel Serrault et Lino Ventura tournaient là leur premier et dernier film ensemble. Leur talent suffirait, je crois, à faire de Garde à vue un grand film, riche aussi d'un vrai suspense. Les amoureux du cinéma ne sauraient occulter les participations décisives d'un autre duo: celle de Marcel Belmont/Guy Marchand, collègue de Gallien, mais surtout celle de la femme de Martineau, divinement jouée par Romy Schneider. Par leur présence, le ton change, deux fois, donc, offrant au spectateur de nouveaux points de vue sur la suite des événements. Au regard de ces évolutions, d'aucuns jugeront la fin bâclée. Ce n'est pas mon cas: je la trouve formidable d'ambiguïté, au contraire. Maintenant, à vous de juger !

Garde à vue
Film français de Claude Miller (1981)
Quelques souvenirs épars, une admiration pour les acteurs... il suffit parfois de peu de choses pour revoir un film avec un a priori positif. Vous aurez compris que mon préjugé s'est nettement confirmé. Preuve aussi que le septième art n'a pas attendu M. Night Shyamalan pour inventer le twist, ce rebondissement des derniers instants renversant toute la perspective. Info plus personnelle: j'ai pu apprécier le hasard qui m'a replacé devant ces images après avoir lu un livre-reportage de Florence Aubenas sur Outreau, autre affaire médiatico-judiciaire mettant des enfants sous les feux de l'actualité. Pour rester dans le domaine cinématographique, je conseille à ceux qui ont aimé ce film de (re)découvrir Hunger, pour une autre forme de confrontation. Moins bon à mes yeux, Les fantômes du chapelier vaut aussi la comparaison, pour Michel Serrault en psychopathe criminel. À Chabrol, on peut préférer Hitchcock et Fenêtre sur cour, autre film à suspense en temps quasi-réel. J'en reparlerai un jour.

mercredi 24 novembre 2010

Freddie goes to Hollywood

Le premier qui me parle de Frankie, je l'assomme. Explicitons un peu le propos: même si la photo peut vous mettre sur la voie, je doute que vous ayez déjà tous décrypté ma blague (pourrie). Et je n'oublie pas non plus qu'il n'y a pas que des anglophones parmi mes lecteurs. En ce jour anniversaire de la mort de Freddie Mercury, je voulais annoncer qu'un film - américain - était envisagé pour rendre hommage au leader du groupe Queen. J'ai lu tout et son contraire dans les journaux et sur Internet: d'aucuns affirment qu'il parlera uniquement de ses débuts, des seventies naissantes, donc, d'autres que le scénario se concentrera sur le terme de sa vie, des années 80 jusqu'à ce triste dimanche de 1991. J'en conclus que personne ne sait exactement, mais je reste curieux - et inquiet - du projet lui-même.

Côté acteurs, les choses sont claires. Vous l'aurez peut-être reconnu ci-dessus (à droite !): Sacha Baron Cohen aura le grand honneur d'incarner le mythe. J'ai appris la nouvelle avec un scepticisme certain, avant qu'on me fasse remarquer une certaine ressemblance et dès lors relativiser mon étonnement. La question est maintenant de savoir ce qu'il adviendra des nécessaires chansons qui émailleront le film. Seront-elles reprises sur les bandes originales ? Le comédien les interprétera-t-il lui-même ? Et pour quel résultat ? Je vais tâcher de suivre ça pour avoir l'info ! À ce stade, je note que le film sera partiellement produit par... Robert de Niro. Sauf erreur, aucun titre n'a encore été défini. Faut-il chercher dans le répertoire de la star ? Là, je pourrais convenir que c'est sûrement la piste la plus évidente...

lundi 22 novembre 2010

Libre d'en parler

Je ne sais plus où, mais j'ai lu que Good night, and good luck. devrait être diffusé dans les écoles de journalisme. Il paraît évident qu'avec ce film ô combien chiadé, George Clooney ne s'adresse pas seulement aux nostalgiques d'une certaine époque de la télévision américaine - on note à ce sujet que l'acteur-réalisateur ne s'est pas donné le plus beau rôle. Non: entre un blockbuster calibré et une pub pour du café en capsule, le beau gosse s'est plu à revenir provisoirement dans le passé pour mieux s'adresser aux gens d'aujourd'hui et de demain. L'intention de départ est ici d'évoquer Edward R. Murrow, présentateur du journal télévisé dans les années 50. Un pionnier du petit écran, intéressant à plus d'un titre.

Ce journaliste est en effet resté dans les mémoires pour s'être fait l'écho des abus politiques du sénateur Joseph McCarthy, l'inventeur de la chasse aux sorcières communistes. De l'art et de la nécessité d'aller au-delà de son idéologie propre pour défendre la seule cause profonde: celle de l'information. Fait historique devenu argument scénaristique, l'idée aurait effectivement pu être transposé en filmant dans une rédaction actuelle - sur le principe, les possibilités ne manquent pas. Que Good night, and good luck. joue une carte rétro ne m'a pas dérangé pour autant. Au contraire, tant il le fait avec éclat: le noir et blanc choisi pour le tournage a vraiment beaucoup de classe. Un bon passeport pour cette belle reconstitution.

Comme je le dirais d'autres oeuvres, Good night, and good luck. est un film d'atmosphère. La reconstitution me semble quasi-parfaite: les héros fument à qui mieux mieux, les images d'archives s'insèrent naturellement dans le récit et la musique jazz qui emballe le tout contribue également à faire du long-métrage une grande réussite formelle. Sur le fond, l'intrigue est bien menée: toute la question est de savoir jusqu'où Murrow ira sans encourir lui-même les pressions et/ou la censure de McCarthy. Des reporters seront-ils sanctionnés ? Certainement, mais pas nécessairement ceux auxquels on pense d'abord. Cette production qu'on pourrait qualifier de citoyenne parle franchement à nos consciences. Un vrai grand moment de cinéma.

Good night, and good luck.
Film américain de George Clooney (2005)
Je me répète: fond et forme s'associent ici pour créer une oeuvre pertinente et d'une grande beauté. Une preuve parmi d'autres, aussi, que le noir et blanc ne devrait jamais être écarté d'emblée, au nom d'une prétendue modernité de la couleur. Le long-métrage ne durant qu'une petite heure et demie, il montre aussi qu'il n'est pas nécessaire de s'étendre pour convaincre. Bref, je le recommande vraiment à tous, apprentis journalistes ou non. Pour parler de la télé d'hier, j'aime aussi Quiz show, avec cette fois-ci la petite lucarne dans le rôle du manipulateur. Il me faudrait compléter ma collection de films liés à la presse. En attendant, je peux déjà conseiller Harrison's flowers, rude fiction sur le photo-reportage de guerre.

dimanche 21 novembre 2010

P'tites gueules bien sympathiques

Collègues de travail, Lucie, Pascale et Amandine s'interrogent depuis le début de la matinée: pourquoi l'immeuble en face de leur bureau arbore-t-il une banderole "Homme seul" ? Quel mystérieux voisin s'est-il ainsi mis en avant ? Et dans quel but ? C'est sur cette énigme que débute Bancs publics (Versailles rive droite), l'un des films étonnants que j'ai vus cette année. Je le dis d'emblée: je n'ai pas accroché tout de suite à ce drôle de scénario, l'anecdote que je viens de citer n'étant jamais que son point de départ. Les trois copines connaîtront le fin mot de l'histoire, mais, avec elles, le spectateur aura d'abord fait mille et un contournements vers des récits parallèles. Il se retrouve face à ce qu'il est convenu d'appeler un film à sketches, genre qui ne m'a toujours qu'à moitié convaincu.

Sorti au cinéma l'an passé, Bancs publics (Versailles rive droite) n'est pas une comédie désopilante. Il prête parfois à sourire, beaucoup plus qu'à rire, et offre à vrai dire une galerie de caractères assez typés, objectivement plutôt bien sentis en général. Je dirais que c'est d'abord un film d'acteurs: son affiche annonce d'ailleurs franchement la couleur et détaille les 38 (!) personnages principaux. Il faut en effet comprendre qu'aucun comédien ne prend véritablement le pas sur l'autre dans ce vaste inventaire du cinéma français. Il y en a d'un peu toutes les époques, immenses stars, interprètes populaires ou pépites brutes, encore en devenir. Abondance de biens nuirait-elle ? Possible. Il me semble en tout cas que le réalisateur s'offre avant tout un exercice de style pour caser tout ce beau monde. De ce jeu, il est possible de se lasser.

Pour autant, pas question de jeter le bébé avec l'eau du bain ! J'admets que le film n'est pas mauvais: il est bon... dans son genre et n'est même pas dénué d'un peu de poésie. Toutes ces trombines qui passent et parfois repassent font plaisir à voir et il y a bien quelques passages assez loufoques pour faire monter la mayonnaise. Finalement, le seul reproche que je pense pouvoir faire, c'est celui d'un certain manque d'unité. Le film dure presque deux heures. Longueur raisonnable, certes, mais certaines de ses scènes paraissent dispensables. D'autres, au contraire, sonnent tout à fait juste dans leur fantaisie première. On se prend donc plus ou moins au jeu, en fonction de son goût pour tel ou tel thème, tel ou tel nom du septième art, invité ponctuel devant la caméra. Bancs publics (Versailles rive droite) a quelque chose de parisien, peut-être. Comme la Tour Eiffel, il serait assez pertinent en ambassadeur artistique de notre cher pays. Mais alors, parmi d'autres richesses.

Bancs publics (Versailles rive droite)
Film français de Bruno Podalydès (2009)
Son frère Denis, Chantal Lauby, Olivier Gourmet, Hippolyte Girardot, Josiane Balasko, Thierry Lhermitte, Julie Depardieu, Claude Rich, Amira Casar... vous l'aurez compris, le réalisateur a convoqué le ban et l'arrière-ban du septième art made in France pour signer efficacement une oeuvre chorale de grande ampleur. Là où les choses coincent un peu, c'est du fait que toutes les scénettes ne sont pas forcément liées entre elles par un même argument dramatique. Réflexion faite, je préfère pour ma part les scénarios un peu mieux charpentés. Dans le genre, par exemple, un Danièle Thompson comme Fauteuils d'orchestre ou un Cédric Klapisch - je citerais volontiers Paris ou Chacun cherche son chat, à la limite.

jeudi 18 novembre 2010

La mouche du coche

Je me fiais aveuglément à sa notice Wikipedia: non, Lorànt Deutsch ne s'appelle pas vraiment Laszlo Matekovics. Ses origines hongroises paternelles n'y sont pour rien, mais je n'ai pas toujours su apprécier ce jeune acteur de ma génération. Difficile d'expliquer l'irrationnel. J'admets à présent que ce jugement ne reposait sur rien de concret. Conséquence: j'ai donc eu un certain plaisir à découvrir dernièrement l'un de ses (nombreux) films récents, Jean de la Fontaine, le défi. Avec le rôle du célèbre fabuliste français, le comédien endossait encore une fois les habits d'un personnage quasi-théâtral, à l'image de ceux qui ont assis sa réputation sur les planches. Faut-il aussi vous rappeler qu'avant même ce long-métrage, il s'était déjà glissé dans la peau de Mozart ? Le monde est petit et ma boucle bouclée.

Il serait facile de dire de l'intrigue de ce film qu'elle est moderne. Soucieux d'éviter les analogies douteuses avec le monde d'aujourd'hui, je dirais qu'elle est intemporelle. Le premier élément dramatique est l'arrestation de Fouquet, conseiller du roi Louis XIV, défenseur des artistes. Nombre d'auteurs et saltimbanques y voient la menace d'une censure renforcée, ce qui se confirme bel et bien avec la montée en puissance d'un autre homme dans l'entourage royal, le dénommé Colbert. Jean de la Fontaine, le défi arrange certainement la grande histoire à sa sauce populaire. Il explique combien la popularité de son héros va se montrer gênante au coeur même des plus hautes institutions et parle alors de la difficulté d'être un trublion en face d'un pouvoir trop absolu. Toute ressemblance...

Un peu longue peut-être ou alors pas assez enlevée, cette production n'emballe pas. De la qualité, certes, mais pas assez de souffle, voilà. Pour le connaître mieux désormais, je pense que Lorànt Deutsch vaut mieux que ça. Malgré son talent, le meilleur des musiciens ne peut sans doute transcender une partition moyenne. Oui, c'est véritablement au niveau du rythme que le film pêche le plus. Côté acteurs, ça tient la route. Respectivement roi soleil et éminence grise, le regretté Jocelyn Quivrin et le très théâtral Philippe Torreton ne s'en sortent pas si mal. Avec un peu plus de mouvement, on aurait donc sans doute pu avoir un grand film. Jean de la Fontaine, le défi reste un divertissement honnête, auquel il n'est pas scandaleux d'offrir une chance. Il apporte aussi, bien sûr, le plaisir de réentendre quelques fables oubliées. Comme un appel à la lecture, en images.

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Mise à jour (ce jeudi, 14h45):
Et chronique revue après rectificatif de l'ami Jos (merci !) pour indiquer que Lorànt Deutsch s'appelerait finalement ... Lorànt Deutsch. Les explications en commentaires.

Jean de la Fontaine, le défi
Film français de Daniel Vigne (2007)
Vous l'aurez compris: un peu empesé, le film ne parvient pas vraiment à convaincre totalement. Son propos reste toutefois pertinent et sa conclusion, assez cynique, peut montrer que l'âge aidant, tout le monde change. Chacun y lira le message qu'il voudra. Je regrette pour ma part cette impression que le réalisateur a gardé le cul entre deux chaises. Conséquence d'un scénario lui-même branlant, peut-être. Quitte à rester léger, j'aurais aimé que ce soit plus frivole encore. Pas question de convoquer les grands maîtres. Rayon divertissements sur un auteur connu, je me contenterais largement du séduisant et bien nommé Shakespeare in love.

mardi 16 novembre 2010

500 millions d'amis ?

Et maintenant, une oeuvre tout à fait moderne: The social network. Effet d'un marketing bien rodé ou conséquence d'un réel et vif intérêt pour les propositions du réalisateur David Fincher, je n'ai pas hésité longtemps avant d'aller voir ce long-métrage 100% contemporain. Comme vous le savez peut-être, il a pour "héros" Mark Zuckerberg, l'homme qui a bâti l'empire Facebook, réseau sur lequel naviguent plusieurs centaines de millions d'internautes. Tout part d'un campus américain au moment où l'intéressé, largué par sa petite amie, pirate le réseau des facs US pour récupérer des photos d'étudiantes et lancer un concours de beauté peu à cheval sur le droit à l'image. Quelques heures et serveurs plantés plus loin, le garçon est devenu célèbre. Petit rappel: sept ans après, il n'a que 26 ans aujourd'hui...

Question: avez-vous un compte Facebook ? Si c'est le cas, l'univers ici décrit vous sera au moins un peu familier et il y a une chance certaine que vous ne décrochiez pas dès le dialogue inaugural. Logiquement, le film devrait vous intéresser. Sinon, je pense dommage d'écarter l'idée qu'il puisse vous plaire. The social network est certes un film sur le succès fulgurant d'un process industriel, mais je le crois encore accessible à ceux qui n'en connaissent rien. Pourquoi ? Parce que c'est aussi bien plus que ça, et d'abord le récit des procès subis par David Zuckerberg, pour avoir violé les lois relatives à la vie privée certes, puis pour avoir spolié - ou écarté - quelques-uns de ses premiers camarades de jeu. Petit génie informatique, Monsieur Facebook a quelque chose d'admirable, mais cultive aussi un certain égoïsme. Tout au long de l'histoire, j'ai eu tour à tour envie de l'applaudir... et de le baffer. Une dualité parfaitement illustrée. C'est peut-être le premier thème du film.

J'ai vraiment apprécié le spectacle, d'autant que c'est souvent bien ou très bien filmé, et doté d'une bande son impeccable - la musique du film lui apporte une tonalité unique, avec notamment une scène mémorable dans une boîte de nuit, étourdissante sur grand écran. Sincèrement, il faut vraiment, je crois, saluer le travail qu'a accompli David Fincher. Je le fais d'abord par pur respect pour les cinéastes qui osent, et Dieu sait que celui-là signe toujours des oeuvres foncièrement différentes les unes des autres. Je le fais également parce que The social network n'assène aucun jugement péremptoire sur les êtres qu'il dépeint, y compris sur son personnage principal. L'usage du Creep de Radiohead dans la bande-annonce peut certes nous mettre sur la voie, mais on peut aussi lire ce choix comme celui d'une chanson nostalgique, un peu déprimée sur les bords, à l'image du triste sire que le film finit par montrer. Jesse Eisenberg compose une créature imparfaite, bourrée de prétention et à la fois très peu sûre d'elle. Sa brillante interprétation d'un personnage plus complexe qu'on ne pense m'a cloué au fauteuil jusqu'à la toute dernière image.

The social network
Film américain de David Fincher (2010)
J'ai déjà dit beaucoup de choses, mais encore rien sur les rôles secondaires: beaucoup sont très bien interprétés et tous ont indéniablement une vraie épaisseur, à l'image d'un Justin Timberlake que je n'avais jamais vu aussi bien servi et aussi inspiré. Mention spéciale également pour Armie Hammer, qui joue seul deux frères jumeaux arnaqués par Zuckerberg. S'il apparaît au final que la réalité n'est peut-être pas aussi claire que la fiction le laisse croire, le plaisir pris à découvrir cette version des faits n'en est pas moins grand. Trouver un long-métrage équivalent n'est pas facile. Si vous voulez voir un autre petit génie en action, j'en suis réduit à vous conseiller Amadeus, pour la troisième fois consécutive tout de même ! Un film comme Basquiat tient aussi la route dans ce domaine. Je sèche quant aux grands noms de la créativité industrielle. Seraient-ils encore trop jeunes à ce jour pour réellement intéresser le cinéma ?

dimanche 14 novembre 2010

De la magie, peu d'effets

Vous avez pu le remarquer: s'il est vrai que je me suis fait enregistrer deux films cette semaine, je ne suis pas un fada de télé. C'est pourtant sur le petit écran qu'un soir de désoeuvrement, j'ai souhaité découvrir L'illusionniste. Je vous ai déjà parlé d'un film portant ce nom cette année, mais attention, il s'agit cette fois-ci d'un homonyme, non pas du dessin animé français sorti récemment, mais d'une production américaine avec de vrais acteurs. La plupart des critiques citent le héros, Edward Norton, mais c'est avant tout son adversaire - Paul Giamatti - qui m'a donné envie de suivre l'histoire de ce magicien. OK, Jessica Biel est mignonne, Rufus Sewell sympathique, mais les deux tiennent plutôt lieu d'éléments de décor.

Résumons: dans la Vienne du début du siècle dernier, un dénommé Eisenheim devient une célébrité à mesure que ses tours deviennent de plus en plus spectaculaires. L'illusionniste atteint une notoriété telle qu'il enquiquine le prince héritier, Leopold, fermement persuadé que tout s'explique rationnellement et que rien ne change jamais. Conséquence: le prestidigitateur est invité à la cour pour qu'il soit démontré que, derrière ses effets, se cachent juste des techniques bien rodées. Accepté, le défi est cocasse, d'autant qu'en y répondant favorablement, le prestidigitateur retrouve aussi la fille qu'il aimait quand il était enfant, devenue femme et altesse impériale. C'est elle, plus que l'honneur et la gloire, l'enjeu de la joute Eisenheim-Leopold.

L'illusionniste repose donc sur une trame relativement classique. C'est un peu définitif, comme propos, mais malgré de bons acteurs, j'ai envie de dire que cette histoire ne nous emmène pas très loin. Un comble, tout de même, quand il s'agit de magie ! Je m'attendais vraiment à rêver, m'évader, m'enthousiasmer, et non: tout retombe très vite sitôt le contexte posé. Le personnage le plus intéressant reste celui d'un flic, loyal à l'empereur mais fasciné par les "dons" pour l'entourloupe de son hôte magicien. Au final, c'est peut-être lui qui sera le plus mystifié. Avant cela, quelques bonnes idées, certes, mais rien de suffisamment développé pour que j'élève le film au rang d'incontournable. Sans vouloir crier au scandale, j'ai été un peu déçu.

L'illusionniste
Film américain de Neil Burger (2006)

Un sourire quand même, car ce long-métrage n'est pas mauvais. Disons qu'il ne tient pas ses promesses: même quand le prince héritier promet une compétition pour déterminer le meilleur d'entre tous les magiciens, on ne voit que les tours du personnage principal. La frustration finit par emporter le morceau. J'ai aussi entendu parler d'un autre film sur le même thème - Le prestige - signé Christopher Nolan et paraît-il de loin plus enthousiasmant. Amadeus offre pour sa part une bien plus belle reconstitution d'une Vienne historique et le Moulin rouge de Baz Luhrmann une intrigue beaucoup plus touchante sur les arts de la scène. Sinon, à choisir l'art de l'illusion, autant voir L'illusionniste dont je parlais plus haut...

vendredi 12 novembre 2010

Reclus pour la musique

Je ne sais pas si vous l'avez vu et écouté, mais Jean-Pierre Marielle était à la télé l'autre jour, interrogé par PPDA pour une rétrospective de sa carrière artistique, théâtre et cinéma. J'aime les acteurs et pas forcément ces séances de confession sur petit écran. Ce n'est pas qu'elles soient inintéressantes. C'est juste que j'ai l'impression parfois que le journaliste traite son invité de manière condescendante, comme si lui, l'hôte de la petite lucarne, devait venir exprimer une dernière fois tout son talent avant de disparaître définitivement, de mourir sans flonflons. J'exagère, c'est vrai: je n'ai pas trouvé l'ex-présentateur du JT doué pour affronter un monstre sacré tel que celui auquel il était jeté en pâture. J'admets bien volontiers qu'à sa place, je n'aurais pas fait le malin. Peut-être aurais-je simplement évité la comparaison bêtasse avec les grands anciens, Raimu, Louis Jouvet ou Michel Simon. Il est bien possible que j'aurais également choisi d'évoquer Tous les matins du monde, film revu quelques jours auparavant. Ce qu'en a dit l'intéressé ? Simplement que c'était pour lui un bon souvenir, sans le porter haut comme un classique instantané. Jean-Pierre Marielle a joué, oui, joue encore et c'est sans doute sa passion. Sa modestie fondamentale nous rappelle à juste titre que c'est aussi son métier.

Il n'en reste pas moins que Tous les matins du monde est pour moi un grand film, à plus d'un titre. Autant en convenir: ce qu'il raconte tient du drame classique. Monsieur de Sainte-Colombe, musicien, compositeur et interprète de grand talent, élève seul ses deux filles après la mort de son épouse. Ses notes font sa gloire à Versailles, où le roi - un certain Louis XIV - demande à les entendre. L'artiste refuse pourtant l'invitation (pressante) du monarque: il s'enferme chez lui, en ses murs et son deuil permanent. Ce qui va venir troubler cette noire harmonie ? Un tout jeune homme, Marin Marais, de basse extraction, armé de la seule intention de faire ses classes auprès du maître. D'abord plus que réticent, ce dernier congédie l'audacieux, avant de finir par lui céder pour complaire à sa cadette. Débute alors une nouvelle vie à quatre, toujours austère ou à peine un peu plus lumineuse. Et, bien sûr, rythmée par la musique, scandée en fait par le son grave de la viole de gambe. Baroque: c'est le ton général, le style des images de ce long-métrage envoûtant, sombre et beau comme l'un des tableaux des anciens peintres flamands.

Assurément, Tous les matins du monde vaut aussi pour ses acteurs. Les "vieux": aux côtés de Jean-Pierre Marielle, un Gérard Depardieu formidable raconte cette histoire qu'il a vécue. Le tout premier plan du film est déjà un hommage au cinéma: en plan fixe, cadré serré sur le visage, le comédien tient une dizaine de minutes et laisse passer une multitude d'émotions. Les jeunes interprètes ne sont pas moins impressionnants. Hier belle Roxane de Cyrano, Anne Brochet n'a qu'un petit rôle, comme un vague reflet assombri, et s'en acquitte à la perfection. Quand à Guillaume Depardieu, le fils de, il incarne ici le jeune temps de son père de manière particulièrement saisissante. C'est, je crois, ce personnage qui l'a révélé. Dans l'habit de l'apprenti musicien comme dans ceux de l'homme de cour, il est tout à fait excellent, convaincant par sa jeunesse même. Avec lui, la France a perdu un grand artiste. Le revoir ici est un délice, comme peut l'être le fait d'admirer à nouveau ce film que j'avais découvert au cinéma, sans alors l'apprécier autant. Le "bon souvenir" mérite d'être partagé. Oeuvre de facture classique, je pense qu'il devrait résister au temps qui passe et pourrait alors tenir lieu de référence. Autre histoire...

Tous les matins du monde
Film français d'Alain Corneau (1991)

Découvrir cette oeuvre pour se souvenir du travail de son réalisateur, récemment décédé, n'est pas forcément la plus mauvaise des idées. Pour ma part, j'apprécie particulièrement le fait que la musique devienne presque ici un personnage à part entière. En ce sens, il est peut-être pertinent d'oser une comparaison avec le génial Amadeus de Milos Forman. Parce que les notes sont ici aussi vecteurs d'émotion, j'ai également tendance à penser à La leçon de piano (Jane Campion). Voir ces trois films, c'est s'offrir une belle trilogie.

jeudi 11 novembre 2010

La révélation Sun Daolin

Je vais prochainement vous reparler de cinéma chinois. Je dois d'abord remercier mon amie Mokona, assez calée en productions venues d'Asie. En moins de temps qu'il ne m'a fallu pour vous faire part de mes interrogations, elle m'a mis sur la piste des deux films que j'évoquais ici même le 13 octobre dernier. Petit rappel: j'avais alors publié deux images issues de longs-métrages que j'imaginais chinois. La solution de l'énigme était sous mes yeux, dans le nom même du musée que j'ai visité là-bas, comté de Jiashan: il s'agissait d'oeuvres mettant en scène le comédien Sun Daolin, une grande star là-bas, né en 1921. Au centre de la photo du jour, c'est lui, jouant dans Li Siguang, film - biographique ? - sur le grand scientifique chinois. C'était en 1979, quatre ans avant qu'il passe à la réalisation.

Les deux autres films dont j'ai publié une image sont plus anciens. J'ai réussi à les identifier. Le premier, Jia (ou, en anglais, Family), date de 1956: basé sur une nouvelle de Ba Jin, il évoque le destin d'une famille et plus particulièrement le devenir de trois frères, depuis la fin de la période impériale jusqu'à l'instauration du régime communiste. L'autre, Wuya yu maque, alias Crows and sparrows (Corbeaux et moineaux en version francophone) est plus vieux encore. Débuté en 1948 dans la clandestinité et finalement achevé l'année suivante, il raconte lui aussi une petite histoire contenue dans la grande: la façon dont les locataires d'un immeuble s'organisent et résistent à leur propriétaire, au moment où la Chine bascule de la République au régime maoïste. Ultime ironie d'un destin bien moqueur, Sun Daolin tournera aussi quelques années plus tard avec la femme du Grand Timonier, laquelle n'appréciera guère l'idée d'un cinéma libertaire - ce qui ne surprendra pas les passionnés d'histoire parmi vous. Bientôt trois ans après sa disparition, l'acteur serait aujourd'hui encore considéré comme un comédien chinois important des années 50/60/70. Il me reste à découvrir son travail.

mardi 9 novembre 2010

La nouvelle arnaque

Ce soir, je vous emmène en Argentine avec Les neuf reines, un film dont j'avais vaguement entendu parler et que mon ami Philippe m'a permis de découvrir. Je crois savoir qu'il a plutôt reçu un bon accueil de la critique. Et côté public ? D'un point de vue général, il semble qu'il ait largement amorti son (faible) budget. Le long-métrage est néanmoins resté relativement confidentiel en France, n'y attirant qu'un peu plus de 157.000 spectateurs en salles et se classant finalement au 152ème rang du box office 2002. De quoi parle-t-il ? De Juan, un petit malin qui monte des arnaques pour obtenir quelque argent facile. Et de Marcos, un autre petit malin, qui le démasque assez aisément, avant de lui proposer... de devenir son associé.

Et Les neuf reines, dans tout ça ? Il s'agit d'une série de timbres rares que les deux gaillards veulent récupérer ou subtiliser dans l'idée de les revendre à un collectionneur assez pressé de quitter le pays. Comme on peut le lire sur le site d'Arte, qui a diffusé le film dernièrement, le scénario s'inscrit dans les pas de ses deux Pieds Nickelés de héros. En fait, on ne sait jamais vraiment que penser exactement de Juan et Marcos. Sauront-ils parvenir à leurs fins ? Leur duo a-t-il de l'avenir ? Le plus rusé des deux est-il vraiment celui qu'on pense ? Les deux heures du film répondent bel et bien progressivement à toutes ces questions, ce que je ne ferai donc pas ici. Quitte à aborder le cinéma sud-américain, autant ne pas avoir trop de repères. A fortiori, je dirais, dans ce genre de productions...

En fait, c'est déjà la troisième fois que j'évoque ici un long-métrage argentin. Autant l'admettre aussi: Les neuf reines m'a moins emballé que les deux autres. Il y a du bon, dans cette histoire, notamment quelques joutes verbales savamment orchestrées, peut-être simplement un peu compliquées à suivre en VO - surtout pour qui n'a jamais appris l'espagnol. Les comédiens, qu'ils tiennent les rôles principaux ou incarnent les quelques personnages secondaires, sont plutôt sympa à regarder. Ce serait juste d'un petit manque de rythme que souffre ce récit. Quand il est arrivé à sa conclusion, d'ailleurs rebondissante, je n'étais pas vraiment sûr d'avoir tout compris. Restera le plaisir simple d'une histoire plus tortueuse qu'il n'y paraît au premier abord, et celui de la découverte d'un autre pan du cinéma international. Faute d'un nouveau chef d'oeuvre, c'est déjà ça de pris.

Les neuf reines
Film argentin de Fabien Bielinsky (2000)

Il est probable qu'il faille rester bien concentré pour suivre l'intrigue et l'apprécier à sa juste valeur. Ce n'est pas parce que je n'ai pas réellement accroché que j'ai envie de descendre cette oeuvre imparfaite, mais somme toute attachante. Je remarque d'ailleurs qu'elle a reçu un certain nombre de prix, dont, sur le sol français, celui du Festival du film policier de Cognac. Autre anecdote digne d'être mentionnée: le long-métrage a fait l'objet d'un remake supervisé par Steven Soderbergh. Puisque le réalisateur américain s'invite à la fête, laissez-moi vous dire une chose: en matière d'arnaques et de faux semblants, je reconnais au fond que je préfère un bon vieux Ocean's eleven. Simple question de moyens ?

lundi 8 novembre 2010

Un amour durable

Petite anecdote personnelle: quand j'étais plus jeune, et pas aussi mordu du septième art qu'aujourd'hui, j'avais pris l'habitude de tenir compte de l'avis de Télérama sur les films, mais en prenant systématiquement le contre-pied. Il m'a bien fallu quelques années avant d'admettre que souvent éclairé, leur jugement sur le cinéma était du même coup pertinent et qu'il ne fallait pas forcément être d'accord avec un critique pour apprécier ses chroniques. N'empêche ! Quand, après l'avoir vu, j'ai lu ce que Télérama s'était permis d'écrire sur The fountain, je me suis également dit que le pur vitriol était aussi absurde que l'hagiographie. Et j'ai eu envie de défendre ce film que mes confrères jugent "effrayant de prétention et de débilité". Pan ! La question reste posée: mais pour qui se prennent-ils, à la fin ?

S'il est patent que je suis beaucoup plus ouvert aux propositions cinématographiques qu'il y a encore quelques années, The fountain n'est objectivement pas le genre de films vers lequel je me tourne prioritairement. Si j'ai voulu le découvrir, c'est d'abord, je l'admets, parce qu'on m'avait conseillé de voir l'ensemble de la filmographie signée Darren Aronofsky et que j'avais l'opportunité de m'approcher de cet objectif. Et donc ? La petite heure et demie que j'ai passée devant mon écran télé ne m'a pas paru une perte de temps. Réaliste parfois, futuriste souvent, le long-métrage évoque l'amour absolu qu'un scientifique porte à une femme malade et sa quête effrénée d'un médicament apte à la guérir. Dit ainsi, ça peut paraître banal, mais il faut savoir que le scénario fait des allers et venues constants entre trois époques: la nôtre, celle passée des conquistadors espagnols et un avenir ésotérique aux contours assez flous. Esprits cartésiens, il vous faudra donc ici mettre en route votre imagination.

D'une beauté plastique certaine, ce film cherche à nous emmener ailleurs. Comme souvent dans ces cas-là, c'est dès lors à chacun d'apprécier, de voir s'il se laisse embarquer ou non. Avec moi, je dois dire que ça a globalement assez bien fonctionné, en raison notamment de l'aspect visuel que j'évoquais à l'instant. The fountain m'est apparu comme une oeuvre d'art, de fait franchement différente de celles qui composent mon univers habituel, mais justement intéressante pour cela. De prétention et de débilité, je n'ai absolument pas vu, même si le propos général m'est apparu un peu abscons par moments et que je ne suis pas sûr d'avoir vraiment apprécié l'ensemble à sa juste valeur une fois le générique arrivé. Pas grave ! Le cinéma, c'est aussi parfois une expérience purement visuelle, ne croyez-vous pas ? Rien d'imposé, en fait, mais c'est bien en ce sens que je peux vous recommander de vous laisser tenter.

The fountain
Film américain de Darren Aronofsky (2006)
On m'a assuré que les oeuvres de ce réalisateur étaient si différentes les unes des autres qu'il était fascinant de les voir toutes. Bientôt rendu au bout de mes découvertes, j'ai tendance à confirmer ce point de vue. Détail amusant: j'ai appris après coup que les rôles ici confiés à Hugh Jackman et Rachel Weisz devaient initialement revenir à Brad Pitt et Cate Blanchett - deux de mes acteurs préférés à Hollywood. Bien que ce ne soit pas absurde, je n'évoquerai pas L'étrange histoire de Benjamin Button ou Babel, les films qui ont réuni ces deux-là. Pour rester dans l'ambiance du long-métrage présenté aujourd'hui, je recommanderai avant tout le magnifique Eternal sunshine of the spotless mind. Certaines images m'ont également fait penser au Sunshine de Danny Boyle. Côté film romantique, Roméo + Juliette pourrait lui aussi, à la limite, soutenir la comparaison. Pour la représentation un peu décalée, disons...

vendredi 5 novembre 2010

Un inconnu à la maison

Comme, je l'imagine volontiers, ça doit arriver assez souvent à ceux qui l'ignorent, Joni et Laser veulent savoir qui est leur père. L'originalité de ces ados-là est, au regard des normes sociales, d'avoir été élevés par un couple... de femmes. Nic et Jules sont donc tout à la fois amoureuses l'une de l'autre, mères biologiques et mères adoptives. Vous suivez ? Elles ont conçu leur bébé toutes seules, grâce à un don de sperme. C'est bon, vous vous y retrouvez, là ? Quand débute Tout va bien ! The kids are all right, Joni - 18 ans - et son petit frère Laser mènent l'enquête pour identifier leur géniteur et découvrent qu'il n'y en a qu'un, qui a offert deux fois sa semence. Leur envie de rencontrer ce drôle de papa n'en est que plus forte. Légalement, elle est aussi réaliste, ne tenant qu'à une autorisation de ce dernier à ce que l'administration dévoile son identité, autorisation que Paul accorde assez volontiers, curieux qu'il est, lui aussi. Quelques jours plus tard, le trio se retrouve et ça se passe plutôt bien. Enfin, au moins jusqu'au moment où les mamans découvrent ce qui s'est passé derrière leur dos. Là, oui, il faut admettre que les choses se compliquent un peu. Juste un peu...

Le fait est que, très vite, le ton du film est donné. Il ne s'agit pas d'un drame poisseux. C'est au contraire une comédie assez enlevée, avec des répliques qui sonnent juste malgré la situation de départ plutôt inhabituelle. Je vais le dire plus simplement: Tout va bien ! The kids are all right est un film tout à fait charmant. Il doit d'abord cette qualité à l'excellence du jeu de chacun de ses acteurs principaux. Les plus jeunes - Mia Wasikowska et Josh Hutcherson - ne sont jamais empruntés et paraissent au contraire tout à fait crédibles face au trio de comédiens expérimentés que constituent Annette Bening, Julianne Moore et Mark Ruffalo. Tout y est ! Il y a simultanément de la tendresse, de grandes et petites idées, un peu de vacheries et également de la complicité: en un mot, on dirait bien une famille, une vraie ! Si le niveau cinématographique ne s'élève pas forcément très haut, c'est bien à l'harmonie de ses interprètes que Lisa Chodolenko doit une partie du succès de son long-métrage. Bien choisis et judicieusement complémentaires, ces derniers vont au-delà du minimum syndical: ils assurent véritablement et offrent une belle épaisseur à leurs personnages, nous embarquant avec eux dans une histoire qui n'est pas la nôtre. Pour ça, au moins, bravo !

Le film a encore d'autres qualités, en particulier celle de développer aussi une galerie de personnages secondaires assez typés et donc marquants. Le scénario est bien écrit: les scènes s'enchaînent logiquement les unes aux autres, et sans temps mort, s'il vous plaît. Le long-métrage passe vite et, sans rire aux éclats, il m'a souvent fait sourire. J'ai passé un bon moment sans avoir envie de regarder ma montre: en soi, je crois bien que c'est le signe que l'ensemble est plutôt réussi. Avec le recul des quelques semaines qui sont passées depuis la projection, il n'y a qu'une chose qui, sans me déplaire véritablement, m'a paru quelque peu déplacée dans Tout va bien ! The kids are all right: sa conclusion. Je n'emploie pas le mot "fin". C'est volontaire: le générique survient sans queue de poisson. J'insiste, je parle bien de "conclusion", j'aurais pu dire "message". Lumineuse, rigolarde et plutôt cool dans l'ensemble, cette production garde tout de même un petit fond bien-pensant. Je ne vous dirai pas en quoi et je précise que certains ne seront probablement pas d'accord avec moi. N'est-ce pas justement la magie du septième art que d'offrir à chacun des appréciations et sentiments contrastés ? Pour ma part, la morale qui se dégage des derniers instants reste ici un peu limite. Elle m'a paru transformer ce qui aurait pu demeurer une histoire très touchante en récit sympa, mais un peu plan-plan finalement. Sans gravité, c'est mon unique (petite) déception.

Tout va bien ! The kids are all right
Film américain de Lisa Chodolenko (2010)

Il faudra tout de même aussi qu'on m'explique le pourquoi de ce titre à moitié francisé ! En passant là-dessus, le film proprement dit s'avère agréable, même si, comme je viens de le souligner, un peu gnan-gnan dans ses derniers développements. Je lui pardonne volontiers devant la belle énergie des cinq acteurs principaux. Resterait maintenant à vous en conseiller un autre du même genre. Honnêtement, je sèche un peu. Pour l'idée du couple de lesbiennes avec un homme au milieu, il y aurait bien Gazon maudit. Et encore ! De mémoire, et même s'il est toujours question de comédie, l'intrigue n'a rien de vraiment comparable. Il faudrait que je le revoie pour vous le certifier avec plus d'assurance... ou trouver autre chose.

mercredi 3 novembre 2010

Le prix de l'indépendance

Vous vous en souvenez, n'est-ce pas ? Il y a exactement une semaine aujourd'hui, j'évoquais deux films récents consacrés à la relation tumultueuse entre la France et l'Algérie. Si le premier dégage assurément un certain consensus politico-critique, ce n'est pas le cas du second, dont je vais vous parler à présent. Hors-la-loi - c'est lui - a au contraire fait l'objet d'une très violente polémique lorsqu'il a été présenté au Festival de Cannes cette année. Avant même de revenir là-dessus, un petit rappel sur l'intrigue: tout commence sur le sol algérien, sol duquel une famille est chassée au profit d'un Français colonisateur, avec d'ailleurs la bénédiction des autorités locales. 1925. Un flash-foward plus tard, toujours en Algérie, et à Sétif précisément, c'est l'an 1945, le 8 mai très exactement, jour d'armistice. Une manifestation pacifique d'indépendantistes tourne au bain de sang. Encore une avancée dans le temps, nous débarquons en France, dans le bidonville de Nanterre, la banlieue parisienne crasseuse des années 50. De la famille, restent la mère et ses fils. C'est autour d'eux que va se déployer le scénario du long-métrage. Messaoud, l'aîné, revient tout juste de la guerre d'Indochine. Abdelkader, le cadet, sort de prison et s'engage dans la lutte armée pour l'indépendance de son pays. Saïd, le petit dernier, préfère intégrer les milieux interlopes et, apprenti maffieux aux combines déjà efficaces, prend en charge la gestion d'un cabaret à Pigalle. L'autre univers qu'il fréquente: la boxe, point important par la suite.

Je vais le dire comme je le pense: Hors-la-loi est un film passionnant - je remercie au passage Pascale, qui se reconnaîtra, et qui m'a permis de le découvrir. Passionnant oui, mais pourquoi ? Parce qu'en dehors de toute controverse historique, ce long-métrage offre un point de vue, au premier sens du mot. Oui, il ramène ouvertement la lumière sur notre histoire contemporaine et rappelle comment l'Algérie, mais aussi la France, étaient il n'y a pas encore soixante ans. Le fait-il de manière partiale ? C'est ma foi possible. Mes connaissances, elles, sont trop partielles pour que je puisse prétendre le déterminer avec une réelle objectivité. Ce que je trouve intéressant, au-delà même du propos défendu par le réalisateur, c'est justement d'appréhender son oeuvre comme la page d'un livre d'histoire, afin d'apprendre ou réapprendre ce qui s'est en fait réellement passé. Le fruit du septième art comme point de départ subjectif: c'est plutôt captivant, je trouve, et certainement plus accessible au grand public qu'un certain nombre d'autres sources. Pour en venir maintenant à de toutes autres considérations, strictement cinématographiques celles-là, je dois dire ici que j'ai passé un vrai bon moment devant l'écran, même si j'ai été tendu tout du long - l'ensemble me semblant traversé d'une tension, violence psychologique... et parfois physique. Je défends les acteurs engagés dans l'aventure, au premier rang desquels, bien sûr, ceux qui jouent les trois frères, Jamel Debouzze, Sami Bouajila et Roschdy Zem.

Sans focaliser sur ce point, il me paraît intéressant de noter que tous sont français et que seul ce dernier, à l'image de son ami réalisateur Rachid Bouchareb, a des origines algériennes. J'en étais presque sûr et j'ai vérifié: les familles des deux premiers viennent respectivement du Maroc et de Tunisie. Le film instaurerait dès lors une certaine fraternité arabe, qui n'est à mon avis pas forcément toujours si évidente dans la réalité du monde d'hier et d'aujourd'hui. C'est ce qui m'amène à reparler de la polémique née sur la Croisette. Hors-la-loi ne serait rien d'autre qu'un brûlot anti-français. Je suis pour le moins consterné que certains députés de la République aient osé le proclamer... sans même être entrés dans une salle de cinéma ! L'enjeu est financier, puisque, film français, le long-métrage a pu toucher quelques subsides publics. Les méritait-il ? J'ignore totalement quelles sont les conditions d'attribution et ne m'étendrai donc pas sur la question. Ce que je sais, en revanche, c'est qu'il n'y a point ici d'appel à la relance du conflit franco-algérien. La pellicule n'épargne pas les fondamentalistes de l'indépendance du pays arabe ! Certes, elle n'embellira pas non plus le comportement que la France a pu avoir à cette époque. J'en reviens à l'idée de cette page d'histoire. Je crois que, pour apprécier une oeuvre comme celle-là, il faut (provisoirement, au moins) sortir de l'idée "cinéma = juste un loisir" et dès lors avoir conservé un peu d'esprit critique. Pour ma part, sans pour autant gober tout ce que le réalisateur a pu vouloir dire, j'ai vraiment apprécié ce qui m'a été montré. J'en garde, 23 jours plus tard, des marques qui alimenteront ma curiosité et ma réflexion.

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Rectificatif (25 juin 2011, 13h30): Je viens juste de voir un film de Roschdy Zem et constate - un peu tard - que j'ai fait une erreur. Lui a des origines marocaines. Cela dit, le raisonnement que j'ai tenu autour d'une "fraternité arabe" me semble toujours pertinent.

Hors-la-loi
Film franco-algérien de Rachid Bouchareb (2010)

Le smiley pour indiquer que le ton général est malgré tout assez dur. C'est un peu paradoxal, mais c'est ainsi: je vous conseille d'aller voir le film pour vous forger votre opinion propre. C'est encore, je crois, la démarche la plus intelligente à adopter. Je note tout de même avec amusement que la Société des auteurs et compositeurs dramatiques a décerné le premier Prix de la bêtise avec un grand C au député UMP Lionnel Luca, pour (je cite) "s'être attaqué publiquement à une oeuvre sans l'avoir vue". L'oeuvre dont il est question se présentant aussi comme le deuxième volet d'une trilogie non encore terminée, je vous recommande de voir également Indigènes, le premier. J'en reparlerai peut-être ici après l'avoir revu.

lundi 1 novembre 2010

Une vie de rêve ?

On dit parfois des jours de pluie qu'ils sont favorables au cinéma. Comme vous l'avez peut-être déjà remarqué, en ce qui est pour moi un week-end de Toussaint très humide, je ne suis pas resté inactif. Faute d'avoir parlé déjà d'un 307ème film, j'ai bâti une page spéciale qui indexe tous ceux que j'ai évoqués ici. Elle sera mise à jour aujourd'hui avec un nouveau long-métrage: Coraline. Oeuvre d'animation, cette production repose sur un point de départ relativement classique: les parents de la petite héroïne lui ayant fait subir un déménagement forcé vers une demeure sinistre, la gamine s'enquiquine et rêve à un monde meilleur. Une nuit, en poursuivant une gerbille qui s'est introduite dans la maison, elle ouvre une porte dérobée et atteint par miracle un univers beaucoup plus coloré...

Difficile de ne pas penser à Alice au pays des merveilles. Si je songe d'abord à la version de Lewis Carroll, la comparaison avec la vision de Tim Burton n'est pas forcément impertinente. Cela dit, le mieux est peut-être encore de juger Coraline sur ses qualités propres plutôt qu'à l'aune de références plus ou moins assumées. Ce qui saute aussitôt aux yeux, c'est d'abord une technique impeccable: il faut bien sûr en apprécier le style, mais si c'est le cas, on passe obligatoirement un bon moment, à contempler les plus petits détails de ce qui est aussi une oeuvre plastique. L'intrigue vient finalement en second dans l'attrait que peut exercer l'ensemble du produit cinématographique: faussement naïve, elle est un poil plus retorse qu'il n'y paraît de prime abord. Non, non, je ne vous ai rien dit...

Clairement, si les enfants ont toute chance d'aimer Coraline, le film ne leur est pas uniquement destiné. Ados et adultes apprécieront aussi le spectacle. Comme souvent dans la production contemporaine, il y a de la noirceur, des thèmes peut-être un peu moins fédérateurs que d'autres, mais qui séduiront alors probablement un public différent, afin de dégager un consensus autre. Pour vous donner une petite idée du propos, je vous dirais juste que le monde imaginaire qui se déploie au fil du scénario n'est jamais qu'un double de la réalité, une copie engageante, mais pas forcément si agréable. Le reste, découvrez-le donc par vous mêmes ! Sans être incontournable, le voyage vaut certainement le détour. Mais quelle occasion retenir ? Celle d'un jour de pluie, par exemple.

Coraline
Film américain de Henry Selick (2009)
Adaptée d'un roman de Neil Gaiman, auteur dont j'ai lu et apprécié l'imaginatif Stardust, cette oeuvre peut surprendre, mais respire d'abord le travail bien fait. En réalité, ce n'est que subsidiairement que je me suis pris au jeu d'une intrigue bien ficelée, aux rebonds pas toujours prévisibles. Celles et ceux qui ont aimé L'étrange Noël de Monsieur Jack - film idéal pour un 1er novembre, tiens ! - devraient une fois de plus apprécier ce scénario intelligent, parfaitement mis en valeur par d'incroyables prouesses techniques. Les deux longs-métrages ont le même réalisateur. Et cette fois, hier producteur, Tim Burton n'est plus là pour attirer toute la lumière...