samedi 5 août 2017

Coupez !

Vacances, j'oublie tout... sauf de vous prévenir, tout de même ! Ami(e)s cinéphiles, j'interromps ici le fil de mes chroniques, le temps de mes vacances estivales. Je pense revenir vous faire un coucou juste avant de reprendre mon boulot, mais j'ai franchement besoin d'un break complet. On se retrouvera dans trois semaines (environ)...

Que vous souhaiter d'ici là ? De voir de bons films, évidemment. Maintenant, ce n'est pas tout: j'ai une pensée pour celles et ceux d'entre vous qui travailleront tout l'été et les juillettistes déjà revenus de leurs congés, espérant que les jours à venir leur seront agréables malgré tout. Cela reste à vérifier, mais je suppose que les miens seront marqués par une (légère) chute de ma consommation cinéma. Pour autant, pas d'inquiétude: j'ai déjà vu une poignée d'autres films pour nourrir mes chroniques de rentrée. Au plaisir de vous retrouver !

jeudi 3 août 2017

Étreintes brisées

J'espère que les inconditionnels de Pedro Almodovar sauront accepter que je réutilise le titre de l'un de ses (meilleurs) films pour l'intitulé de cette chronique consacrée à Rodin, un biopic sorti cette année. Comme celui dont j'ai parlé mardi, il ne couvre qu'une partie de la vie de l'artiste, l'abordant à l'instant où l'État lui a passé une commande...

Nous sommes revenus en 1880. Auguste Rodin a 40 ans. Il travaille beaucoup, mais commence à laisser une place importante dans sa vie d'homme à une certaine Camille Claudel. Pourtant, cette relation affective reste teintée d'ambigüité, car la jeune femme est pour lui tout à la fois une conseillère, une muse et une amante, l'artiste gardant par ailleurs - et au moins - une autre compagne, Rose Beuret, qui l'accompagna, de fait, tout au long de son existence. Le scénario consacre une large partie de son propos à l'exposition de la vie intime du sculpteur, sans négliger toutefois de montrer la place qu'il prend progressivement dans l'histoire de l'art français. J'ai justement aimé cette façon d'aborder cette figure majeure sous toutes ses facettes, lumineuses ou plus sombres, tout en restant les mains dans la glaise. J'ai même trouvé cela assez fascinant et très intelligent pour révéler toute la complexité du personnage. Et je l'ai ainsi mieux découvert...

Je reviens désormais à mon titre: plutôt admiratif devant la manière dont Jacques Doillon filme l'artiste à l'oeuvre, j'ai donc été sensible également à sa façon de raconter ses passions humaines. Le style quelque peu austère du film m'a plu pareillement: sans concession pour les turpitudes de son héros, mais sans renier toutefois son génie précurseur, il en dresse un portrait nuancé. Un point appréciable également: les ellipses temporelles, qui nous épargnent les scènes longuettes ou répétitives. Bref... Rodin est un bon film. Un mot enfin sur les interprétations. Du côté féminin, pour commencer: Izïa Higelin m'a convaincu en Camille Claudel et Séverine Caneele, une découverte pour moi, m'a semblé parfaite dans le rôle (ingrat) de Rose Beuret. Reste Vincent Lindon, qui impose naturellement sa vigueur physique et son regard tourmenté, d'où un Auguste Rodin plus que crédible. Légère déception: sa voix, parfois désarticulée - ou disons étouffée. Ce petit détail nuit quelque peu au long-métrage et c'est dommage. Cela dit, je veux être clair: j'ai vécu un vrai bon moment de cinéma !

Rodin
Film français de Jacques Doillon (2017)

Je ne veux plus citer d'autres oeuvres cinéma consacrée aux artistes plastiques: je l'ai fait avant-hier à la fin de ma chronique de Renoir et, si ce n'est exhaustif, il me semble en tout cas que c'est suffisant. Le film m'a surtout donné envie de découvrir enfin le Camille Claudel de Bruno Nuytten (1988), avec Isabelle Adjani et Gérard Depardieu. Ou Juliette Binoche (Camille Claudel 1915 / Bruno Dumont / 2013)...

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!!! ATTENTION !!! Une scène que j'ai aimée...
Claudel montre à Rodin l'une de ses plus belles sculptures, La Valse. Elle l'interroge sur ce que seraient pour lui les trois temps de la danse. Il répond: "L'étreinte, le vertige et la passion". Piégée par son amour éperdu, elle y voit autre chose: "L'approche, le tourment et la mort".

Et, pour terminer, un lien vers un autre avis...
Je vous propose de lire la chronique de Pascale (en léger contrepoint).

mardi 1 août 2017

Le vieux peintre

Je ne suis pas un inconditionnel des biopics, mais j'ai pu remarquer qu'en général, les films biographiques m'intéressaient davantage quand ils ne racontaient qu'une partie de la vie du personnage considéré. C'est le cas de Renoir, qui nous propose une rencontre avec le grand peintre, au soir de sa vie. Voudriez-vous la faire aussi ?

La machine à remonter le temps s'arrête en 1915. Nous descendons dans une villa cossue du rivage méditerranéen, où l'artiste travaille encore, à 74 ans, avec un jeune garçon - son troisième fils, Claude -  et en compagnie de femmes, servantes, maîtresses... ou les deux. Ses aînés, Pierre et Jean, sont partis à la guerre, quand une tête nouvelle rejoint son entourage: c'est Catherine Hessling, qui se rêve comédienne et, en attendant des jours meilleurs où son talent supposé sera enfin révélé, accepte d'être modèle. Quelque temps passe ainsi avant qu'un beau jour, Jean revienne du front, blessé, certes, mais sans que ce soit irrémédiable. Reste que le calme apparent est trompeur: la guerre se poursuit et impose aux hommes des choix cornéliens. Je vous passe les détails, que vous imaginez peut-être, mais je veux vous dire que Renoir est une leçon d'histoire intéressante, doublée d'une belle reconstitution. Un double bon point !

Les principaux acteurs, eux, sont vraiment justes. Le rôle de l'artiste vieillissant a été confié à l'excellent Michel Bouquet, que l'on reconnaît aisément sous la barbe, mais qui a la grande intelligence de rester sobre dans son jeu. C'est tout bénéfice pour ses jeunes partenaires. La belle Christa Théret est forte et fragile, comme son personnage l'exige, et Vincent Rottiers confirme tout le bien que j'ai pensé de lui quand mon modeste itinéraire cinéphile a croisé son propre chemin d'interprète. Au moment de juger de la technique, je me suis dit rapidement que Renoir - le film - était, tout de même, un sacré défi de cinéma. Oui... comment ne pas juger ces images en comparaison avec celles du peintre ? On sent que le réalisateur et le directeur photo se sont employés à faire quelque chose de beau... c'est réussi d'ailleurs, mais, de fait, ce n'est évidemment pas la même chose. Parce que c'est trop sage ou trop respectueux de l'oeuvre originelle ? J'ai pensé qu'il valait mieux ne pas trop m'arrêter sur cette question. Et j'ai ainsi plutôt aimé ce joli long-métrage - et cette belle histoire...

Renoir
Film français de Gilles Bourdos (2013)

Il y a des profanes, dans la salle ? Vous n'aurez aucun mal à trouver des films consacrés à l'art et/ou aux artistes picturaux et plastiques. Ce blog peut vous servir de source, autour de Frida, A bigger splash ou La jeune fille à la perle. Pour approfondir le sujet de manière originale, je vous recommande également l'étonnant Miss Hokusai. NB: devant ce Renoir, j'ai surtout repensé à L'artiste et son modèle.

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Avant de sortir du cadre, un dernier mot...

Vous pourrez lire d'autres avis sur le film: ceux de Pascale et Laurent.

dimanche 30 juillet 2017

100% musical

Vous connaissez Daft Punk ? Vous aimez la musique du groupe électro français ? Bonne nouvelle: le film dont je vais vous parler aujourd'hui lui est tout entier consacré. Dans un style vraiment inspiré de celui des mangas des années 80, Interstella 5555 est une drôle d'histoire sans paroles. La bande-son reprend l'intégralité de l'album Discovery !

L'histoire, elle, est celle d'un... groupe de musiciens, que le film montre d'abord lors d'un concert géant, sur une planète lointaine. Finalement, le spectacle est interrompu par l'arrivée d'un groupe d'hommes masqués, qui s'emparent de la totalité des artistes. Endormis, ces derniers sont emmenés à un autre coin de la galaxie, dans un endroit qui rappelle la Terre, et alors transformés en êtres bien ordinaires, perdant au passage leur couleur bleue. Ils se trouvent désormais à la merci d'un impresario véreux qui, parce qu'il a inventé un moyen de les soumettre, les utilise à son seul bénéfice. Les stars d'hier étant devenus les esclaves d'aujourd'hui, la création artistique s'incline devant les forces du consumérisme bêta: Interstella 5555 peut aussi être jugé comme un pied de nez aux maisons de disques...

Je vais (peut-être) trop loin. Comme vous pourrez le voir, ce film étonnant est aussi un rêve d'enfant (je ne vous dirai pas pourquoi !). Sachant qu'il dure une heure et quart environ, vous devriez savoir assez vite s'il peut vous convenir ou non. En fait, il faut passer le cap du tout musical: si ces sonorités vous rebutent, il reste une chance qu'elles passent mieux avec les images, mais c'est plutôt douteux ! Objectivement, Interstella 5555 ne s'illustre pas par un scénario particulièrement soigné, à la différence d'autres films d'animation japonais déjà évoqués en ces lieux. Sa relative originalité narrative m'a toutefois offert un vrai bon moment de détente devant ma télé. One more time. I gonna celebrate... une décennie plus tard, le beat reste efficace, je trouve. Oh yeah, all right. Don't stop the dancing...
 

Interstella 5555
Film franco-japonais de Kazuhisa Takenouchi (2003)

Certains auront peut-être fait le lien en regardant les images choisies pour cette chronique: pour sa direction artistique, le film s'est appuyé sur Leiji Matsumoto, le père du légendaire Albator. Le méli-mélo d'influences passe bien, à mon goût, et nous offre un objet de cinéma atypique, comme un clip géant. On a le droit de préférer La tortue rouge, Le conte de la princesse Kaguya ou Le voyage de Chihiro...

vendredi 28 juillet 2017

Le choix de la lumière

Vous pensez qu'il n'y a pas d'âge pour apprécier les contes et légendes traditionnelles ? J'ai un bon film à vous proposer, qui vous embarque séance tenante vers l'Irlande moyenâgeuse. Je ne vous dirai qu'en fin de chronique comment j'ai découvert Brendan et le secret de Kells. Au vu des images, vous aurez compris que c'est un film d'animation...

Et nous voilà au sein d'un modeste village, à l'heure où un père abbé commande la construction de très hautes murailles, censées protéger ses coreligionnaires et ouailles de la menace viking - un scénario inspiré de faits historiques, les ami(e)s ! Voué à prendre la succession de son aîné, un petit garçon est beaucoup trop curieux du monde extérieur pour respecter les consignes acceptées par toutes et tous. C'est encore plus flagrant quand, un beau jour, un autre prélat arrive et, rapidement, défend l'idée que le partage et la culture s'avèrent beaucoup plus efficaces qu'une fortification pour éviter les guerres. J'imagine que, comme moi, vous aurez noté que cette question continue de faire débat aujourd'hui. Brendan et le secret de Kells l'aborde avec douceur, mais sans angélisme. C'est vraiment épatant !

Je n'ai bien sûr pas l'intention de tout vous raconter, mais je veux dire que le récit mélange allégrement les éléments réels, la poésie d'un duo de réalisateurs inspirés et une bonne dose d'imaginaire celtique - au gré notamment de quelques très belles scènes en forêt. En termes de dessin et d'animation, Brendan et le secret de Kells permet vraiment de s'émerveiller à chaque instant, à partir d'un style graphique d'une grande originalité. C'est simple: je me suis ré-ga-lé tout au long du métrage (soit environ une heure vingt, de mémoire). J'aurais volontiers prolongé l'aventure, mais je me dis que c'est bien aussi que le format soit resserré. Attention: ce petit chef d'oeuvre renferme aussi un peu de noirceur, ce qui peut chahuter les émotions d'enfants trop jeunes et/ou mal préparés. Bon... sur le reste, foncez !

Brendan et le secret de Kells
Film irlandais de Tomm Moore et Nora Twomey (2009)

Chose promise, chose due... je dois encore révéler ce qui m'a attiré vers ce joli film: le nom de Tomm Moore ! Je n'avais en fait entendu que des éloges sur son deuxième long-métrage, dont je vous parlerai sans doute un jour ou l'autre. Je suppose que certains d'entre vous l'ont vu sans m'attendre: pour info, il s'appelle Le chant de la mer. Allez, dernière confidence: je chronique vite un autre dessin animé...

mercredi 26 juillet 2017

Une grande transhumance

Aussi emblématique soit-il, il est très clair que le western a connu maintes déclinaisons tout au long de son histoire. J'espérais revenir vers la forme des grands classiques en regardant La rivière rouge. Gagné ! Bien que le Technicolor n'ait pas été utilisé pour construire des images très proches de la réalité, le plaisir était fidèle au poste...

La rivière rouge, c'est d'abord l'histoire d'un pionnier, qui décide soudain de quitter le convoi dont il faisait partie, pour prendre alors une autre route censée mener à une prospérité plus grande. Esprits romantiques s'abstenir: notre ami John Wayne abandonne la femme qu'il dit aimer, sans lui faire la promesse de retrouvailles futures. Heureusement, en un sens, car, sitôt le cowboy parti, accompagné seulement d'un ami fidèle, on comprend que ce qui reste de la troupe périt lors d'une attaque de guerriers indiens. Les deux compagnons rescapés sont bientôt rejoints par un troisième larron: un enfant plutôt téméraire, qui vient lui-même d'échapper à la mort. L'intrigue principale commence quinze ans plus tard: nos trois protagonistes possèdent désormais une énorme quantité de bétail et se préparent pour un grand départ vers le Missouri, une terre propice aux affaires. C'est à vous de voir la suite, d'accord ? Aucune envie de tout révéler !

Sachez-le: sur le fond, le film est parvenu à me surprendre, en offrant quelques scènes spectaculaires et assez atypiques dans un western. Je précise qu'il ajoute un peu de fiction à un épisode réel de l'histoire des mouvements pionniers en Amérique, ce qui pourra expliquer pourquoi j'ai ressenti les rebondissements aussi justes qu'épiques. Formellement, et alors qu'il approche des 70 ans, je ne vois rien d'important à reprocher à La rivière rouge, pas même ce titre particulièrement neutre. Déjà évoqué plus haut, le choix d'une photo en noir et blanc m'a permis de rester bien concentré sur les dialogues et les acteurs, tout à fait convaincants et avec... une belle surprise féminine dans les derniers instants du métrage (j'ai dit CHUT !). Restons objectifs: tout cela n'est pas très moderne, du point de vue du cinéma, sauf à replacer le film dans son époque, ce qui permet d'apprécier certaines séquences "avant-gardistes" ou même, je vais oser l'affirmer, un peu olé-olé et qui arrivent sans s'être annoncées. Sincèrement, si ça vous tente, ce serait dommage de passer à côté...

La rivière rouge
Film américain de Howard Hawks (1948)

Petites anecdotes pour finir: le film est également le premier western du réalisateur, ainsi que sa première collaboration avec John Wayne. Montgomery Clift, lui, y fait sa toute première apparition et d'emblée dans un rôle important - quel talent ! L'absence de couleurs étonnera ceux qui ont vu Duel au soleil, sorti deux ans plus tôt. Sans clinquant aucun, l'histoire, elle, annonce La prisonnière du désert. À (re)voir !

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Un autre cavalier pour évaluer ce classique ?

Yep ! Je vous invite à le rattraper sur la piste de "L'oeil sur l'écran".

lundi 24 juillet 2017

Rome est une fête

Je n'ai pas tout dit, hier: il n'y avait bien sûr pas qu'un court-métrage au programme de mon association, pour cette belle soirée de clôture de saison. Pour terminer sur une note légère, nous avons programmé une comédie de la grande époque du cinéma italien: Larmes de joie. Un noir et blanc classieux et une histoire franchement sympathique...

Gioia fait de la figuration sur les plateaux de tournage, rêve d'accéder au statut de star et se comporte presque comme si elle en était une. Umberto, son étrange ami, s'est associé avec un homme plus jeune sans vraiment comprendre pourquoi et s'apprête en fait à dérober quelques fêtards plus aisés que lui. C'est la nuit de la Saint-Sylvestre et l'idée de son complice est de profiter de l'inattention générale. D'accord pour en convenir: résumé et exprimé ainsi, le scénario paraît un peu mince pour faire un bon film. Pourtant, je peux vous assurer que Larmes de joie en est un... et même davantage, par la grâce notamment des trois comédiens: Anna Magnani, Totò et Ben Gazzara.

Ce qui est beau, en réalité, c'est que le long-métrage sait jouer talentueusement sur une gamme d'émotions variées. En clair, Larmes de joie n'est pas seulement drôle: il dit également quelque chose d'intéressant sur la société italienne d'alors, en faisant d'ailleurs quelques références à son histoire récente... disons, "compliquée". Conséquence: les dialogues contiennent aussi un peu de mélancolie. Quitte à casser le rêve d'une vie (ou d'une nuit) d'insouciance, le film le fait avec délicatesse, en permettant à ses truculents personnages de garder toujours la tête haute, sans jamais en faire des perdants. J'ai déjà signalé la qualité de la photo et j'ajoute juste que j'ai trouvé que tout était en fait irréprochable sur le plan formel, ce qui hisse cette gentille comédie au rang d'archétype, si ce n'est de classique. Bref... cet opus vaut le détour, lui qui vient juste d'être restauré. C'est certain: il me reste beaucoup à découvrir sur le cinéma d'Italie !

Larmes de joie
Film italien de Mario Monicelli (1960)

Du même réalisateur, je n'avais vu que Le pigeon, que j'avais jugé moins convaincant - peut-être changerais-je d'avis si je le revoyais ! L'excellente réputation de la comédie italienne de cette époque m'encouragera sûrement à saisir d'autres opportunités éventuelles. Logiquement, ce sera meilleur que les pochades franchouillardes actuelles. Même si je préfère Billy Wilder, Blake Edwards et autres... 

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Ailleurs sur le Net...

Le film fait également l'objet d'une chronique de "L'oeil sur l'écran".

dimanche 23 juillet 2017

Un épisode de plus

C'était, l'autre soir, la soirée de clôture estivale de mon association. Nous ne nous réunirons plus au cinéma avant le... 8 septembre ! Reste que, pour finir en beauté, nous avions un invité: le réalisateur français Benoît Grimalt. Formé à la photo aux Gobelins et dessinateur passionné, notre hôte aime donc également les images qui bougent...

Il est en fait venu nous présenter Retour à Genoa City, un film court récompensé au dernier Festival de Cannes, dans la sélection parallèle de la Quinzaine des réalisateurs. Pendant une trentaine de minutes environ, ce "quasi-documentaire" nous emmène chez la grand-mère du cinéaste, une vieille dame qui vit avec son frère. Le principe premier est de leur faire expliquer l'intrigue d'une série américaine, Les feux de l'amour, qu'ils regardent depuis de lonnnnnngues années. La voix off précise que le feuilleton est présent à la télé américaine depuis 1973, sans interruption, et en France sur TF1 depuis 1989. Statistique incroyable: plus de 11.000 épisodes ont bien été diffusés !

J'ai trouvé les scènes où les deux p'tits vieux essayent de se souvenir assez drôles, même si, bien sûr, elles sont un peu pathétiques aussi. Finalement, petit à petit, Benoît Grimalt ressort ses propres images d'archive et montre alors, avec une certaine douceur, que son envie n'était pas de se moquer de ses aînés, mais au contraire de leur faire raconter leur propre vie de pauvres gens, leur lointain départ d'Italie pour l'Algérie d'abord, leur arrivée à Nice ensuite, quelques décennies plus tard. Peine perdue: comme sur la petite lucarne, les souvenirs d'hier sont très effacés et le peu qui reste paraît de peu d'importance. Évidemment, c'est un peu triste, mais c'est aussi cela, la vraie vie. Que vous dire ? Que, si vous en avez l'occasion, c'est une bonne idée d'y regarder de plus près grâce, par exemple, à ce petit film étonnant.

samedi 22 juillet 2017

Réel... ou pas

Je vous fais un aveu: il me semble que, le jour où j'ai décidé de créer ce blog, je pensais ne pas y chroniquer de films produits pour la télé ou de documentaires. Mais vu qu'hier encore, j'ai "trahi" ce principe d'exclusion, cela m'a donné l'idée de juger de ce que le documentaire apporte au cinéma... et réciproquement. Avis absolument subjectif...

Quid du récit ?
Pour les histoires racontées, il me semble très clair que je continue de préférer franchement la fiction. Une petite anecdote: j'ai entendu le cinéaste français Pierre Jolivet expliquer qu'à ses yeux, elle était toujours plus proche de la réalité, sachant que le documentaire n'ose ou ne peut pas toujours pousser toutes les portes. Point de vue intéressant, que je ne partage pas tout à fait. Cela me fait réfléchir. D'autant qu'au cinéma, j'apprécie aussi qu'on ne m'explique pas tout !

Et les acteurs, alors ?
Du côté de la fiction, cette évidence: les protagonistes jouent un rôle. Même s'ils lâchent la bride de leurs propres émotions en s'inspirant parfois de ce qu'ils vivent ou ont vécu, il me semble qu'une distance demeure dans 99% des cas (et c'est plutôt bien ainsi, à mon avis). Maintenant, il est très probable aussi que, face à la caméra, le sujet d'un documentaire n'ait pas tout à fait la même attitude qu'au cours d'un échange direct avec ses amis. Donc... égalité et balle au centre.

Une question d'image ?
C'est un peu idiot, mais j'ai longtemps pensé que les réalisateurs spécialisées dans le documentaire soignaient moins leur photographie que les cinéastes de fiction. J'ai d'abord constaté que la frontière était poreuse: certains filmeurs travaillent dans les deux registres. Par ailleurs, j'ai appris et fini par admettre que, sur certains projets de grande qualité, la production repose sur l'association des talents. Après tout, quand on le peut, c'est bien aussi de croiser les regards...

Oui, mais le son... et la musique ?
Je crois que la fiction est un peu plus libre du point de vue sonore. Maintenant, si l'on parle musique, je suis convaincu que les choix qu'effectuent les réalisateurs vont nettement influer sur la perception que l'on peut avoir d'un film, qu'il soit censé représenter une réalité ou non. J'apprécie la musique, oui, quand elle amplifie les émotions. Cela dit, je n'aime pas... les violons, qui en ajoutent à une scène explicite ou, au contraire, viennent masquer les faiblesses de l'image.

Et si tout était montage, finalement ?
Ces dernières années, j'ai vu apparaître plein de director's cuts, films de fiction découpés en fonction des souhaits de l'artiste-réalisateur. C'est ainsi que j'ai compris qu'aux États-Unis par exemple, ce travail de validation du montage final relevait souvent... du producteur. Maintenant, je ne sais pas vous dire si les auteurs de documentaires ont plus (ou moins) les coudées franches sur leur travail. J'imagine que toutes les situations existent, mais ce n'est donc qu'une intuition.

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Allez, je termine avec un autre aveu...
Un double, en fait: je ne sais pas si j'ai été juste et clair, mais je suis sûr d'avoir été incomplet, restant muet sur l'origine du documentaire de cinéma, notamment. Bref, vos lumières et opinions m'intéressent !

vendredi 21 juillet 2017

Les voix de l'ombre

Bon... je ne vais pas m'éterniser sur Twenty feet from stardom. C'est un film intéressant, mais je n'ai pas grand-chose à en dire. Traduisons le titre, tiens... À vingt pieds (six mètres) de la célébrité. Bien trouvé, je l'admets. Et je vais quand même en dire davantage...

Sur le sujet...
C'est très étrange: j'étais persuadé que ce film américain avait trouvé son public en France, avant de m'apercevoir qu'il n'y avait été diffusé que dans deux (!) salles, n'attirant alors, si toutefois ma source habituelle est fiable, que 33.039 spectateurs. Bref... ce documentaire oscarisé s'intéresse à plusieurs femmes noires de générations diverses, qui ont travaillé - ou travaillent encore - comme choristes auprès de grandes vedettes: les Stones, Bruce Springsteen, Sting, Stevie Wonder, Ray Charles ou Michael Jackson... la liste est longue !

Sur le résultat...
Il est plutôt bon: oui, cette heure et demie de cinéma vaut le détour sur le fond et adopte une grande sobriété sur la forme. Il est difficile d'être indifférent aux histoires de ces femmes, restées dans l'ombre d'autres artistes et rarement admirées à la hauteur de leur talent. Bon... heureusement, celles et ceux qu'elles accompagnent sur scène témoignent de leur reconnaissance et, au passage, le film montre aussi que certaines de ces voix anonymes n'en demandent pas tant. Reste que d'autres, arrivées trop tôt ou trop tard, auraient bien aimé mener une carrière solo, ce qui n'a pas toujours été possible, de fait. Pathétique ? Oui et non: la plupart ont encore une incroyable énergie !

Sur le petit bémol...
Histoire de chipoter, je relève un détail qui m'a empêché d'adhérer plus intensément à ce que le documentaire raconte: ma connaissance somme toute assez limitée de certain(e)s des artistes évoqué(e)s. C'est très personnel, n'est-ce pas ? Le réalisateur n'y est pour rien. J'ajoute qu'il a gagné son pari de m'intéresser - et de m'embarquer - avec les extraordinaires morceaux qui parsèment le documentaire. J'imagine qu'il n'est jamais trop tard pour apprendre, pas vrai ? Clairement, comme ses protagonistes, le film gagne... à être connu !

Twenty feet from stardom
Documentaire américain de Morgan Neville (2013)

Pas si courte que ça, cette chronique découpée en paragraphes ! J'espère qu'elle vous donnera envie de découvrir le film... et ensuite d'apprécier ces incroyables chanteuses, plus ou moins oubliées. Dernière chose à souligner: ce qui est dit est visiblement une copie conforme de leurs réalités. Dans ce même registre, j'avais regretté les inventions (ou petits arrangements) du sympathique Sugar Man...

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Et hop ! Un pas de plus vers le Movie Challenge complet...

Je coche aujourd'hui la case n°28: "Un film ayant obtenu un Oscar". Lequel ? Celui du meilleur documentaire 2014... et c'est bien mérité !